‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 117 sur 262 · ÉTAT DE L*ARMÉE DE NAPLES · texte numérisé non relu

ÉTAT DE L*ARMÉE DE NAPLES

Le général Moreau, qui ignorait ces exigences et supposait que je marchais avec toutes mes troupes, pensait que je réunirais 40,000 hommes avec celles qui appartenaient à son armée, delà Toscane à Gênes, c'est-à-dire les divisions Montrichard, Pérignon et Victor ; mais j'en laissais, de l'armée de Naples, dans le royaume de ce nom et les États romains, 14 à 15,000, y compris les malades, et 4 à 5,000 des siens en Toscane. La division du général Pérignon ne pouvait pas agir avec moi, car c est plus tard, et seulement en arrivant à Plaisance, que j'appris que le petit corps du général Lapoype à Bobbio serait à ma disposition. L'armée de Naples pouvant prendre l'offensive, avec les deux divisions Montrichard et Victor, se montait au plus à 25^000 disponibles et sur un très grand développement.

Après une si longue marche forcée de Brindisi en Toscane, on concevra aisément le besoin de quelques jours de repos, et la nécessité d'urgentes réparations au matériel, à l'habillement, harnachement, ferrage, équipement, etc., etc. L'armée prit donc position. Je n'avais encore que des renseignements fort incertains sur les forces et la position de l'ennemi, et il n'eût pas été prudent de se mettre ainsi en opération au hasard.

On croyait, et je l'espérais moi-même, que l'escadre de la Méditerranée, aux ordres de l'amiral Bruix, portait

tant d*années passées et remplies de tant d'événements, de trouver ici des interversions que vous pourrez facilement rétablir en parcourant mes registres et mes correspondances, que je n'ai pas sous les yeux, et, les aurais-je, ces pièces ne sont point suffisamment en ordre pour les feuilleter. D'ailleurs cet écrit n'est que pour vous seul et vous mettre au fait de ma carrière militaire; cependant j'aurai bientôt l'occasion de revoir mes registres de l'époque que j'essaye de retracer, parce qu'un grand événement qui a eu lieu, — la bataille de la Trebbia, — a été fort controversé et demandera plus de détail. Note du maréchal Maedonald.

un renfort de 15,000 hommes; s'il pouvait débarquer à la Spezzia ou à Gènes et y joindre ce que le générai Moreau pouvait réunir autour de cette ville, nous pouvions espérer alors des avantages et réparer nos pertes; mais ce bruit de renfort était sans fondement.

J'apprenais en même temps une nouvelle plus fondée, celle de l'apparition à Ancône d'une flotte turco-russe portant des troupes de débarquement; mais j'étais tranquille, connaissant la vigueur du générai Monnier; d'ailleurs, TafTaire de l'Italie devait être décidée avant la reddition de cette ville, qui tiendrait quelques mois. Je croyais pouvoir fonder les mêmes espérances sur les commandants laissés dans le royaume deNaples; mais, peu après mon départ, ils se laissèrent intimider par des flots d'insurgés avec quelques détachements anglais et capitulèrent successivement. Ce qu'il y eut de non moins fâcheux, ils livrèrent le fort Saint-Elme, abandonnant les patriotes napolitains à la vengeance de leur souverain, et l'amiral Nelson n'a pas craint de flétrir sa gloire et sa réputation en faisant pendre l'infortuné amiral Caracciolo au màt de son propre vaisseau. D'autres patriotes eurent le courage de se faire sauter dans le petit fort, je crois, de la Madeleine, près Naples, sur la route de Castellamare. Je n'ai pas entendu dire que depuis, et lorsque les Français réoccupèrent ce royaume, devenu celui de Joseph Bonaparte et de Murât, on ait honoré la mémoire de cet acte de dévouement.

