OPÉRATIONS SUR LE RHIN
eus le commandement. Je me donnai beaucoup de mouvement pour les discipliner et je mis tous mes soins à les instruire. Cette activité fut très favorable à ma santé qui se fortifiait de plus en plus. Beurnonville vint nous voir manœuvrer.
Nous pressentions alors que nous ne tarderions pas à jouer un rôle dans les événements qui se passaient au delà du Rhin. L'armée de Sambre et Meuse était commandée par le général Jourdan, celle du Rhin par le général Moreau; elles agissaient sans ensemble ni unité de commandement. Les débuts de cette nouvelle campagne avaient été rapides et brillants, mais malheureusement de peu de durée. Une manœuvre habile et savante du prince Charles d'Autriche trompa le général Moreau; il passa inopinément le Danube à Donauwerth et tomba avec des forces prépondérantes sur le flanc droit de l'armée de Sambre et Meuse, qui était sur la Rednitz, tandis que celle que le général' Jourdan poussait depuis le Rhin prit tout à coup l'offensive sur son front. L'inégalité des forces et l'étendue de pays que Tarmée française occupait la contraignirent à une retraite précipitée.
Il lui fallait de prompts secours; le camp de Gorssei fat levé et mis en marche, en septembre 1796, ainsi qu'une autre division de l'armée du Nord qui était stationnée en Belgique; l'une et l'autre étaient mises sous mes ordres. Celle-ci se rendait dans la tête de pont de Neuwied, tandis qu'avec la première j'arrivais dans le vaste camp retranché de Dusseldorf. Pendant nos marches, l'armée de Sambre et Meuse, vivement pressée, se repliait sur la Lahn, où elle se proposait de tenir jusqu'à ' notre arrivée. Le général Castelvert, qui commandait la division de la Belgique, fut appelé pour se mettre en ligne à la droite de cette armée, touchant la division du
général Marceau et provisoirement sous son commandement, qui s'étendait sur la rive droite de la Lahn jusqu'à son embouchure. Le général Castelvert reçut pour instructions, au cas où l'ennemi forcerait le passage de cette rivière, d*avoir à se retirer dans la tête de pont de Neuwied, pour conserver à tout prix ce poste sur le Rhin, ce dont il répondrait sur sa tète. Préoccupé de cette responsabilité , il apprit en même temps que l'ennemi s'était emparé de la ville de Nassau, et sans réfléchir qu'elle était située sur la rive gauche et, par conséquent, l'occupation insignifiante pour sa position, il se retira en toute hâte dans cette tête de pont, sans en donner avis au général Marceau (1), et laissa ainsi à découvert Textréme droite de l'armée de Sambre et Meuse qui eut, ce même jour, une affaire désavantageuse qui la contraignit de rétrograder. Elle ne manqua pas d'en accuser le général Castelvert qui, certes, commit une faute grave en compromettant sa position. L'excuse qu'il m'en donna est trop singulière pour ne pas la citer. « Pourquoi, lui dis-je, vous êtes-vous retiré sans y être forcé et sans en prévenir? — Ah bahl dit-il, les
b ! Us voudraient bien jeter leur défaite sur l'armée
du Nord ; mais ils ne demandaient pas mieux qu'un prétexte pour s'en aller , et puisqu'ils ont fait une retraite de huit lieues, j'ai bien pu en faire une de dix, et qu'ils
s'aillent faire f ! » Il fut remplacé.
Je m'avançai de Dusseldorf à Mulheim, mais Tennemi nous laissa tranquilles sur la Wupper et la Sieg. Le général Beurnonville succéda au général Jourdan, apportant Tordre impératif et réitéré plusieurs fois de prendre ♦ l'offensive; mais, outre que la saison était avancée, l'armée de Sambre et Meuse était véritablement hors d'état
(1) Le généralMarceau fut blessé mortellementle 20 septembre 1796.