RESISTANCE DE NAPOLÉON
sentit le danger.de iâ position générale, et la nécessité d'abandonner la ligne de TElbe, et de se retirer vers le Rliin /avant que toutes les forces des souverains coiarKSés fussent réunies et concentrées en Saxe. Mais il était dans le caractère de Napoléon de se roidir contre la mauvaise fortune, et de prendre d'autant plus de confiance dans les ressources de son génie. Il fut averti de l'immense supériorité des forces qui allaient presque l'entourer; aucunes vérités sur la situation et l'esprit de son armée ne lui furent dissimulées. Il sut que la défection de l'Autriche allait être suivie de celle des autres princes de la conféré* ration du Rhin; que les troupes bavfl[fdibeâ''et celles de Wurtemberg menaçaient sa ligne d'opérations ; que l'armée suédoise allait passer l'Elbe ; que les troupes saxonnes, malgré la fidélité et l'admirable constance de leur roi^ étaient pratiquées par des transfuges ; enfin qiie foutes les populations couraient aux armes , et que toute l'Allemagne retentissait du cri i\e guerre à mort contre les Français. Rien ne put ébranler sa résolution de combattre sur ce même théâtre où naguère il venait de triompher, et :ci^ i^aïQQDer par un grand effort la victoire sous ses aigles. Tenant en force les places de l'Elbe, Kœnigstein , Dresde, Torgau,Wittemberg et Magdebourg, il espérait encore empêcher la réunion des armées
5^6 RETRA.1TB DE l'aRMAe SUR LEIPZIG.
alliées en deçà de l'Elbe,' 3e les battre séparé* ment , de reprendre ensuite ses positions sur l^lbe , et ses plans offensifs pour se porter sur roder. Dans cette vue, il concentra tous ses corps d'armée sur Leipzig, à l'exception de celui du maréchal Saint-Cyr, qu'il laissa à Dresde avec le fonds de l'administration de l'armée, comme il l'avait déjà fait lorsqu'il s'était porté en Silésie.
Je restai donc encore cette fois à Dresde avec le maréchal Saint-Cyr, qui, outre son corps d'armée, avait aussi sous ses ordres celui du comte de Lobau , formé des débris du corps de Vandamme, en tout à peu près vingt mille hommes.
Les armées alliées ne tardèrent point à débou* cher de la Bohême et à passer l'Elbe sur divers points entre Torgau et Magdebourg. Nous fumes bientôt resserrés dans la place et investis sur les deux rives du fleuve; nous n'eûmes plus aucune coinmuiiication avec le quartier général de l'empereur.
Peu de jours avant que l'empereur partit de Dresde, prévoyant trop bien ce qui devait arriver, je fls partir mon fils : je le confiai k un maitre-d'hôtel de M. Seiift de Pilsach , dont j'occupais la maison, et qui se chargea de le conduire à Mayence, où il arriva fort heureusement, quoique la route entre Erfurt et Francfort (ut déjà infestée par des partis ennemis.
BLOCUS DE DRESDE. Sik'J
Les troupes employées au blocus de Diéi^e étaient formées principalement d'un corps «IItrichien et d'une division russe, à laquelle se joignirent bientôt des renforts composés ^ en grande partie, de milices ou nouvelles levées russes. On estima que la force totale de l'ennemi ^ qui avait pris position sur les hauteurs où s'était livrée la bataille, était d'environ quarante mille hommes, sous les ordres du général Tolstoy. Vers le 12 octobre , on s'aperçut qu'une partie de ces troupes avait été détachée vraisemblablement pour se réunir à la grande armée des alliés. Le maréchal Saint-Cyr profita habilement de cette circonstance pour faire une sortie ou plutôt pour livrer bataille à l'armée de blocus; celle-ci n'étant pas assez nombreuse pour investir entièrement la place du côté du faubourg de Frédériksbourg , le général Tolstoy l'avait concentrée sur la position qu'avait occupée, comme je viens de le dire, l'armée russe et prussienne; c'est-à-dire, que sa gauche était appuyée aux escarpements de la vallée de Tarant, tandis que sa droite s'étendait jusqu'à Pyrna. Dans cette position, Tolstoy observait les mouvements de la forU^garnison française; il lui suffisait d'être en mesure d'attaquer avec avantage tout ce qui sortirait de Dresde et se dirigerait sur Leipzig ; mais il avait commis la faute do ne point s'éclairer au delà de la
538 SORTIE DE LA G%RlflSOK^ . .
vallée, dont il ne gardait même pas l'entrée, fort rapprochée de la place.
