ÉVACUATION DE ROME
Un engagement partiel pouvait compromettre toutes mes dispositions, soulever de nouveau la ville, arrêter les distributions et mettre le désordre dans mes rangs. Je voulais repasser le Tibre sans encombre et en plein jour.
Averti que toutes les distributions étaient terminées et les troupes rassemblées, je donnai le signal de la retraite, qui s'opéra dans le plus grand ordre par les trois rues dont j'ai parlé ; au fur et à mesure, les habitants sortaient en foule, la cocarde rouge au chapeau, allant au-devant des Napolitains, mais sans aucune insulte. Mes arrière-gardes revenaient lentement, suivies à quelque distance des avant-gardes napolitaines. Pendant que mes colonnes traversaient le fleuve, je parcourus la rue del PopolOj au milieu de la foule, jusqu'à la place de Venise, sans autre escorte que mes aides de camp, sans apercevoir aucun signe de révolte, sans aucun mauvais propos. On s'était calmé; la haute classe avait pu fomenter les troubles de la veille, mais n'y avait pris aucune part apparente; les gens paisibles étaient restés chez eux et avaient même sauvé beaucoup de Français qui fussent vraisemblablement devenus les victimes de cette insurrection.
En me retirant enfin avec mes derniers postes, j'envoyai au commandant du fort, qui n'était pas mentionné, par conséquent non compris dans la convention d'évacuer Rome, l'ordre de retirer les siens, de faire fermer ses barrières, et de se considérer comme en état d'hostilité et investi. J'avais recommandé nos malades restés à l'hôpital à la générosité et à l'humanité du général Mack et laissé cinquante hommes pour leur sûreté, le priant de les remplacer et de me les renvoyer. C'est ensuite de ces mesures que je quittai Rome en assurant nos amis et nos partisans que nous n'en serions pas absents plus
de quinze jours, et je pris l'engagement de ne pas couper ma barbe pendant notre absence; je tins parole et la gardai dix-sept jours.
Après avoir évacué Rome en bon ordre et repassé le Tibre, je marchai toute la nuit; j'établis mon camp à Monterosi, embranchement des deux routes de Viterbe et d'Ancône. J'attendis là des nouvelles informations sur la marche des Napolitains; mais, d'après le bruit du succès d'un engagement à Fermo, à la frontière extrême des États de Naples, je levai mon camp et en choisis un autre à Civita-Castellana, très forte et bonne position, défendue naturellement par plusieurs ravins et par un château. Le général Mack me remplaça à Monterosi et vint m'attaquer avec plus de 40,000 hommes; j'en avais au plus 5,000 ou 6,000 à lui opposer. Je renforçai de quelques troupes mon avant-garde à Nepi et pris la résolution de marcher en avant. Le choc fut rude, mais les Napolitains ne tinrent presque pas et plièrent; nous les poursuivîmes jusqu'à leur camp encore tendu, qu'ils nous abandonnèrent pour s'enfuir jusqu'à Rome. C'était le corps d'attaque principal. Pendant cette action, trois autres colonnes se présentèrent par la vieille route, en remontant la rive droite du Tibre par Santa Maria di Falori. Je revins sur mes pas, repoussai toutes les attaques partielles et défis ainsi cette, magnifique et pompeuse armée avec moins de 3,000 hommes engagés. Le résultat fut considérable : grand nombre de prisonniers, artillerie, armes, bagages, le camp, la caisse militaire, etc.
Ayant appris que le général Mack, ralliant ses débris, passait sur la rive droite du Tibre pour favoriser la marche d'une de ses colonnes qui descendait sur Otricoli, je repassai moi-même ce fleuve au pont de Borghetto, où j'appuyai ma droite. Ce n'est qu'après ce