ARRIVEE A GUMBINEN
y restèrent : il fallut les jeter hors de la route, pour ouvrir un passage. Les soldats se mirent à piller et à chercher l'argent. Je gravis la hauteur à pied avec mon gendre , Combes, et mes aides de camp. Je rencontrai sur la hauteur, à la sortie du défilé, le roi de Naples et le prince major général : celui-ci me gronda fort amicalement de n'avoir pas su prendre les devants.» Que fais*tu « ici ? » me dit-il ; « à ta place je serais bien loin « sur la route de France. »
Je n'aurais pu prendre un td parti qu'en me séparant de mes braves compagnons , auxquels ma présence, mes conseils et le peu de ressources que j'avais pu conserver furent certainement très-secourables. J*en avais déjà perdu beaucoup: ceux qui survivaient , s'étaient groupés autour de moi; nous luttions ensemble contre tant de calamités.
Nous étions enfin hors de cette terre maudite, le territoire de Russie. Les Cosaques ne nous poursuivaient plus avec autant d*ardeur; à mesure que nous avancions sur le territoire prussien, nous trouvions de meilleurs gîtes et des ressources. Le premier endroit où nous pûmes respirer, fut Wilkoviski , et ensuite Gumbinen, où je descendis dans la maison d*un médecin, que j'avais ocaipée à mon premier passage. On vt^nait de nous y servir à déjeuner d'excellent
LE M4RiCHAL fflT. ^HS
caléy lorsque je vis entrer un homiue vêtu d*une redingote brune; i) portait une longue barbe; fton visage était noirci et semblait brûlé; ses veux étaient rouges et brillants, a Enûn me voilà!» dit-il; ce eh quoi! général Dumas, vous ne me re- « connaissez pas?» — « Non; qui étes-vous donc?» — a Je suis Tarrière-garde de la grande armée, le « maréchal Ney. J'ai tiré le dernier coup de « fusil sur le pont de Kowno; j*ai jeté clans le « Niémen la dernière de nos armes, et je suis « venu jusqu'ici à travers les bois. » Je laisse à penser avec quel empressement respectueux nous accueillimes le héros de la retraite de. Russie. Il prit son quartier dans cette maison , et nous partîmes pour nous rendre par Insterbourg et Welhau à Kœnigsberg. Ijr roi de Naples et tout son état-major y étaient arrivés avant nous. Je me rendis dabord chez lecomte Daiii, que je trouvai occupé comme il Tavait été à Wilna, mais avec moins de précipitation et plus de sucses à pourvoir aux besoins de Tarmée, qu*on s'efforçait de réorganiser. J*allai prendre lesortlres du roi de Naples , et scm autorisation pour me rendre à Dantzick, avec mon gendre Saint-Uidier et mes aides de camp Doney, Poncet et le capitaine Bernard. Nous trouvâmes enfin dans cette place un repos qui nous était bien nécessaire. A reçus un tres-bon accueil du brave général
486 SÉJOUR A DANTEICK.
Rapp, gouverneur de Dantzick. J'eus la satisfaction d'y retrouver le maréchal Oudinot, qui souffrait encore beaucoup de sa dernière blessure, et que la maréchale était venue joindre pour hâter sa guérison par les plus tendres soins. Pendant que j'achevais de me rétablir, je ne restais point oisif, je correspondais avec le comte Daru, j'assurais de concert avec lui l'approvisionnement de siège ; cette place importante était prochainement menacée , elle ne pouvait manquer d'être investie aussitôt que les restes de Tarmée franraîse auraient repassé la Vistule, et il n'y avait pas un instant à perdre pour y renfermer tout ce qui pouvait être nécessaire à sa défense, qui depuis fut si glorieuse pour le gouverneur et pour la garnison.
Je séjournai à peu près quina^ jours à Dantzick. Déjà la retraite dit maréchal Macdonald et la défection du corps prussien du général York avaient précipité l'évacuation de Kœnigsberg. Les troupes légères de l'ennemi avaient passsé la Pregel, et s'étaient répandues dans la Prusse orientale; elles avaient coupé les communications avec Dantzick. Je sortis de la place le jour même où Tinvestissement s'achevait; je rencontrai à quelques lieues seulement, sur la route de Stettin, deux bataillons d'infanterie française et un convoi d'artillerie qui venaient renforcer la gar-
DÉPART POUR BERLIBT. ^9j
iiison, et qui eurent à peine le temps cTalteindre les ouvrages extérieurs sans être attaqués. Je continuai ma route sans obstacles juscja'àCostrîiiy d'où je me rendis à Berlin.
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