‹ Souvenirs du lieutenant général vicomte de ReisetChapitre 32 sur 78 · CHAPITRE XII Décembre 1806-Avril · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII Décembre 1806-Avril

Reiset estnommé chef-d’état major du grand dépôt de Potsdam. — Instructions détaillées du général Bourcier au sujet des remontes. — Bataille d’Evlau. — Mort du général d’Hautpoul. — Ordre de rester au grand dépôt. — Lettres à Amélie de Fromont. — Les lettres numérotées ct les lettres égarées. — Ordre du prince de Neufchâtel autorisant le général Bourcier à garder Tony auprès de lui. — Dures fatigues du métier. — Le prince de Prusse à Soissons. — Nouveaux détails sur sa personne. — Le bon souvenir qu’il avait dû garder de Reiset. — Le prince Louis de Prusse. — Son enthousiasme pour la guerre. — Sombres pressentiments la veille de sa mort. — Son cheval s’'embourbe dans un marais. — Un hussard tuele prince d’un coupde sabre sans l'avoir reconnu. — Circonstances pénibles. — Son corps reste abandonné pendant plusieurs heures. — Ses qualités et ses dons naturels. — Ses vices et ses crreurs. — Réflexions sur sa vie.

Potsdam, 16 décembre 1806.

« Je viens d'être nommé par le ministre de la gucrre, maréchal Berthier, chef d'état-major du grand dépôt de Potsdam et inspecteur de cavalerie, écrivait Tony dans son journal à la fin

de 1806; les officiers supérieurs du dépôt sont le colonel Lacour, le général Ivendorff, l'adjoint général Tapellini, commandant la place, les majors d'Aumont, de Lanougarède, de Laap, Crabé du 14° chasseurs, Grouvelle, Talma, chef d'administration, Roza major, major Barhé, etc.

» Voici les instructions du général Bourcier :

« M. l’adjudant commandant Requin recevant aujourd’hui l’ordre de partir de suite pour se rendre à Glogau, il est ordonné à M. le major de Reiset de se charger de tous les détails relatifs à l'état-major du grand dépôt de Potsdam; particulièrement de l'expédition et transmission des ordres généraux, etc., elc., M. le major de Reiset sera également chargé comme l'était M. l'adjudant commandant Requin de faire confectionner, d'après les ordres qu'il recevra de moi, les effets de harnachement nécessaires aux détachements parlant pour l'armée, et de les distribuer à ces détachements sur les ordres particuliers que je lui donnerai spécialement. En conséquence M. le major de Reiset retirera de suite des mains de M. l’adjudant commandant Requin les registres, papiers, élats et documents relatifs

aux détails des deux parties ci-dessus énoncées, et se fera remettre aussi par lui les effeis de sellerie qui restent à sa disposition, ainsi que la note de ceux que les ouvriers doivent fournir encorc d’après les ordres que j'ai donnés; il me rendra compte dans le jour de l'exécution de toutes ces disposition.

» Le général de division, conseiller d'État,

» BOURCIER

22 janvier 1807.

« Je suis mis en pied au 1° régiment de dragons, et d'après les instructions du minislre je devrais rejoindre mes escadrons dons un mois; mais le général fait une demande pour me garder près de lui. Je ne m'en plaindrai pas si cela ne se prolonge pas trop.

» Voici la copie de mon brevet :

. Varsovie, le 13 janvier 1807.

« À M. de lteisel, major à la suite, sortant

du 16° régiment de dragons.

« Je vous préviens, monsieur, que l'Empereur, par décret du 7 janvier, vous a nommé major du

1 régiment de dragons. Vous resicrez encore un mois au dépôt de Potsdam sous les ordres du général Bourcier, après quoi vous rejoindrez les escadrons de paix de votre régiment.

» Le ministre de la querre, prince de Neufchätel,

» Maréchal ALEX. BERTHIER. »

Février 1807.

« Une grande bataille a été livrée le 9 février près de la petite ville d'Eylau. Murat a fait merveille; le combat qui a eu lieu sous la neige par un froid terrible a été des plus meurtriers. On dit que vingt-cinq mille hommes ont été mis hors de combat; les Russes laissent entre nos mains près de vingt drapeaux et autant de pièces de canon. Le brave général d’Hautpoul' a été tué par un boulet. Il s'était toujours montré

1. JcanJoseph-Ange d'Hautpoul, né en 1354 à Gaillar, d’une vieille famille noble du Langugdoc. Il embrassa de bonnëe heure la carriére militaire et fit la plupart des campagnes de la République. Au camp de Boulogne en 1803 ce fut à lui que PEmpereur confia la direction de la cavalerie. Il fit des prodiges de valeur à Austerlitzet à Eylau, où il trouva la mort (9 février 1807). Napoléon, qui l'avait nommé sénateur et comte de l’Empire, lui voulut faire élever une statuc avec le bronze des canons qu'il avait pris à l'ennemi dans cette mémorable bataille ; mais ce projet n'a jamais été mis à exéculion.

tendre amie, je vous aime et mon bonheur est de vous le dire. J'en suis toujours à votre

numéro 59; 56 et 45 me manquent encore. »

Les deux fiancés numérotaient en effet leurs lettres pour se rendre compte des relards et des erreurs des courriers, et comme on peut le voir dans la lettre suivante, Amélie de Fromont trouvait souvent Tony trop avare de nouvelles; le jeune major s’excusait de son mieux.

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