CHAPITRE XV
Décembre 1807.
Les fredaines de Reiset à Potsdam.— Ses hôtesses. — Succès nombreux. — Les Allemandes au cœur tendre. — Reiset va en Silésie voir les officiers de son régiment. — Minette. — Caroline. — Voyage en Silésie. — La comtesse d’Onau.
. — Une chasse manquée. — La comtesse de Halbau. — Ses relations avec le grand-père de Tony. — Ses souvenirs sur
Louis XV. — L’entrée de Marie-Antoinette à Strasbourg. — Maladresse du vieux cardinal de Rohan. — L'histoire de Médée et de Jason. — Sombres pressentiments. — Un massacre de lièvres. — Diner chez la comtesse de Halbau. — Anciens souvenirs. — Hisloire dramatique du bourreau de Colmar. — Le comte de Cagliostro. — Les bizarreries qu’il affecte. — Puissance de son regard. — Faits surprenants. — Prédiction touchant la mort de Marie-Thérèse. — Adieux à la comtesse. — Départ pour Mallwitz.
La vie que menait à Potsdam le jeune major, astreint à un travail dur et assujettissant, devait forcément lui sembler monotone, mais son journal mentionne pourtant nombre de distractions dont il se garde soigneusement de parler dans ses lettres à sa jeune fiancée. Presque chaque
jour il se rend chez ses hôtesses, dont il nous a vanté naguère [a mine attrayante et le petit pied charmant. Il se plaît dans cet intérieur aimable et gai où il n'est point d'attentions qu'on n'ait pour lui et où l’on n’a vraisemblablement bientôt plus rien à lui refuser. De plus, il voisine volontiers avec les châteaux d’alentour et y reçoit le meilleur accueil. Mesdames d'Itzig, mesdemoiselles d’Osfelo sont les compagnes ordinaires de parties et d'excursions; on danse, on fait de la musique, on chante des duos, et les jeunes Allemandes ne semblent guère tenir rigueur au brillant major, qu'on s’arrache pendant ses heures de liberté. Il semble aussi qu’il en trouve peu de cruelles : une certaine Minette et une tendre Caroline l'absorbent tour à tour; une aimable Jeannette, une séduisante Louise viennent aussi de temps à autre adoucir au jeune officier les ennuis de la vie de garnison, puis ce sont des inconnues désignées seulement par la première lettre de leur prénom dans la crainte de les compromettre, et sur nombre de pages de ses notes écrites à la hâte, de larges ratures à la plume montrent un regret tardif d'avoir confié
au papier le récit de ses aventures et de ses fredaines de jeune homme.
Parfois mème, après avoir parlé de certaine grande dame que ses initiales désigneraient par la suite de façon trop indiscrète, il détruit entièrement uue partie de ses notes et se contente d'écrire d'une façon laconique comme il le fait à celte date : Brûlé du 28 octobre au 1° décembre.
2 décembre 1807.
« Le général partit pour Berlin; le soir je fus chez Evers, où l'on dansa; j'y restai jusqu'à onze heures. »
3 décembre.
» Chez Minette le matin et mes hôtesses le soir. »
4 décembre.
« J'obtiens la permission d'aller voir mon régiment en Silésie, je partirai vers la fin du mois. »
5 décembre.
« Revin, chef d'escadron du 6° dragons el mon compatriote, vint me voir; je l'emmenai passer la soirée chez mes hôtesses. »
6 décembre.
« Chez mes hôtesses le soir, je fus chez mesdames d'Itzig avant diner. »
1 décembre.
« Je fus chez Minette; le soir je fis de la musique jusqu à onze heures. »
8 décembre.
« Je travaillai jusqu’à deux heures, je montai à cheval et fus dans la plaine avec mes chiens, je ne trouvai rien. Le soir je fus chez Caroline. »
9 décembre 1807.
» Je montai à cheval pour faire une tournée de service à sept heures du matin; il fit tout le jour un temps affreux. »
10 décembre.
» Je fus chez mesdames d'Itzig, le soir chez mes hôtesses. »
15 décembre.
