‹ Souvenirs du lieutenant général vicomte de ReisetChapitre 39 sur 78 · CHAPITRE XVII Avril à Octobre · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII Avril à Octobre

Événements d’Espagne. — Manuel Godoy. — 11 échappe à grand'peine à la fureur du peuple. — Sa vie scandaleuse. — Les sœurs Tudo. — Faiblesse de la reine Maria Luisa. — Avènement de Ferdinand VII. — Charlottenbourg. — Le château de la reine Sophie-Charlotte. — Déjeuner champêtre. — Arrivée de Ferdinand VII à Bayonne. — Réception de Joséphine et de Napoléon. — Reiset reçoit une gratification de deux cents francs par mois. — Désir illimité de Tony de revoir la France. — Lettre à sa fiancée. — Tendres remontrances sur son peu d’impatience de voir s'approcher l’époque de leur mariage. — Persistance du général Bourcier à vouloir garder Reiset auprès de lui. — Regrets de ne pouvoir se trouver en Espagne où l’on se bat. — La situation en Espagne. — Désastre de Baylen. — Diners, soirées, parties de campagne organisés par Tony. — Espérance de départ prochain. — Craintes de voir encore retarder son mariage. — Amour du devoir, réflexions sur la guerre. — Une recommandation au duc de Gaëte. — Tendre souvenir détruit par le feu. — Le grand dépôt de Potsdam.

28 avril 1808.

« Je sors de chez le général, où j’ai appris que des événements graves se passent en Espagne; une révolution terrible a éclaté à Madrid. Le

société, il a commencé par être simple soldat de la garde et est arrivé, grâce à la reine, qui l'avait remarqué, à gouverner l'Espagne tout entière. Il n’est pas de déprédations de toutes sortes auxquelles il ne se soit livré et tout pliait devant lui. Marié à une infante de Bourbon, nièce de Charles IV, que celui-ci, dans son aveuglement, lui avait donnée en mariage, il n'a pas craint de faire subir à cette princesse les plus mauvais traitements. Deux sœurs du nom de Tudo qui partageaient ses faveurs étaient installées dans son palais et vivaient avec lui, et la vieille reine, soumise humblement aux volontés de son amant, supportait toutes ces infamies qui s'étalaient au grand jour. La famille de l'indigne favori a couru les plus grands dangers, et le peuple ne se lasse pas de livrer au pillage et à l'incendie les richesses amassées par ses oppresseurs.

» L'avènement de Ferdinand VIT, qui était le chef de l'opposition et l'ennemi juré du prince de la Paix, a été salué par des cris de joie folle, et les Français sont accueillis en libérateurs. Murat a fait son entrée à Madrid à la tète d'un

intérêt artistique. Nous déjeunâmes sur le gazon, dans le jardin, avec ce que nous avions apporté; ce fut une journée charmante. Après avoir fait quelques courses dans la journée, nous fûmes au spectacle, après lequel nous revinmes à Potsdam dans ma voiture. Nous arrivâmes après

minuit. »

4 mai.

« Tombolini, premier chanteur de la chapelle du roi, vint me voir. J'invitai le général; on chanta des quatuors et l'on fit de la musique jusqu'après minuit. »

8 mai.

« Je n'ai pas eu grands détails sur les affaires d'Espagne, où il se passe pourtant les événements les plus surprenants. Le roi Ferdinand VII s'est rendu à Bayonne pour y saluer l'Empereur, qui l'a reçu avec les plus grands honneurs au château de Marac. Puis le roi Charles IV et la vieille reine sont venus à leur tour, accompagnés du prince de la Paix, que Murat a rendu à la liberté. Ils ont été accueillis par Napoléon et l'impératrice Joséphine avec toutes sortes de

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