INVASION DES NAPOLITAINS
se portèrent à tous les débouches de leurs frontières, que je faisais observer et garder faiblement. Tout annonçait de prochaines hostilités.
Le général en chef Championnet arriva à Rome dans cet état de choses, et avec l'assurance que le Directoire lui avait donnée que le gouvernement de Naples n'oserait pas prendre l'initiative d'une nouvelle guerre. L'un et l'autre s'abusaient, comme Tévénement le prouva quelques jours après. Je pensais autrement, et j'avais fait mes dispositions en conséquence pour replier mes troupes, évacuer Rome et repasser le Tibre. Mes forces sur ce point étaient d'environ 6,000 hommes; les autres, en nombre égal, étaient disséminées vers Narni , Sulmona et Fermo, à l'entrée des Abruzzes.
Q n'y avait que quarante-huit heures, je crois, que le général Championnet était à Rome, lorsque je reçus, à onze heures du soir, la première nouvelle que les Napolitains avaient franchi leurs frontières sans déclaration de guerre préalable. J'en informai le général en chef; nous montâmes à cheval de grand matin et nous portâmes sur la route de Tivoli, débouché le plus rapproché de Rome; tout y était tranquille, mais je jugeai que la colonne ennemie qui devait pénétrer par ce point attendait des nouvelles de la marche du corps principal venant de San Germano par Terracine sur Velletri. Avec de faibles détachements j'aurais pu contenir les troupes ennemies au débouché de la route qui traverse les marais Pontins, mais le corps principal venait par la vieille route. Mes troupes se retirèrent donc sur Rome. Il était facile de prévoir que les Napolitains débouche-
mencement des hostilités, que 10 ou 12,000 de Terracine à Fermo. Nous n'étions nullement menaçaots, et je déclare qu'aucun préparatif n'était fait, qii'aucua ordre ne m'était transmis pour même menacer le royaume de Naples. Note du maréchal Macdonald.
raient partout à la fois de leurs frontières, et c'est ce qui arriva.
Le général en chef entra en négociation pour l'évacuation de la capitale et se retira, me laissant tout l'embarras de la retraite. Je voyais des dispositions à un soulèvement du peuple et j'en étais d'ailleurs bien averti; je lui fis des représentations sérieuses qu'il parut goûter d'abord. Toutes mes troupes étaient en position hors de la ville; il fallait achever d'approvisionner le fort Saint-Ange. J'avais quelques détachements dans la ville, cent cinquante chevaux sur la place £^/ Popo/o avec du canon qui enfilait les trois rues qui viennent aboutir à cette place.
Je venais de rentrer chez moi pour expédier des ordres, lorsque j'entendis des clameurs et des huées; je cours à ma fenêtre d'où j'aperçois le général en chef au galop gagnant la porte de la ville et emmenant avec lui mon détachement de cavalerie. L'effet de ce départ — j'adoucis l'expression en ne me servant point d'une autre plus énergique et plus réelle — fut le signal du soulèvement que j'avais prévu. Tous les Français isolés, militaires, civils, ou attachés à l'administration, furent poursuivis et massacrés, les magasins pillés. Tout ce qui put échapper à la fureur populaire se réfugia dans les églises, les grands établissements, le fort Saint-Ange, quelques-uns chez moi. Mes aides de camp, des officiers d'état-major étaient à cheval, portant aux troupes des ordres de rentrer, mais ils ne purent passer; il en était de môme de ceux des généraux qui ne purent pénétrer dans la ville.
Pendant cette crise dont le danger allait croissant, je fis venir l'artillerie de la place del Popolo. Braquée aux issues de mon logement, elle tira quelques coups à mitraille; mais les canonniers, assaillis par les croisées