« Je partis à onze heures du matin pour la Silésie, où j'allai visiter mon régiment. Je montai dans ma voiture avec Philippe; je pris
joli coteau chargé de vignes et de coquettes maisonnettes est un lieu de promenade où l’on va prendre le thé. Je me suis arrêté à l’auberge de l’Ange bleu et suis reparti à dix heures du soir. »
17 décembre 41807.
« Je passai par Pfürten, Sorau, Sagan et j'arrivai à trois heures après midi à Mallmitz, après avoir passé sans accident par des chemins affreux. Je mis pied à terre au château de la comtesse d'Onau, où je fus parfaitement reçu par le colonel et tous les officiers du régiment qui s'y trouvaient. Le colonel invita ses hôtes à dîner avec plusieurs officiers, et nous nous mîmes à table à cinq heures. La vieille comtesse d'Onau paraît être très riche; elle était absente. Son fils le comte d'Onau est un jeune homme qui après avoir divorcé a épousé une de ses cousines et en a un enfant. La jeune comtesse est assez agréable; ils ont diné avec nous, ainsi qu'une demoiselle Francesca, qui est fort aimable, et l'épouse du maître général des forêts de Mallmitz. Nous eùmes un fort bon diner; le colonel a un dragon qui lui fait la cuisine et se nourrit
moyennant un traitement que lui fait le pays. » On fut fort gai; après le diner on joua à de petits jeux et on se coucha à dix heures. »
18 décembre.
« Je partis après déjeuner avec le colonel et * nombre d'amateurs pour la chasse. Nous allâmes à cheval au rendez-vous à trois lieues de Mallmitz et nous courümes tout le jour; mais après nous être bien fatigués sans avoir pu rien tirer, nous rentrâmes bredouilles pour diner. Il y avait nombre d'officiers du régiment, et les dames qui s’y trouvaient la veille. On fut très gai pendant et après le repas el on joua encore le soir à différents petits jeux jusqu'à dix
heures. »
19 décembre 1807.
« Nous partimes de très bonne heure à cheval pour aller à sept lieues de là voir le chef d'cscadron Nadaud, logé à Halbau chez la comtesse de ce nom. C’est une femme fort âgée qui a une
fille de plus de soixante ans; toutes deux aiment L 19
beaucoup la chasse et y vont encore elles-mêmes quelquefois. On me reçut très bien. La comtesse me parla de mon grand-père, qu'elle avait connu en Alsace chez la duchesse de Mazarin, et se plut à me rappeler les souvenirs de sa jeunesse. Sa conversation était des plus intéressantes ; elle parlait de la cour et du roi Louis XV comme si elle l'avait vu la veille et semblait encore pleine d'une admiration passionnée pour ce prince, qui, disait-elle, avait été non seulement le plus beau gentilhomme de son royaume, mais encore de l'Europe tout entière. Elle avait assisté à la réception que fit à Louis XV la ville de Strasbourg en 1744 et se souvenait encore de tous les détails des fêtes données à cette occasion. Un bœuf entier, me dit-elle, fut rôti sur la grande place, entouré de toutes sortes de viandes qu'on distribua au peuple selon la vieille coutume allemande, ct deux fontaines, l'une de vin blanc, l’autre de vin rouge, coulèrent constamment pendant plusieurs jours à la grande joie du populaire. Ordre était donné par les magistrats de ne sortir qu'en habit de fête et un édit défendit aux bossus et aux estropiés de
vraiment que cette famille de Rohan ait toujours dû lui porter malheur, et que l'oncle et le neveu lui aient été également funestes. La Révolution causait à notre hôtesse une sainte épouvante, et les massacres dont les émigrés réfugiés en Allemagne lui avaient fait le récit la laissaient encore tremblante d'émotion. C'est une vraie grande dame, à l'air imposant et dont les façons et les manières sont bien d'un autre siècle.
» Après le déjeuner nous allâmes à la chasse qu'on nous avait préparée; 1l faisait très froid, nous vimes beaucoup de gibier et nous tuâmes une vingtaine de lièvres. Le soir, la comtesse eut la galanterie de réunir à diner tous les officiers du régiment. Le repas était très beau, et lorsqu'on sortit de table, la comtesse, qui m'avait décidément pris en affection, se remit à causer avec moi, tandis que les autres jouaient à nombre de jeux. Elle m'a raconté une histoire qui m'a beaucoup frappé et dont je me rappelais vaguement avoir entendu parler dans mon enfance.
