‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 100 sur 262 · OPÉRATIONS SUR LE RHIN · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS SUR LE RHIN

de marcher; presque tous les moyens lui manquaient; an armistice tacite fut convenu entre les deux généraux opposés pour donner du repos aux troupes, à la condition de se prévenir mutuellement dix jours d'avance, si Tun ou l'autre gouvernement ordonnait de reprendre les hostilités. Je cantonnai sur la rive droite du Rhin, touchant par ma gauche la ligne de démarcation des Prussiens d'après le traité de Bâle; j'établis mon quartier général à Dusseldorf , et c'est ainsi que nous passâmes l'hiver. En février 1797, je repassai le Rhin pour remplir une mission en Belgique; j'avais laissé mon commandement au général de diyision Desjardins à Dusseldorf, et celui de la division dont j*étais titulaire au général de brigade Gouvion. £n mon absence, les troupes de l'armée du Nord étaient échelonnées de Dusseldorf à Arnheim. Je rejoignis à Nimègue.

Les hostilités recommencèrent sur le Rhin. Le général Hoche avait le commandement de l'armée de Sambre et Meuse, où il mourut presque subitement. Je n'ai pas entendu dire que ce genre de mort ait été éclairci; on pensait généralement qu'un parti l'avait fait empoisonner. Le même corps d'armée du Nord, sous mes ordres, retourna de nouveau sur le Rhin, mais pendant sa marche, on apprit le traité de Campo-Formio qui arrêta les armées du Rhin et de Sambre et Meuse dans le cours de leurs succès.

Un événement politique eut lieu à Paris (1), et le général Augereau vint prendre le commandement des trois armées réunies sous le nom d'armée d'Allemagne. Il nous passa en revue à Cologne et trouva singulière la bonne tenue de celle du Nord, directement sous mes

(1) Le coup d*État du 18 fructidor, auquel Augereau avait domié son concours.

ordres; au lieu d'y applaudir, il me dit : < Je vois et je sais que l'on conduit ces troupes à la prussienne, mais j'y mettrai ordre. » Il y eut un repos avant de défiler; les soldats venaient en foule autour du nouveau général en chef. Son costume était éclatant; il y avait des broderies jusqu'à ses bottes courtes, ce qui faisait un contraste très frappant avec nos uniformes simples. Il raconta ses campagnes d'Italie, parla de la bravoure des troupe», sans faire nullement mention du chef de cette armée (i); il dit que les soldats y étaient très bien traités et qu'il n'y en avait pas un, tel mauvais sujet qu'il fût, qui n'eût dix louis dans sa poche et une montre d'or. C'était un avis pour les nôtres.

Le directeur du spectacle vint lui offrir un choix de pièces; il en demanda de bien révolutionnaires ; on choisit, je crois, Bruius ou la Mort de César (2). Le général Lefebvre, qui avait commandé par intérim, était son principal lieutenant. Trigny, commandant de Cologne, avait offert sa voiture, vraisemblablement dans l'espoir que le général en chef y donnerait place à sa femme; mais comme celui-ci ne le proposait pas, Trigny prit l'initiative très respectueusement. Lefebvre, placé à côté du général Augereau, mit la tête à la portière : « Que dis-tu? » Trigny répète sa proposition, t Va te faire f , dit Lefebvre, nous ne sommes pas ici pour accompagner des femmes, et surtout la tienne, qui a les t

mous! > Lefebvre, qui n'avait aucune idée de la littérature, applaudissait de tout son cœur et de ses grosses mains, croyant que c'était une pièce de circonstance faite le matin; il me donnait des coups de coude à chaque instant en me disant : f Dis donc, dis

(1) Bonaparte.

(2) L'une et l'autre de Voltaire.

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