‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 98 sur 112 · DÉPART DE LA FAMILLE ROTALC · texte numérisé non relu

DÉPART DE LA FAMILLE ROTALC

Monsieur sortit du cabinet, et, m'apercevant , il me prit à part dans Tembrasure de la première croisée : « Eh bien, me dit-il, qu'avez- vous vu? » Je lui rendis compte du mouvement de la garde, qui, doublant ses marches, devait certainement être arrivée le lendemain à Fontainebleau. Je lui demandai s'il avait des ordres à me donner: (c Aucun: nous partons tout à l'heure; mais nous c( ne tarderons pasà revenir. Restez; faites cequ'on « vous dira de faire, et comptez que nous vous ff retrouverons. » En accompagnant le prince jusqu'au pavillon Marsan, je demandai au duc de Fitz-James si Monsieur avait envoyé des ordres au comte de Puységur, qui, depuis quinze jours, était allé à Rabastens, près de Toulouse, dans sa famille. « Je ne crois pas, me dit-il, qu'il « ait pu être averti; écrivez-lui qu'il reste où il « est et qu'il attende. » Je fis tout le contraire, et conseillai au comte de Puységur, redoutant les troubles qui auraient lieu dans le Midi, de passer en Espagne.

Je me retirai chez moi, profondément affligé et prévoyant les malheurs que devait attirer sur ma patrie ce prodigieux événement. J'étais indigné (les intrigues qui l'avaient amené, et de la faiblesse des conseils qui avaient déterminé la fuite et l'abandon de la famille royale. Deux jours après, cédant aux instances de ma famille et de mes amis.

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je me présentai à Taudience de Napoléon avec la foule des généraux et des officiers de Tarmée. L'empereur s'arrêta devant moi et me dit»: « Vous avez été chargé d'une opération trèsce utile ? — Oui , Sire , de la liquidation des ar- « mées, et j'ai concouru avec zèle à un acte de « justice. — C'est fort bien, » me dit-il. Comme je ne pouvais douter qu'il n'eût été informé de la mission que je venais de remplir, je me retirai à ma campagne de Villepinte, où j'appris que je n'étais point compris dans le rappel qu'avait fait Napoléon de l'ancien conseil d'État. J'étais seul excepté des membres de la section de la guerre. L'ancien ministère et tous les principaux fonctionnaires publics du régime impérial ayant été rappelés à leurs fonctions, le maréchal Davoust fut nommé ministre de la guerre à la place du duc de Feltre, qui avait émigré, et Carnot fut appelé au ministère de l'intérieur. Je reçus, à mon grand étonnement, et je l'appris d'abord par le Moniteur j ma nomination à la place de directeur général des gardes nationales de l'empire, et l'ordre de me rendre auprès du ministre de l'intérieur pour les organiser et les former d'après les derniers décrets impériaux. Mon brave compagnon d'armes, le général Durosnel, aide de camp de l'empereur, venait d'être nommé . commandant de la garde nationale parisienne.

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Tels furent, dan&ces oirconstances critiques , ma conduite et mon entraînement. Je ressentais une peine extrême, et pour la première fois dans ma longue carrière, de cette contradiction de mon opinion sur les nouveaux événements avec la position où je me trouvais. Quoique mon honorable ami le maréchal Davoust eiit le portefeuille de la guerre, et que le maréchal Soult, qui me combla toujours de preuves d'estime, fût désigné pour remplir le poste de major général à la place du prince de Wagram qui s'était retiré en Allemagne, je ne fus point proposé pour remplir mon ancien poste dans Tétat-major général de l'armée. Napoléon était bien éloigné de me traiter avec confiance et de m'employer près de lui; mais il pensait que je lui serais utile pour la levée d'une grande réserve de gardes nationales. J'ai su qu'il ne comptait nullement sur mon dévouement, mais bien sur ma probité et mon exactitude à remplir les fonctions que j'aurais acceptées : il me rendait justice. Je m*y livrai sans réserve; je remplis avec zèle le devoir de concourir à la défense du territoire, évidemment menacé d'une seconde invasion , et dans ma cons^ cience je ne m'accusais point d'un manque de foi. Dans le court espace de six semaines j*oi^ganisai et rendis mobiles environ quatre-vingt-ilixsept mille hommes de gardes nationales, qui de*

PLAN DE CAMPAGVE DE ^AFOlJàir. 5^1.

valent être dirigées sur léi places des frontières menacées. Je travaillai sur cet objet avec le ministre de l'intérieur Camot, avec lequel je n'a-^ vais eu aucun rapport depuis les événements du 18 fructidor et la proscription dans laquelle j'avais été compris avec lui. J'eus fort à m'en louer, et j'eus occasion de reconnaître l'étendue de ses lumières et la rectitude de son jugement.

A l'époque du départ de l'empereur pour l'armée, et au moment où il allait ouvrir la campagne, Carnot me communiqua ce qu'il savait du plan que Napoléon avait arrêté et dont le succès me paraissait au moins très -raisonnable. « Il va , me dit-il, se jeter en masse entre l'armée ce prussienne et l'armée anglaise; il arrive à temps « sur la Sambre pour prévenir leur jonction, les « attaquer et les battre séparément. D'après ce <K que nous savons de la position respective des «c cantonnements de ces deux armées, il doit « couper l'armée prussienne, en rejeter les débris <« sur la Meuse, attaquer ensuite et poursuivre €c l'armée anglaise sur le bas Escaut. »

Le maréchal Davoust, ministre de la guerre , que je voyais souvent, me traitait avec la même amitié et la même confiance qu'il m'a toujours témoignées. U était fort inquiet du début de cette campagne dont les premières opérations devaient être décisives. C'était malgré lui qu'il

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