» Un soir de la fin du mois d'août 17717, le bourreau de Colmar entendit frapper à la porte
traversait le Rhin et qu'on gravissait une haute montagne. Il y avait bien deux jours et deux nuits qu'il était en roule, quand il crut s’apercevoir que le carrosse franchissait un pont-levis et passait sous la voûte d’un château. La voiture s'arrêta. On fit descendre le bourreau et on le fit entrer dans une grande salle; on dénoua ses liens et on lui enleva son bäillon et son bandeau. Il se trouva alors dans une vaste pièce enlièrement tendue de noir, éclairée par des torches et occupée par des hommes masqués et vèlus de longues robes également noires. L'un deux alors se levant lui présenta une femme voilée, vêtue d’une longue robe de velours noir, qu’on venait d'amener dans la salle ct lui ordonna de remplir son office et de lui trancher la tête sur-lechamp. Épouvanté, le bourreau repoussa le glaive qu'on lui présentait et refusa d'obéir. Mais les personnages masqués qui semblaient constiluer un tribunal secret lui déclarèrent alors que sa propre vie était entre ses mains et que s’il ne se hâtait d'exécuter leurs ordres, luimême à l'instant serait puni de mort. Le mal-
heureux supplia longtemps, puis songeant que
s'arrêta, les personnages masqués firent descendre leur prisonnier, et après lui avoir enlevé ses liens lui défendirent de retirer son bandeau avant qu'une demi-heure fût écoulée. Puis le carrosse s'éloigna, et le bourreau, plus mort que vif, se retrouva dans une prairie voisine de sa demeure. Une bourse pleine d'or était déposée à ses pieds. Des enquêtes eurent lieu de tous côtés, et dans les provinces d'alentour on fit les recherches les plus actives, mais jamais on ne put avoir la clef du mystère et jamais on ne put retrouver la trace du drame cffroyable dont le bourreau de Colmar avait élé Île héros.
» Cette lugubre histoire se répandit dans toute l'Alsace et je me souviens dans mon enfance l'avoir entendue longuement commenter; mais je n’en connaissais pas les détails, qui m'ont paru dignes d'être rapportés. Il a fallu tous les drames de la Révolution et les événements de nos grandes guerres pour la faire oublier. La comtesse me raconta encore plusieurs particularités curicuses sur le comte de
Cagliostro, le célèbre aventurier, qu’elle avait
à une époque où les voyages étaient si longs et si difficiles il avait parcouru l'Europe tout entière et pénétré dans les contrées les plus lointaines. — Son origine est restée mystérieuse, on suppose cependant que son vrai nom était Joseph Balsamo et qu'il était né à Palerme vers 1743. Lorsqu il arriva à Strasbourg en 1180, le cardinal de Rohan l'avait accueilli avec toutes les marques de la plus grande faveur et lui avait même donné un logement au palais épiscopal; aussi quand il vint s'installer à Paris, il excitaun enthousiasme universel. Bien qu'on ne lui connût aucune fortune, il jelait l'or à pleines mains et donnait aux pauvres des sommes considérables. On s'accorde généralement à le regarder comme un aventurier et un charlatan, mais il est incontestable que cet ètre extraordinaire qui n'acceptait jamais un sou de personne faisait pourtant des cures merveilleuses et obtenait les résultats les plus surprenants. Toul cela, malgré tout, devait mal finir; compromis avec le cardinal dans l'affaire du collier, il fut mis à la Bastille et exilé. On me dit qu'il avait fini par mourir en prison à Rome au château Saint-Léon, où par ordre
du pape on l'avait enfermé comme franc-maçon dangereux et condamné à une détention perpétuelle. Tous ces vieux souvenirs nous avaient impressionnés au point qu'il était plus de minuit lorsque l’on se sépara. Je fis mes adieux à la comtesse, car nous devions nous mettre en route à une heure trop matinale pour prendre congé sans ètre indiscrets. Je me retirai charmé de ma soirée et m'endormis sans que toutes ces tragiques histoires vinssent me donner le cauchemar et troubler mon sommeil. »
CITAPITRE XVI
Décembre 1807 à Avril 1808.
