OCTOBRE ET NOVEMBRE
empereurs n'en ont pas moins trouvé le temps de discuter les graves intérêts qu'il s'agissait de régler ; on dit qu'ils paraissaient être complètement d'accord lorsqu'ils se sont séparés. Le général Bourcier est revenu ébloui de tout ce qu'il avait vu.
» Voici l’ordre de dissolution et la lettre particulière du général Bourcier, très flatteuse pour moi et qui me récompense de bien des peines et
des fatigues :
« Potsdam, 17 octobre 1808.
» Je vous envoie, monsieur le major, un ordre d'après lequel vous devez, vu la dissolution du grand dépôt de Potsdam, vous rendre au dépôt de votre régiment en France.
» En vous remettant cet ordre, Monsieur le major, il m'est fort agréable de vous exprimer la satisfaction que j'ai ressentie de la manière dont vous avez servi au grand dépôt. Le zèle, l'activité et l'intelligence avec lesquels vous avez rempli toutes les fonctions à exercer sous mes ordres méritent le témoignage que je me plais à vous donner et je m’empresserai de le renou-
veler au besoin, surtout si l’occasion de vous être utile se présente.
» J'ai l'honneur de vous saluer avec considération.
» Le général de division, comte de l'Empire, inspecteur général de la cavalerie, etc.
» BOURCIER. D
Potsdam, 17 octobre 1808.
« Le grand dépôt de Potsdam étant dissous en vertu des ordres de son altesse le prince de Neufchâtel, vice-connétable de l'Empire, major général de l’armée, il est ordonné à M. de Reiset, major du 1° régiment de dragons, de se rendre au dépôt de son régiment en France pour en prendre le commandement.
«+ Le général de division, comte de l'Empire, inspecteur général de la cavalerie, etc.
» BOURC ER
17 octobre 1808.
« Je fus à Berlin chercher de l'argent et payer mes dettes avant mon départ; M. Talma me prêta cinquante louis. J'avais fait beaucoup de
en voyant que mon absence allait être la cause de tant de larmes et de soupirs. Je ne reverrai probablement plus jamais aucune de ces bonnes petites si tendres et si sensibles auxquelles trois années de séjour m'avaient véritablement attaché, et je leur garde au fond du cœur un souvenir attendri.
» Je voyageai donc en même temps que le général, et, n'ayant pas de domestique, j’emmenai mon garçon de bureau prussien. Nous allâmes jour et nuit, en passant par Leipsig, où nous ne nous arrêtâmes que quelques moments.
Je voyageais dans ma calèche et je n'eus pas la moindre réparation à faire en route. Nous passâmes par Erfurth, où je vis tous les logements qui avaient été occupés par l'Empereur et les différents souverains venus à la conférence, puis nous continuâmes notre route en poste jusqu'à Mayence. »
23 octobre 1808.
« Je fus reçu par toute ma famille à Mayence avec les témoignages les plus tendres d’attachement et d'amilié; aussitôt que je reçus mes
assurément bien des changements salutaires ont eu lieu et je suis forcé de convenir que bien des services se sont améliorés. Les courriers sont plus fréquents et les communications plus faciles. Le coche de nuit qui amenaiït à Colmar les jours de marché les habitants des localités importantes n'existe plus que par le souvenir et les douze jours‘ qu’on mettait jadis pour faire lé trajet de Paris à Strasbourg sont maintenant singulièrement abrégés. Mais une foule de vieux usages un peu naïfs peut-être ont disparu en même temps et ont enlevé à ma bonne Alsace une partie du caractère qui la distinguait des autres provinces.
» Le 13 novembre, je me mis en route pour Paris; je couchai le deuxième jour chez ma bonne sœur Stackler et je repartis le 14 au
1. Pour se rendre de Paris à Strasbourg en 17380, on allait prendre rue Jean-Robert le coche qui partait à six heures du matin. On dinait à Villeparisis et on couchait à Meaux. Le lendemain, la dinée se faisait à La Ferté-sousJouarre et le coucher à Château-Thierry. Le lundi on dinait à Dormans et on couchait à Epernay; le mardi on prenait son repas au petit village de Sarlon et on allait se reposer à Châlons. La voiture se remettait en marche le mercredi pour aller diner à Pagny et coucher à Vitry; puis elle stationnait le lendemain à Saint-Dizier et s’arrétait pendant la nuit à Barle-Duc; le vendredi la dinée se faisait à Saint-Aubin et l'on
j'attendais avec une angoisse et une impatience que vous pouvez vous imaginer. Hélas! elle n'est encore pas telle que je l'espérais; vous me prêchez la patience, mais maintenant que me voici en France, il n'est plus de prétexte pour ne pas me donner une assurance formelle qui permette d'arriver à une prompte solution; le désir que j’éprouve de vous voir est insurmontable, mais je ne viendrai à Soissons qu’alors que vous m'aurez dit d'y venir pour conclure, et que tous les obstacles auront disparu; vous voir et être forcé peut-être de vous quitter pour toujours, ce serait pour moi une peine trop grande et je ne m'y exposerai pas. Ne tardez plus, bonne Amélie, rendez-moi ma tranquillité et consentez à faire mon bonheur.
» J'attends mon frère dans trois jours; j'espère qu'il m'aidera de ses conseils, j'en ai tant besoin! c’est mon meilleur ami et je n'ai point de secrets pour lui.
» Adieu, adieu, mon Amélie; l'incertitude est affreuse et elle le devient davantage selon qu'on attache de prix à ses espérances.
» J'attends votre réponse el je vous aime. »