COMBAT DE MODÈNE
de nos années à Parme ou Plaisance; il devait suivre de sa personne la division Victor, qui devait déboucher par Fortenuovo. Toute mon armée se mit en mouvement sur Modène; chaque colonne avait l'ordre d'être rendue en position les 2â et 23 prairial (i). Les divisions Montrichard et Rusca> escortant le parc d'artillerie, suivaient la grande route de Bologne; de ma personne, je suivais la division Ollivier, par Pistoïa et Formigine. Les ordres étaient donnés d'avance pour attaquer simultanément le corps ennemi posté à Modène, le 24, et lui couper toute retraite. La veille au soir, il fit UD hourra sur nos postes avancés de Formigine et fut repoussé.
Les troupes étaient remplies d'ardeur, et, le 24 au matin, les généraux demandaient à entrer en action; nous étions en présence. Je n'avais point de nouvelles des divisions Montrichard et Rusca. Il était difficile de pouvoir communiquer. Leur canon devait m'annoncer leur approche; je l'entendis dans la direction du fort Urbin. Alors mes troupes furent lancées; un combat acharné s'engagea ; la gauche de ma ligne plia même un peu; je la fis soutenir et j'ordonnai simultanément une charge de cavalerie et une charge à la baïonnette. L'ennemi fut enfoncé, culbuté; plusieurs bataillons mirent bas les armes. Nous pénétrâmes pèle-mèle avec lui dans Modène, encombré de bagages et d'artillerie.
Les suites de cette affaire faillirent me coûter la vie. Mes troupes, ne résistant point à l'appât des bagages, se jetèrent dessus pour les piller. Je savais par expérience que le ralentissement de la poursuite pouvait rendre le courage à l'ennemi effrayé et l'amener à faire volte-face. On tiraillait faiblement de l'autre côté de la ville et
(1) 10 et 11 juin 1799.
presque à la porte; par prière autant que par menace» je parvins à me faire suivre par quelques troupes et j'éloignai les tirailleurs autrichiens. J'étais sur la route de Bologne : aucun indice des divisions venant de cette direction; qui pouvait retarder leur marche ? Je détache cinquante chevaux en reconnaissance, suivis d'une autre troupe de même force destinée à les soutenir au besoin. Au moment où cette dernière part au trot, j'entends crier : c Voilà la cavalerie ennemie! > Je me retourne et j'aperçois à droite un fort nuage de poussière . sur un grand chemin de traverse, bordé de grands fossés et perpendiculaire à la route de Bologne. Cette troupe se trouvait coupée et suivie par un parti de notre cavalerie. J'envoie Tadjudant général Pamphile Lacroix les sommer de se rendre, avec promesse qu'il ne leur sera iait aucun mal. Au même moment un bataillon de mes grenadiers sortait de Modène; je n'eus qu*à lui commander : Halte 1 front 1 pour barrer ce chemin. Mes guides ou gardes du général en chef se déployèrent, faisant angle à droite de ce bataillon, mais, malheureusement, sans remarquer qu'un large fossé les séparait du chemin par où venait le détachement ennemi; les guides croyaient pouvoir le prendre en flanc. Le bataillon en position, je lui commandai d'apprêter les armes, mais de ne point faire feu sans mes ordres, et je passai machinalement devant lui, tenant ma carte déployée. J'avançai de quelques pas lorsque, levant les yeux, je vis Lacroix se jetant en arrière et à bas de son cheval. Le détachement ennemi avait pris le grand trot, soit qu'il fût animé d'un courage désespéré, poursuivi en arrière, barré en avant, de larges fossés sur ses flancs, soit qu'il ne remarquât pas ce dernier obstacle. Il continuait d'avancer et n'était plus qu'à une petite distance de moi lorsque je voulus retourner mon cheval, passer