Témoignages de sympathie que Reiset reçoit à son régiment, — Arrivée à Francfort. — Il verse au milieu de la nuit et reste au milieu des champs avec sa voiture brisée. — Retour à Potsdam. — Jeannette S... — Promenade à Berlin. — Un mauvais drame. — La nuit du 1° janvier, trop de fanfares. — Triste journée. — Louise d’0... — Visites de jour de l’an. — Libéralités nécessaires. — Bourse plate. — Le gâteau des rois. — Reiset se promet de ne plus jouer. — Il donne une soirée de musique. —- Les plaisirs de l'hiver. — Tony est malade pendant quelques jours. — Nouvelle soirée donnée par Tony où se rend la comtesse de Schu-
lembourg. — Mademoiselle (:... S.. — Escalade. — Tony est surpris par une servante. — Le maréchal Victor vient chasser. — Détails sur sa personne. — Murat part pour
l'Espagne. — Ses panaches et sa friperie. — Les fètes de l'Elysée. — Le palais de marbre. — Curieuse particularité. — Le général Bourcier créé comte de l'Empire. — Les nouveaux titres. — Le duc de Ravigole. — La duchesse d’Abrantès. — Madame de Fermon. — Les dotations. — Les ambitions et les appétits. —- Distinction entre l’ancienne et la nouvelle noblesse. — Les nouvelles armoiries. — Suppression des couronnes. — Les toques et les plumes blanches les remplacent. -- Titre de chevalier accordé à Tony. — Lettres patentes. — Dotation de deux mille francs sur le domaine d’Erfurth.
20 décembre 18017.
« Comme nous l'avions décidé, nous partimes de très bonne heure pour retourner à
22 décembre 1807.
« À trois heures du matin, j'étais à Francfort. Je versai dans la nuit; la voiture fut fort endommagée, avec les lanternes et les glaces brisées et fracassées; mais je n’eus aucun mal; il faisait une nuit très noire et les postillons n'y voyaient pas. Je pus cependant tant bien que mal me remeltre en route et j'arrivai à Berlin, où je trouvai les chefs d’escadrons Nourry et Paris. Je logeai à l'hôtel de Russie. Nous dinâmes ensemble fort bien et je me couchai, laissant ces messieurs aller à la comédie et au bal. »
23 décembre 1807.
« Je revins à Potsdam avec Nourry et Paris; ils déjeunèrent chez moi et repartirent pour Brandebourg dans la voiture du général Clément. Je dinai chez le général, où je trouvai les majors du 5° et du 8° dragons, et Ie soir je fus chez mes hôtesses. Je calcule que pour me rendre en Silésie j'ai fait plus de cent trente lieues, et cela par des chemins des plus mauvais. »
Potsdam, 24 décembre 1801.
« J’allai diner chez Minette, le soir chez mes hôtesses, avec lesquelles je fis de la musique. »
30 décembre 1807.
« Je montai à cheval et allai chez les d’Itzig; de là je fus chez Minette, où je restai jusqu'au diner. En rentrant, je trouvai chez moi un billet de Jeannette S... qui m'apprenait son arrivée à Potsdam avec sa sœur et me demandait d'aller la voir. Je restai un moment chez mes hôtesses, où Lorentz vint avec Caroline, puis je m'esquivai et m'empressai d'aller la rejoindre; je restai chez elle jusqu'au matin. Elle et sa sœur me témoignèrent toutes deux beaucoup de regrets de me quitter. Nous voulûmes arranger une partie et aller ensemble à Berlin, mais cela ne put pas avoir lieu, car elles devaient retourner à Brandebourg le 31 à dix heures du matin. »
31 décembre 1807.
« Je.voulais partir à sept heures du matin, mais je ne pus trouver de voiture; la mienne,
après mon accident, était hors d'état de servir. A dix heures seulement, on m'en amena une fort mauvaise, dans laquelle je m'embarquai en compagnie de mon domestique et qui m'amena promptement à Berlin. J'achetai des trompettes pour le régiment et fis plusieurs autres emplettes. Je rentrai diner à quatre heures avec quelques camarades, et nous fûmes à six heures au spectacle, où on jouait un drame allemand, Bingousky, qui me parut assez mal fait, et partant bien mal joué. Il y eut un ballet encore plus mauvais, les Sauvages. Je rentrai après le
spectacle. »
{er janvier 1808.
