‹ Souvenirs du lieutenant général vicomte de ReisetChapitre 41 sur 78 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Octobre et novembre 1808.

Entrevue d’Erfurth. — Arrivée des deux souverains. — Représentation de Cinna. — Chasse impériale. — Fêtes et réjouissances organisées en l’honneur des deux empereurs. — Ordre officiel de départ. — Témoignage de satisfaction décerné à Reiset par le général Bourcier. — Tristes séparations. — Les bonnes hôtesses. — Larmes que fait couler le départ de Tony. — Pauvres petites. — Tony se rend à Mayence. — Séjour à Colmar. — Transformation complète. — Les usages de la vieille Alsace. — Souvenirs rétrospectifs. — Arrivée à Paris. — M. de la Martellière. — Lettre à Amélie de Fromont. — Pénible incertitude. — Accueil du comte de Laumond. — Grand déjeuner de bienvenue donné par Reiset à ses camarades.

Napoléon se décidait enfin à retirer d'Allemagne une parlie de ses troupes, mais si la convention d'évacuation de la Prusse avait été accueillie avec empressement par le roi Frédéric, bien des conditions du traité n’en restaient pas moins à régler. Les grands événe-

ments qui se déroulaient en Espagne, et la sourde hostilité de l'Autriche qui, d’un jour à l’autre, pouvait se joindre à l'Angleterre pour entrer en lutte contre nous, rendaient de plus cn plus nécessaire une alliance étroite avec la Russie. Napoléon n'était pas sans s’apercevoir des dangers qu'offrait pour lui la situation présente; résigné à abandonner la Moldavie et la Valachie à Alexandre qui les ambitionnait, il voulait en revanche pouvoir compter d’une façon absolue pour la paix comme pour la guerre sur le concours de la Russie.

L'entrevue d'Erfurth qu’Alexandre sollicitait depuis longtemps allait lui permettre de s'assurer définitivement des projets de son allié. A la fin de septembre, Napoléon avait quitté Paris pour se rendre à Erfurth, où le roi de Saxe et une foule de princes des États de l'Allemagne étaient déjà réunis. Pour mieux marquer sa puissance et étonner l'Europe par son luxe et sa magnificence, il avait tenu à s'entourer de tout ce que sa cour contenait de plus brillant et de plus illustre; les maréchaux, les diplomates en magnifiques équipages partaient en même temps que lui et

burg qui s'étend entre Erfurth et Weimar, on a construit un grand nombre de pavillons élégamment décorés dans lesquels ont pris place les rois et les princes présents. Le pavillon des deux empereurs placé au centre semblait marquer aux yeux de tous leur rang suprême et attirait tous les regards par sa somptuosité et sa magnifcence. Bientôt on a vu apparaitre une masse considérable de gibier qui a passé à toute vitesse devant la ligne des pavillons tandis que les invités tiraient à loisir au milieu de tous ces animaux qui, sous leurs yeux, s’enfuyaient en troupes. Plusieurs passages ont eu lieu à diverses reprises et l'empereur Alexandre a pris à cette distraction le plus vif plaisir. On avait rassemblé et fait venir de fort loin une quantité énorme de daims, de cerfs et de lièvres, qui, retenus dans des filets, n'étaient lâchés que par intervalles. Un magnifique bal a eu lieu le soir à Weimar, et deux jours plus tard, pour clôturer ces réjouissances, une nouvelle fète a été offerte par Alexandre à l’empereur Napoléon sur le champ même de la bataille d'Iéna.

» Au milieu de tous ces plaisirs les deux

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