‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 105 sur 262 · OTRICOLI ET CALVI · texte numérisé non relu

OTRICOLI ET CALVI

changement de position que je fus informé par mes coureurs de la marche de cette colonne sur Otricoli, où j'avais le dépôt de mes malades et blessés et de mes vivres. Cette route était ma seule communication avec le quartier du général en chef et le reste de l*armée. Je n'avais pas encore la certitude qu'Otricoli fût occupé, et je voulus connaître la force et la position des Napolitains; dans ce but, je tirai un bon détachement de mon camp de Borghetto et je partis avec lui. Le brouillard était si épais que Ton ne distinguait pas les objets à quatre pas; mais nous connûmes la présence de Tennemi par son feu assez étendu, auquel on répondit; il me sembla, par son hésitation, qu'il n'était pas en très bon ordre. Cet épais brouillard fut heureux pour les deux partis : il masqua nos mouvements et ma faiblesse et nous déroba la direction de leur fuite. Je les fis charger par ma cavalerie, au hasard, sur la grande route; une décharge d'artillerie n'arrêta pas mes troupes; Tavantgarde ennemie, surprise en désordre, fut sabrée et la batterie de petites pièces abandonnée. Le temps s'éclaircit; la poursuite, mieux dirigée, se continua. J'appris alors que je n'avais pas affaire à de vrais soldats, mais à des brigands; ils avaient lâchement assassiné mes malades et blessés ; la vue de quelques-uns d'entre eux, mutilés et heureusement échappés du massacre, nous remplit de fureur et de vengeance. Apprenant enfin que ces bandits prenaient la direction de Calvi, on les y suivit, et j'envoyai en même temps au général Maurice Mathieu l'ordre de partir sur-le-champ du camp avec sa brigade pour couper la retraite sur Rome à ce corps de fuyards. Nous cernâmes Calvi, situé sur une haute montagne escarpée; nous étions inférieurs en nombre, mais supérieurs en courage. L'ennemi ofl'rit de capituler; je répondis par ces seuls mots : c Bas les armes ou passés au fil de

l'ëpée t i Ils se rendirent au nombre d'environ 7,000 hommes, commandés par les généraux Moesk et (i)

Mes communications ainsi rétablies, je reçus du général en chef Tordre de le joindre sur la nouvelle route de Rome; il partait de Narni. Le général Mack était alors en marche pour favoriser la retraite du général Moesk; celui-ci lui avait écrit de ne se pas presser, qu'il était en très bonne position à Galvi, et qu'après avoir rallié et reposé ses troupes, il Je joindrait. Ils comptaient apparemment sur notre inaction ; cette opinion les perdit. Le général Mack, prévenu de l'événement par des fuyards, rebroussa chemin sur Rome; nous le suivîmes avec ardeur. J'avais laissé le général Kellermann à Borghetto avec un fort détachement; je lui envoyai Tordre de marcher vivement et de pousser devant lui, le sabre à la main, tout ce qu'il trouverait.

Ces succès inespérés causèrent une vive jalousie au général Championnet, fort brave homme d'ailleurs, mais de peu de capacité. II avait acquis une sorte de réputation militaire à Tarmée de Sambre et Meuse, d'où il venait, en commandant une division qui avait souvent pris part aux événements et avait eu des succès. Une coterie l'avait fait nommer général en chef. Il avait un caractère fort doux, très facile, mais un entourage envieux, à prétentions, ambitieux, surtout un nommé Romieux, premier aide de camp, je crois, qui avait la réputation d'être le faiseur, et le général Bonnami, son chef d'état-major, dont on disait que la conduite avait été assez équivoque sur le Rhin, où on lui reprochait certaines affaires pécuniaires, reproches qui prirent plus tard quelque consistance en entrant sur le territoire de

(i) Le second nom manque dans le manuscrit

Page 1