« Toute la nuit je fus importuné par nombre de musiciens, trompettes et tambours qui célébraient la nouvelle année au son de leurs instruments. Je ne pus fermer l'œil; de plus, ce premier jour de l'année éveillait en moi le souvenir des réunions d'autrefois dans notre vieux Colmar; où mon père, mon excellente mère et tous mes frères et sœurs s'embrassaient joyeusement. Je songeai tristement combien nous
bien que je le pus et tout le monde fut content, mais cela allégca considérablement ma bourse déjà fort plate. Le soir, j’allai chez mes hôtesses. »
3 janvier.
« Je montai à cheval et fus voir Minette, qui me reçut très bien. Le soir chez mes hôtesses. »
« Chez Minette le matin; je restai le soir chez le général. »
5 janvier.
« Chez mes hôtesses. »
6 janvier.
« Je déjeunai au château, je fis quelques visites, et à dîner on tira le gâteau des rois. La fève me tomba; je fus proclamé en grande pompe au son de trompettes, et on me fit beaucoup boire. Malheureusement, on se mit à jouer et je perdis trente et un louis. Nous nous quittâmes après onze heures du soir. Je me promis à moi-même de ne plus jouer et je me
tiendrai parole autant que possible. »
7 janvier.
« Îl y eut un concert donné par M. Schwartz, attaché à la chapelle du roi; il est d’une bonne
force sur le piano et sur le violon. Minette joua une sonate qui fut très applaudie. »
8 janvier.
« Chez Minette, et le soir chez mes hôtesses. »
« J'ai été diner chez madame de Schlite. »
15 janvier.
« ]1 y eut un quatuor chez mot; la comlesse de Schulembourg, mademoiselle de Boglon, le général Bourcier, etc., etc., y vinrent. Cette dernière demoiselle y toucha une sonate accompagnée par M. Hog; iout le monde parut s'amuser, el on quitta tard. »
15 janvier.
« Le général Clément passa et s’arrèta chez
moi, il y coucha et passa avec moi la soirée chez mes hôtesses ».
16 janvier.
« Le général Clément avec le capitaine de Safré déjeunèrent chez moi et partirent pour Berlin à midi. Le soir chez mes hôtesses. »
18 janvier.
« Je fis atteler mes chevaux à un très joli lraineau et je courus la ville avec le major Talma. »
« Course en traineau et chez Minette avant diner. »
25 janvier.
« Le général Ruffin, un de mes amis, vint, me voir de Berlin et passa la journée avec moi; on joua le soir et je perdis six louis. Le lendemain je déjeunai chez le général avec le général Ruffin, puis j'allai patiner. »
27 janvier.
« Je sortis pour aller patiner avec M. Lefèvre;
le soir je fus à un concert donné par M. Hog : je
m'y ennuyai et n'y restai pas. »
DÉCEMBRE 1807 A AVRIL 1808. 309 29 janvier.
« Je sortis le matin, et arrivé chez le général,
il me prit tout à coup un grand frisson; j'eus le
visage et tout le corps rouge en un instant, avec
un claquement de dents qui m'empêchait de
parler : on dut me ramener presque sans con-
naissance. Je restai chez moi avec une grosse fièvre. »
4 février.
« J'ai été malade pendant quelques jours, j'ai pris des bains chaque jour et j'ai pu monter à cheval aujourd hui; il faisait un temps de printemps. »
« J'eus le soir de la musique chez moi, où vinrent la comtesse de Schulembourg, la baronne de Knobelsdorff, mesdames de Bilacoff et de Schlite. On chanta et on dansa pour terminer la soirée. »
6 février.
« Le général Clément revint de Berlin avec de Safré; ils déjeunèrent chez moi et repartirent ensuile. Je fus le soir chez mes hôtesses. »
1 février.
« Je montai à cheval et fus trouver C.... S..… chez Bertini. Resté le soir chez le général. »
8 février.
« Je fus de nouveau avec C..…
9 février.
