GÉNÉRAL EN CHEF SI
rain me Ta ordonné; j'étais forcé d'obéir, et puis, en Yoyant cette armée, j'ai été séduit, bien tenue, bien organisée, exercée, montrant un grand dévouement et surtout une grande ardeur de vous faire la guerre et de délivrer Rome et l'Italie. — Et aussi sans doute , ajoutai-je en riant, de venir en France et à Paris. — Ah t me dit-il, il ne manquait à cette armée que des ofQciers et d'être dirigée par un général français. » Après ce compliment, il prit congé de moi et partit ; je le recommandai aux égards de tous nos commandants. Il passa près de Gaëte au moment où cette forteresse se rendait à nos troupes et au général Rey qui les commandait, quoiqu'elle n*eût été menacée que par des obus.
L'armistice, comme je l'ai dit, rompu ou violé, l'armée se porta sur Napies ; il y eut de la résistance par les lazzaroni ; enfin on Toccupa. J'en étais trop rapproché pour ne pas la visiter; j'y passai une semaine et j'y appris les exactions de toute nature qui s'y commettaient. J'en gémis et partis pour Rome, où j'attendis ma future destination. Un jour que je rentrais fatigué d'une course aux environs, je m'étais abandonné à une sieste, lorsque l'arrivée d'un courrier m'éveilla. Je parcours la dépêche et, à ma très grande suprise, je trouve ma nomination de général en chef de l'armée de Napies en remplacement du général Championnet (1). Le Directoire, mécontent des tergiversations de la campagne, de l'armistice de Capoue, enfin des spoliations commises, s'était décidé à le rappeler et à lui faire rendre compte de sa conduite. Je dois dire pour la vérité que cet acte était trop rigoureux, que la majeure partie de l'armée était étrangère à toutes ces iniquités, qu'elle en gémissait,
(f ) Le décret de nomination est du 25 pluviâse an VII (13 février 1799).
mais qu'elle déplorait la faiblesse de son chef et ne lui accordait aucune confiance, de sorte qu'avec la même vérité et sans amour-propre ni vanité, je puis dire qu'elle manifesta une grande joie de ma nomination, surtout les troupes qui avaient servi sous moi pendant que j'avais commandé dans les États romains et pendant la campagne.
Je me mis en route et me croisai avec le général Ghampionnet à Aversa,sans nous parler ni nous arrêter. Je savais que l'on me préparait à Naples une réception éclatante : par modestie, je l'évitai en arrivant à onze heures du soir, lorsque Ton ne m'attendait que le lendemain matin.
Tout était désorganisé ; les communications étaient interrompues entre les divisions et, pour celles qui occupaient Salerne et des lieux plus rapprochés, même avec la capitale. Je recomposai tous les services, rassemblai quelques troupes éparses, remis Tordre dans la ville ; je publiai, pour rétablir la confiance, la tranquillité, des proclamations que j'appuyai de démonstrations effectives; j'organisai un nouveau gouvernement et des autorités, de concert avec le commissaire du Directoire Abrial, très brave et digne homme, aujourd'hui comte et pair de France. Je me livrai ensuite aux opérations militaires; nous eûmes partout des succès sur les insurgés; mais une insurrection étouffée sur un point se renouvelait sur un autre. Les communications avec Rome surtout étaient fréquemment interrompues; il fallait le plus souvent de nombreuses escortes et même du canon pour passer à Mola di Gaëta et Fondi jusqu'à Terracine; mais quelquefois l'impatience des voyageurs et des isolés les portait à marcher seuls ou avec de faibles escortes, et alors ils devenaient victimes des ban-