Tandis que les troupes se rendaient aux positions qui leur étaient assignées, on hâtait la confection et la distribution d'effets indispensables; on réunissait des subsistances, soit pour traverser les Apennins, soit pour se retirer sur Gènes. Je discutai avec le général Dessole les avantages et les inconvénients d'un mouvement offensif: si Moreau revenait à Gènes avec le reste de ses troupes

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et que nous agissions de concert, nous pouvions avoir une force d'environ soixante mille hommes. Dans tous les cas, j'engageai le général Dessole à envoyer toutes les embarcations disponibles de Gènes à la Spezzia, et moi j'y dirigeai pareillement toutes celles de Livourne; ce fut une sage précaution pour la suite.

Je venais d'apprendre que la citadelle de Ferrare avait capitulé et que le fort Urbin allait être attaqué. Le général Montrichard était à Bologne ; je ne le connaissais point, mais je devais lui supposer des talents, de la résolution, parce qu'il me semblait qu'il avait eu sur les bords du Rhin une sorte de réputation, sans doute usurpée, comme j'en fis la triste expérience. Je lui donnais des éloges» ne sachant pas encore qu'il avait été la principale cause de la perte du général en chef Schérer sur l'Adige, pour s*ètre retiré de Legnago presque sans combattre, laissant ainsi le passage du fleuve à l'ennemi, ce qui contraignit à la retraite le malheureux Schérer, qu'injustement on avait vu avec déplaisir prendre le commandement de l'armée. On lui reprochait de la sévérité, même de la dureté, je ne sais sur quel fondement; je n'ai jamais eu qu'à m'en louer; et, certes, s'il n'était pas heureux, ce n'était pas faute de capacité. Pendant son ministère, il avait été en querelle avec le général Bonaparte, et conséquemment avec l'armée d'Italie. Celle-ci partie avec son chef pour l'Egypte et remplacée par d'autres troupes venues du Rhin et de l'intérieur, l'inimitié demeura et prit racine sur le sol italien.

Les troupes continuant leur marche pour prendre position à tous les débouchés des Apennins, j'établis mon quartier général à Lucques, après avoir réglé à Florence, avec le commissaire du gouvernement et le général commandant, le système de tous les services pour la Toscane ; il était devenu bien difficile, à cause

des insurrections partielles, notamment celle d'Arrezzo. J'ai dit, je crois, que Pontremoli avait été repris; je fis occuper Sarzana pour favoriser et garder les communications avec Gênes. J'eus des nouvelles rassurantes de Naples, mais aucune des forteresses. L'escadre de l'amiral Bruix, que je croyais tenant la Méditerranée, était à Toulon sans troupes de débarquement. Porto-Ferrajo, dans rtle d'Ëlbe, était assiégé et demandait du secours que je ne pouvais lui envoyer; je priai le général commandant en Corse de se charger de ce point. Partout la disette se faisait sentir, même à Gènes. Je visitai Livourne. La division Victor vint à Sarzana remplacer les troupes de Naples; je n'avais pas été prévenu de ce mouvement, ce qui nécessita des changements de position. Les agents civils des deux armées (1) ne s'entendaient point ; fatigué de contestations autant que de travail, et jugeant de l'impossibilité de parvenir à mettre de l'ensemble dans les diverses parties du service, même de l'accord entre les généraux des deux armées, à cause des rivalités, je le fis sentir au Directoire et je lui proposai de réunir l'une et l'autre sous un même chef, celui d'Italie, en offrant ma démission pour servir en ligne. Je me sacrifiais ainsi au bien général; mais il devait s'écouler beaucoup de temps avant que cet acte de mon dévouement patriotique parvint à destination et que la réponse me fût connue. Les événements se pressaient; il fallait agir pour arrêter les progrès de l'ennemi et ce torrent d'insurrections.

J'étais convenu avec Moreau d'un plan de jonction

(1) Les divisions Mootrichai'd et Victor, mises provisoirement à la disposition de Macdonald, n'avaient pas cessé d'appartenir à. l'armée de Moreau; elles entretenaient un esprit de rivalité funeste avec l'armée de Naples.

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