« Je ne sortis que pour diner. »
10 févricr.
« Je ne rentrai qu'à trois heures du matin en quittant C...., chez laquelle j'étais entré par la fenêtre. »
11 février.
« Je restai chez moi toute la journée. »
« Une servante me surprit avec C.... J'achetai sa discrétion. »
18 février.
« Le maréchal Victor fut annoncé à Potsdam,
où il venait pour chasser. Il arriva à huit heures du matin; le général le reçut au château, les
il commanda le 1“ corps d'armée à la bataille de Friedland. C'est en récompense de cette grande victoire que l'Empereur l’a nommé maréchal de l’Empire quelques jours plus tard. »
2 mars 1808.
« Murat est parti le 20 février à la tôle de la nouvelle armée qu'on envoie en Espagne, où les choses commencent à se gâter; le général Lariboisière dirige l'artillerie, et le général de Grouchy ‘ commande la cavalerie. Cela fait un total de quatre-vingt mille hommes, tous jeunes soldats nouvellement enrôlés, mais déjà instruits et pleins d’entrain. Îl parait que Murat s’est mis en route sans grand enthousiasme; son goût pour le faste et le luxe se déploie à l'aise depuis
1.Emmanuel, marquis de Grouchy. né en 1768, d’une famille noble de Normandie, mort le 29 mai 1843. Il était lieutenant commandant des gardes du corps en 1389 au moment de la Révolution et ne tarda pas à acquérir le grade de général de brigade. Il prit part à toutes les affaires importantes des guerres de l'Empire et fut nommé après la bataille de Wagram colonel général des chasseurs à cheval de la garde impériale. I fut par son inaction inexplicable cause de la perte de la bataille de Waterloo. — Proscrit par la Restauration, il se relira en Amérique. Le bâton de maréchal et la pairie lui furent rendus par Louis-Philippe.
est en relation avec ma famille depuis longtemps, vint me voir; je lui fis fête; on fit de la musique plusieurs fois chez moi et je le conduisis visiter les palais. En nous promenant devant le palais de marbre, on me fit observer une curieuse particularité. Le fils du roi Guillaume II étant encore enfant planta quatre arbres dans le jardin neuf, assez près de la rivière; cet enclos ne renfermait qu'une vigne, et quelques jardinets partiels, mais lorsque après la mort de son fils, Guillaume II voulut bâtir son palais, il tint à conserver les quatre arbres qui lui rappelaient l'enfant qu'il avait perdu. Pour satisfaire son désir, on dut, pour trouver l'emplacement nécessaire à l'étendue du château, construire une digue considérable, creuser d'immenses fondations, et bâtir d'énormes murailles qui entrainèrent des dépenses colossales; mais le palais put s'élever en face des quatre arbres, qui ne furent pas déplacés et qu’on y voit encore aujourd'hui, pieux témoignages de l'affection que le roi avait
vouée à son fils.
salon où fréquentaient nombre de gens de qualité, et elle a été dès son enfance à l'école du bon ton. Tous ces titres au surplus vont se multiplier à l'infini, car tous les dignitaires de l'Empire à tous les degrés pourront transmeltre le leur à leur fils, à la condition de justifier d'un certain revenu proportionné à leur dignilé. Les cadets même peuvent être gratifiés d'un titre inférieur à celui de l'aîné, mais un certain revenu déterminé à l’avance doit rester attaché au titre et être transmis avec lui. — Des dotations importantes sur des terres situées en Pologne, en Allemagne et en Italie sont accordées à beaucoup. C’est une distribution générale : ceux qui n'ont pas de terres reçoivent de fortes sommes en argent. Chacun tâche d’avoir le plus gros morceau possible et le titre le plus ronflant. Si j'ai une gratification, comme je l'espère, elle sera modeste; en fait de titre, je crois que j'aurai droit, si le cœur m'en dit, à celui de chevalier comme membre de la Légion d'honneur, avec faculté de le transmettre à mes héritiers, si j'en ai, avec trois mille francs de rente. Encore faut-il faire les démarches nécessaires et justifier d’une
clites. Je suis curieux de savoir celles qu'on m'attribuera, mais elles ne vaudront certainement pas les nôtres, si claires et si simples, et qui avaient au moins le mérite de leur ancienneté :.
