‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 111 sur 262 · PRECAUTIONS MILITAIRES · texte numérisé non relu

PRECAUTIONS MILITAIRES

dits et des brigands, qui commettaient sur eux lés férocités les plus atroces.

Je passai quelques mois au milieu de ces agitations tant dans le royaume de Naples que dans TËtat romain et la Toscane, où s'étendait mon commandement, mais je parvins & maintenir la tranquillité parfaite des capitales, surtout de Naples, au moyen d'une garde nationale qae je formai, et du chef des lazzaroni que je gagnai par des présents et en lui conférant le grade et les marques distinctives d'un colonel. Je formai aussi quelques détachements de troupes des débris de l'armée napolitaine» pour employer ceux de leurs officiers qui semblaient montrer le plus de zèle pour le nouvel ordre de choses, le gouvernement de la République Parthénopéenne ; mais ces troupes ne tardèrent pas à nous trahir en livrant aux Anglais la tour de Castellamare, après avoir égorgé quelques-uns de leurs officiers.

J'avais réussi à déterminer l'amiral Caracciolo à prendre du service dans la nouvelle marine; il équipa ane flottille qui fit respecter le port et les côtes de Naples, souvent menacées par des tentatives infructueuses des Anglais qui occupaient les tles et stationnaient sur la rade. J'eus une correspondance assez aigre avec un de leurs capitaines, le commandant Throwbridge.

Castellamare était un point très important et si rapproché de Naples que sa perte devait relever le courage abattu des insurgés. Ils étaient prêts à se réunir, et la trahison en fut le signal; mais je ne perdis pas un instant et je marchai en personne sur Castellamare. En traversant Naples je remarquai beaucoup d'individus ayant déjà la cocarde rouge au chapeau. Il fallait nécessairement frapper un coup décisif pour empêcher que^ cette insurrection ne s'étendît et ne soulevât Naples, où je n'avais qu'une faible garnison, à l'exception des forts»

bien occupés, surtout celui de Saint-Elme, qui menaçait toujours la ville de la brûler ; cette crainte n'avait pas peu contribué à maintenir le calme des habitants. Les insurgés venus de la Calabre et de Salerne s'étaient avancés jusque vers la tour de l'Annonciade et postés sur un ruisseau; je les abordai; les culbuter et mettre en fuite fut l'affaire d'un instant. Tandis qu'on les poursui* vait dans toutes les directions en les sabrant, ceux de la tour de Castellamare perdirent courage; les uns, après quelques volées de canon, et voyant les Anglais gagner le large, se précipitèrent dans la mer pour se sauver; les autres se rendirent; les principaux chefs ou moteurs et traîtres furent fusillés. Restaient encore flottants les pavillons unis d'Angleterre et de Naples; j'offris, je promis vingt-cinq louis à qui les enlèverait; une demiheure après on me les apporta, non sans quelques pertes. De nouveau en possession de la tour, on dirigea les canons de la défense sur les vaisseaux et les fuyards. Je dois dire ici que l'habile et brave amiral Caracciolo contribua efficacement avec sa flottille au succès de cette expédition; il devint plus tard la victime de l'amiral anglais Nelson, qui le fit indignement et atrocement pendre à la grande vergue de son vaisseau, mort que je me suis d'autant plus amèrement reprochée que c'est moi qui avais vaincu sa résistance en l'attirant dans notre parti.

Après avoir tout rétabli, donné les ordres convenables pour mettre ftn à cette révolte et fait poursuivre les fuyards jusqu'au delà de Salerne, je rentrai à Naples précédé des pavillons et drapeaux des insurgés, qui furent brûlés le lendemain sur la place Royale par la main du bourreau. Les cocardes rouges avaient disparu, et la chaleur qu'avait occasionnée cet incident était entièrement éteinte dans la capitale; mais des événe-

Page 1