Bien informé de cette position de Tennemi et de sa négligence à couvrir Tappui de son aile gauche, le maréchal Saint-Cyr fit partir pendant la nuit une division d'infanterie, d'environ trois à quatre mille hommes, commandée par le général Mouton-Duvernet , qui reçut ordre d'entrer dans la vallée de Tarant, de la remonter jusqu'à la distance d une lieue et demie de la place, pour tourner entièrement la gauche de l'ennemi, de ne se montrer et commencer son attaque sur les derrières de l'ennemi qu'au signal d'un coup de canon tiré de la redoute n^ 8, la même qui avait été prise et reprise la veille de la bataille de Dresde, et qui se trouvait en face du centre de la position de Tennemi et la plus rapprochée de ses avant-postes. r.e maréchal avait ordonné au comte de Ix)bau de faire filer ses troupes par le Gross-Garden , et d'attaquer de front en gravissant la hauteur, au moment où le général Mouton-Duvernet aurait commencé son attaque et où Ton apercevrait distinctement son feu sur les derrières de l'ennemi. Cette belle disposition fut parfaitement exécutée; mais deux impnulences empêchèrent que l'ennemi ne fut complètement surpris et défait : premièrement, une brigade du corps du comte de T.obau, qui devait dérober sa
SORTIE DE tk ¥hkCE DE DRESDE. SdQ
marche de flanc 9 en se couvrant du parc de Gross- Garden, passa au contraire en dehors en suivant la lisière du bois^ à la vue des avant-postes de Tennemi : secondement, le maréchal, que j'avais rhonneur d'accompagner, se porta de sa personne, à neuf heures du matin, à la redoute n^ 8 , pour observer de plus près les avant-postes de l'ennemi, et juger lui-même du moment où les troupes qui devaient attaquer de front seraient en mesure pour faire donner le signal. Mais, comme nous approchions de la redoute, TofBcier d'artillerie se persuadant que la présence du maréchal indiquait assez le moment de commencer les attaques, fit intempestivement tirer le coup de canon, avant que nous fussions entrés dans la redoute. Le général Mouton-Duvernet ayant fait attaquer, et les troupes qui étaient dans le Gross-Garden ayant été aperçues par l'ennemi avant que l'attaque exécutée sur son flanc gauche et ses derrières eût uniquement fixé son attention, M. de Tolstoy eut le temps de replier sa gauche et d'ordonner la retraite par son flanc droit. Cependant nos tirailleurs assaillirent vivement les avant-postes sur le front de la ligne ennemie, et le comte de I>obau, se précipitant sur la droite et l'attaquant avec vigueur, coupa quelques bataillons de l'arrière-garde, fit douze cents prisonniers et prit neuf pièces de canon, III. 34
53o IIETRAITR DE l'eMPEREUR SUH LE RHIV.
La grande armée des alliés se trouvait alors entre Dresde et Leipzig. La cavalerie du roi de Naples, après quelques engagements, avait été refoulée sur la position en avant de Leipzig, oà l'empereur avait concentré toutes ses forces. Toutes les communications étaient par conséquent interrompues; nous n'entendîmes même pas le canon pendant les journées du i6 et du 18 octobre. I^es premières nouvelles qui nous parvinrent furent le bulletin publié par les alliés le lendemain de la désastreuse bataille du iK. Ce bulletin nous parvint à Friboui^, seul point avec lequel nous eussions pu coramuniquer, parce que le général Tolstoy n'avait pas osé reprendre sa position si près de Dresde. Nous savions donc enfin j après une cruelle anxiété, que l'empereur était en pleine retraite vers le Rhin; et nous fumes aussi informés que l'armée bavaroise, commandée parle général de Wrède, était en marche et se dirigeait sur Francfort. Dans ces circonstances , les instructions données par l'empereur au maréchal Saint-Cyr n'avaient plus le même but, et l'on ne pouvait attendre aucun résultat de leur exécution. Fallait-il restera Dresde pour défendre cette place aussi longtemps que possible, mais évidemment sans espoir de pou* voir être dégagé, ni de concourir à aucune opération utile? Fallait-il sortir de Dresde avec les
*COWSKIL DE GUKRRE. 53 1
vingt mille hommes qui se trouvaient sous les ordres du maréchal et tenter de traverser l'Allemagne pour rentrer en France? Telle fut la question que le maréchal Saint-Cyr crut devoir soumettre à un conseil de guerre, pour* mieux s'éclairer sur le parti qu'il devait prendre. Je fus appelé à ce conseil où les avis furent partagés. Interrogé à mon tour, je me défendis, comme n'ayant d'autres fonctions que celles d'intendant général , d'émettre aucune opinion , et j'obtins du maréchal , dans le cas où il se fésoudrait à évacuer la place, de ne point me séparer de lui. Pressé de nouveau de dire mon avis, je demandai qu'il ne fût point consigné au procès-verbal, parce que je ne pouvais avoir de voix délibérative, et que ce que je pouvais dire ne devait être reçu que comme renseignement : j'ajoutai qu'il me semblait impossible que le premier soin du général en chef des armées coalisées n'eût pas été, immédiatement après le gain de la bataille décisive de Leipzig, de détacher un corps d'armée assez considérable pour couper toute communication aux vingt mille hommes qu'il savait bien être à Dresde, et pour les resserrer et réduire à tout prix la place de Dresde; que ce corps d'armée, renforcé par celui de Tolstoy , devait infailliblement arrêter notre marche, nous attaque^ en tête et en flanc, et nous détruire ou nous for-
5!^1 CONSEIL DE GDERRC«
cer de capituler en rase campagne; que nos efforts les plus vigoureux ne pourraient empêcher Tennemi de nous suivre, de multiplier les obstacles en avant de nous, et de nous faire périr en détail et par le manque de ressources ; enfio, que la défense de la ville de Dresde, occupant une partie des forces de lennemi , retardant les siégrs et la prise des places qui nous restaient sur TEIbe, aurait un but et une issue plus honorables qu'un effort, en apparence, plus glorieux, mais certainement téméraire et inutile. Sans doute que Tempereur, s'il Pavait pu, aurait donné de nouveaux ordres en ce sens. La proposition qui fut faite de marcher par la rive droite de FElbe pour atteindre Torgau, et, s*il se pouvait, Magdebourg, ne pouvait avoir un meilleur succès. Torgau devait être encombré de blessés et de tous les équipages de Farmée, et Tennemi, bientôt maître de Dresde et d^autres passages, nous préviendrait aussi de ce côté. L'encombrement d'un plus grand nombre de troupes dans Magdebourg, si, contre toute vraisend>lanco, nous pouvions y arriver^ ne ferait <|uo liàter la reddition de cette importante place, qui ne pouvait être secourue ni ravitaillée. Il valait donc mieux tenir ferme à Dresde, fatiguer ri'iuieiui par uiio vigoureuse résistance jusqua \ ntiriT (onsoiiimaticm du peu de ressource qui