» On n'a fait revivre ni les marquis ni les vicomtes; c'est la différence la plus marquée entre les anciens titres et les nouveaux; mais si l'Empereur veut bien créer une noblesse, il n'entend pas pour cela la confondre avec l’ancienne. Les titres antérieurs restent supprimés, et pour que toute confusion soit impossible on a bien soin de ne donner aux membres des anciennes familles aristocratiques favorisées qu'un litre inférieur à celui qu'ils porlaient avant la Révolution. De plus aucun des titres conférés par l'Empereur ne comporte légalement de particule, quoiqu'on l’ajoute fréquemment pour beaucoup. .
» Une autre innovation est la suppression des couronnes, quon a eu l'idée surprenante de
4. Les armoiries de la famille de Reiïiset sont d'azur au croissant d'argent surmonté d'un trèfle d’or et soutenu d'une montagne à trois coupeaux d’or. (Arm. de France de d’Hozier, art. 184, province d’Arsace, à la Bibliothèque Nationale, et archives du château du Breuil).
faculté d'accorder les titres que nous jugerons convenables à ceux de nos sujets qui se seront distingués par des services rendus à l'État et à Nous. La connaissance que nous avons du zèle et de la fidélité que notre cher et amé le sieur de Reiset a manifeslés pour notre service Nous a déterminé à faire usage en sa faveur de cette disposition. Dans cette vue, nous avons par notre décret du 15 août 1809 nommé notre cher et amé le sieur de Reiset chevalier de notre Empire.
» En conséquence eten vertu de ce décret, ledit sieur de Reiset s'étant retiré par devant notre cousin le Prince archi-chancelier de l'Empire a l'effet d'obtenir de Notre Grâccles lettres patentes qui lui sont nécessaires pour jouir de son titre, nous avons, par ces présentes signées de Notre main, conféré et conférons à notre cher et amé le sieur Marie-Antoine de Reisel, colonel en second du premier régiment provisoire de dragons, membre de la Légion d'honneur, né à Colmar, département du Ilaut-Rhin, le 29 novembre 1775, le titre de chevalier de notre Empire. Ledit titre sera transmissible à sa descendance directe, légitime, naturelle ou adoptive, de mâle
couleurs de l’écu, le vert en bordure seulement.
» Chargeons notre cousin le Prince archi-chancelier de l'Empire de donner communication des présentes au Sénat et de les faire transcrire sur ses registres. Car tel est notre bon plaisir, et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, notre cousin le Prince archi-chancelier de l'Empire y a fait apposer par nos ordres notre grand sceau, en présence du Conseil du sceau des
Titres.
Donné en notre palais de Saint-Cloud le 14 du mois de juin de l’an de grâce 1810.
Signé : NAPOLÉON.
Scellé le 22 juin 1810, Le Prince archi-chancelier de l'Empire,
CAMBACÉRÈES.
Enregistré au conseil des Titres. Reg. T. M. 2 folio 3417. Transcrit sur les registres du Sénat le 14 juillet 1810, par le chancelier du Sénat.
Ce que Tony ne pouvait prévoir à cette époque, c'est qu’il recevrait avec son brevet de
chevalier de l’Empire une nouvelle marque de la munificence de l'Empereur. Par un décret daté du 15 août 1809, Napoléon lui accordait une dotation de 2000 francs de rente sur les domaines d’Erfurth, dotation qui devait rester attachée à son titre. — Le 4° juin 1813, lorsque Reiset, en récompense de ses services, reçut de l'Empereur le titre de baron, une nouvelle dotation de 2200 francs sur les États de Rome et le royaume de Wesphalie vint s'ajouter à celle qui lui avait été accordée en 1809.
17 avril 1808. Jour de Pàques.
« Nous allâmes à la messe en grand uniforme.
Je fus me promener dans la journée et le soir il y eut du monde chez le général, où l’on joua: le lendemain il y eut une réunion chez moi; le général y vint. On dansa. »
22 avril 1808.
« Je dus juger des canonniers prévenus de viol. Le soir je fus à un petit spectacle de sauteurs avec mes hôtesses. »