‹ Souvenirs du lieutenant général vicomte de ReisetChapitre 31 sur 78 · Cette épée fut, en effet, emportée à Paris, par Napoléon · texte numérisé non relu

Cette épée fut, en effet, emportée à Paris, par Napoléon

me demanda combien j'avais d'années de service el de grade de chef d’escadrons; puis, après avoir écouté ma réponse : « Eh bien, il n’y a qu'à le faire major. » Ensuite se tournant vers un officier général : « Inscrivez-le major », dit-il, et il pourvut de suite à mon remplacement.

» Après la revue, le régiment alla occuper son bivouac dans un cimetière et une église au milieu de la ville. Je fus logé au n° 33 sur une promenade appelé Unter den Linden, qui est la plus belle de la ville. On ne sait rien de la paix; ici, nos succès sont prodigieux et l'armée va toujours son train. L'Empereur parait encore vou loir rester ici. On dit qu'il n'a consenti à traiter de la paix ni avec M. de Lucchesini ni avec un autre officier du roi qui est ici. Il veut traiter avec le roi de Prusse lui-mème. On raconte que la reine s'est empoisonnée de désespoir. Quant aux Russes, on les annonce toujours, mais on n'en voit nulle part.

» Je voulus visiter les curiosités de Berlin.

» Je commençai par le château de Charlottenbourg, qui est situé à quelques kilomètres de Ja ville. C'est ordinairement la résidence du roi

emplettes, car le lendemain de bonne heure je devais me mettre en route.

» Le 7 novembre je quittai Berlin de grand matin et à mon arrivée je me présentai aussitôt chez le général Bourcier, qui me reçut fort bien et m'invita à diner.

» Dans la nuit, je reçus l'ordre de partir pour Spandau avec les dragons à pied pour aller chercher des chevaux pris à l'ennemi. Je fus donc chez le général de Corbineau‘, qui me livra quinze cents chevaux de prise et près de douze cents prisonniers. — Je n'avais avec moi que trois cents hommes à pied et je me trouvai fort embarrassé pour faire voyager sûrement un si grand nombre d'hommes et de chevaux, sous la garde d’une escorte si peu nombreuse. Je me mis pourtant en route avec ma colonne, mais malgré mes efforts pour la sauvegarder du mieux que je pus, on me vola près de deux cents chevaux pendant la route. Il faisait tout à

1. J..B. Juvenal comte de Corbineau. né en 1316, mort en 1830. 11 prit une part glorieuse aux batailles d'Eylau et de Wagram et devint aide de camp de l'Empereur après la campagne de Russie. où il s'était particulièrement signalé. il quitta le service militaire à la Restauration.

sement un abri spacieux et commode pour loger celte masse énorme de cavalerie. Ce souverain philosophe avait hérité de son père de son goût pour les revues et les exercices militaires; il réunissait done souvent un grand nombre d’es- ‘cadrons qu'il faisait manœuvrer à la fois et, toutes les dispositions étaient prises pour que

l'espace ne manquât nulle part. »

Napoléon, en effet, avait compris tout de suite combien la cavalerie allait lui être utile au moment où il quittait les plaines de la Prusse pour entrer dans celles de la Pologne. Il avait donc donné ordre de faire acheminer à pied sur la Prusse tout ce qu'il avait de cavaliers instruits dans ses dépôts; et par une mesure aussi habile que prudente, il avait voulu qu'ils laissassent leurs chevaux en France, pour leur donner comme montures tous ceux qu'on avait pris à l'ennemi.

Un immense établissement pour l’entrelien de la cavalerie venait donc d’être fondé à Potsdam. Non seulement les chevaux pris à l'ennemi étaient amenés aussitôt à ce dépôt central, mais

de ceux auxquels il était attaché par des liens si tendres. De plus, rester constamment à l'arrière, tandis que ses camarades et ses amis payaient de leur personne n'était pas un sacrifice moins cruel pour son ardeur juvénile; mais le général Bourcier avait trop vite apprécié ses qualités et ses aptitudes remarquables pour consentir à se séparer d’un aide aussi précieux. La dissolution du grand dépôt devait seule être le signal de son départ ct lorsque, en 1808 seulement, il put rentrer en France au 4“ dragons, à Versailles, quatre-vingt-quaire mille chevaux lui avaient passé par les mains, pour en sortir, montés, sellés et harnachés. Le brevet de colonel devait être la juste récompense de ses travaux et de ses labeurs.

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