DEVANT CAPOUE
n'étaient pas oflicieliement connus, ils étaient présumables, et il y avait toute raison et toute nécessité d'avancer pour favoriser le passage de nos troupes dans les Abruzzes par l'occupation prompte et décisive de la capitale, au lieu de laisser du temps pour organiser les débris de Tarmée, la défense de Capoue et de son camp retranché, enfln l'insurrection et la révolte des peuples.
Cette suspension malheureuse expirée, j'ordonnai une reconnaissance ; le général Maurice Mathieu la commandait, et je le suivis pour l'appuyer. Tous les postes napolitains plièrent et s'enfuirent de la vitesse de leurs chevaux. Ils donnèrent l'alarme au camp et à la ville, d'où leurs défenseurs commencèrent à se retirer, lorsque le général Mack imagina d'envoyer un parlementaire pour offrir de capituler; par une vieille routine, les troupes de Tavant-garde s'arrêtèrent, conduisirent l'officier au général Mathieu, et celui-ci me l'envoya. J'étais par malheur assez éloigné, faisant appuyer un détachement de nos troupes qui éprouvait quelque résistance à un passage du Voltumo; ma colère fut grande; j'ordonnai de continuer l'attaque. Je voulais, j'aurais pu, sans cette circonstance, forcer le camp retranché, passer le pont du Volturno et enlever Capoue ; mais les Napolitains avaient eu le temps de se reconnaître, de se remettre derrière les retranchements et les remparts. J'avais devancé le renfort que je conduisais et j'arrivai pour voir le général Mathieu recevant un coup de mitraille qui lui cassa un bras; en même temps je reçus du général en chef l'ordre de reprendre mes positions et de cesser le feu, lorsque j'avais encore l'espoir d'emporter le camp retranché.
J'appris le lendemain que Capoue serait livrée par capitulation et qu'un armistice indéfini était signé, au
lieu d'occuper rapidement la capitale. Je me plaignis amèrement de voir ainsi manquer une conquête si facile et qui devait non seulement couronner nos efforts, mais produire un grand effet moral dans le royaume des Deux-Siciles, en Europe, et surtout en Italie et en Autriche. Une nouvelle altercation eut lieu à Capoue ; comme les hostilités avaient cessé, je demandai à me démettre de mon commandement, ce qui me fut accordé avec joie et empressement, et j'écrivis au ministre et au Directoire pour être employé ailleurs. En attendant réponse, je restai à Capoue.
Quelque temps après, l'armistice fut violé, je ne sais plus sous quel prétexte; les lazzaroni s'organisèrent pour la défense de Naples, les troupes furent désarmées, le général Mack donna sa démisssion et demanda, pour se rendre en Autriche, un passeport que le général en chef lui accorda; mais le gouvernement français, en étant informé, refusa de donner son approbation, le fit arrêter à Ancône contre le droit des gens, et conduire prisonnier de guerre à Paris. En passant à Capoue, le général était venu me voir; il était cinq heures du matin et j'étais couché. Bientôt debout, je lui dis : f Monsieur le général, il y a quinze jours, vous ne m'eussiez pas surpris au lit. — Ahl répondit-il, vous m'avez cassé le cou à Calvi. » En conversant sur les événements passés, il me dit qu'on l'avait empoisonné à Capoue et voulu assassiner à Naples ; en effet, il était fort souffrant, et je le revis dans la même situation à Paris, l'année suivante. « Comment! lui observai-je dans cette première entrevue, un général aussi distingué par ses talents a-t-il exposé ainsi sa réputation militaire comme grand tacticien en se mettant à la tète d'une pareille armée? — J'ai été, répondit-il , appelé, sollicité par le roi de Naples; j'ai résisté, mais mon souve-