DISSENTIMENTS
Naples; il avait aussi des prétentions pour diriger et conduire les opérations.
On m'avait donné des ordres insignifiants et subséquemment inexécutables; j'avais eu le malheur de mieux voir, de juger plus sainement, et le tort d'avoir répondu : • Faites-moi connaître les mouvements généraux, je m'y attacherai, et ne vous inquiétez pas du reste. » C'était réellement de très bonne foi, avec plus de connaissance des localités et la force que donne l'ascendant sur un ennemi vaincu, tandis que les ordres que je recevais étaient on ne peut plus timides, lorsqu'il fallait montrer Taudace, justifiée par nos succès, dont ma division et moi étions animés.
Je ne connaissais ces tracasseries que par la froideur de la correspondance; la mienne était plutôt gaie que sérieuse, surtout dans mes rapports où je rendais compte de nos affaires, toutes brillantes et heureuses qu'elles étaient, en plaisantant, et sans autre intention que de faire voir qu'il y avait bien peu de gloire à recueillir contre des ennemis si lâches et si vains, quelques jours auparavant. N'avaient-ils pas assassiné nos malades et blessés à Otricoli, et menacé du même sort ceux qui avaient été laissés à Rome, ainsi qu'un détachement de cinquante hommes demeuré pour veiller à leur sûreté et les soustraire aux fureurs de la populace? Ces hommes avaient été désarmés, faits prisonniers contre le droit de la guerre et des gens; et c'est pourtant Mack, ie général à réputation européenne, qui a tenu cette conduite, qui l'a écrit, publié ! Je crois avoir déjà dit que je Tavais prévenu de cette disposition de sûreté, en réclamant son humanité pour nos malades et le renvoi de ce détachement après l'avoir relevé. Indigné, furieux, je publiai à mon tour un ordre du jour et une proclamation énergique que l'on jugera, je l'espère ainsi,
en parcourant mes registres de correspondance (i).
En joignant le générai en chef sur la nouvelle route de Rome, il me manifesta assez d'aigreur, au lieu d'éloges, sur nos succès qui avaient déjà presque anéanti l'armée napolitaine; j'en fus très vivement blessé et l'explication fut chaude. Il me dit entre autres choses :
t Vous voulez me faire passer pour une f béte. »
C'était de Tamour-propre, comme on voit, c Mais sur quels fondements et preuves ? lui répondis-je, et comment ose-t-on faire supposer ainsi un manque d'égards et de respect à mon chef? — Voici votre correspondance >, dit-il. On l'avait méchamment envenimée, en la lui présentant sous le point de vue de la satire, au lieu de simplement plaisante qu'elle était. Je la lui expliquai, il s'adoucit; le général Éblé, commandant l'artillerie, avec lequel j'étais lié, entra, intervint, et nous fûmes raccommodés en apparence. Je proposai alors une suite d'opérations pour rentrer immédiatement dans Rome, persuadé que les Napolitains devaient y être en confusion, ce qui était en effet, et pour couper le passage à une colonne que le général Kellermann, laissé de l'autre côté^du Tibre, suivait. Ghampionnet consentit.
J'envoyai alors des émissaires au commandant du fort Saint-Ange pour l'informer de tout ce qui s'était passé depuis seize jours que nous étions sortis de Rome, et de notre approche; nous y devions rentrer le lendemain. Je lui recommandais de nous favoriser par des sorties, et de tâcher d'enlever le roi de Naples qui s'y trouvait, ou tout ce qu'il pourrait ramasser ; mais malheureusement engourdi, tranquille, étant déjà débloqué et averti du trouble de la ville par quelques-uns de nos partisans,
(1) Ces registres sont conservés dans les Archives historiques du ministère de la guerre.