‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 119 sur 262 · FOULÉ AUX PIEDS DES CHEVAUX · texte numérisé non relu

FOULÉ AUX PIEDS DES CHEVAUX

derrière le bataillon pour ne pas gêner son feu, et mettre le sabre à la main; mais un double incident survint. J'avais l'habitude de porter une canne à dard, le cordon passé au poignet et l'extrémité posée sur mon pied; Fenveloppe du dard s'était dévissée et perdue, de sorte que, pour n*avoir pas le pied blessé, le bout de la canne était enchâssé dans l'étrier; ainsi retenu, le cordon retenant mon bras droit, et apparemment le gauche arrêtant mon cheval, je ne pus atteindre ni tirer mon sabre, et, malgré mes ordres, un coup de fusil partit de la gauche du bataillon; c'en fut assez pour entraîner son feu, quoiqu'il eût suffi de croiser la baïonnette. Me voilà donc entre, le feu de ma troupe et l'ennemi qui m'abordait en ce moment. Une atteinte à mon cheval et la charge de cette cavalerie le renversèrent avec moi, tandis que dans cet instant je recevais deux coups de sabre, l'un sur la tête, l'autre qui m'ouvrit le pouce droit; à terre, sans connaissance, je fus piétiné et mutilé. On me dit depuis qu'aucun des cavaliers n'avait échappé, que tous avaient été tués ou pris, ce qui devait être, car mes guides, s'étant portés en avant et ayant rencontré l'obstacle du fossé, avaient fait immédiatement voltefiicc pour venir se ranger derrière le bataillon de grenadiers qui combattait alors à la baïonnette et, animé par la vue de ma situation dangereuse, ne faisait aucun quartier. Ce qu'il y a de surprenant et presque de miraculeux, c'est que moi, cinquième ou sixième, longeant le feu au bout des baïonnettes, il n'y eut qu'un capitaine du génie, attaché à mon état-major, qui tomba raide mort; aucun des autres ne fut atteint, pas même par l'ennemi qui s'attacha à moi, peut-être comme un moyen de salut, ou parce que j'étais reconnu, étant en grande tenue de général en chef.

Les secours qui me furent prodigués me rendirent la

connaissance; en ouvrant les yeux, je me trouvai dans une maison, entouré des généraux, et parmi eux le général Montrichard. Il y avait, je crois, deux ou trois heures que cette action s'était passée. Je souffrais horriblement, moins de mes blessures, parce que j'avais perdu beaucoup de sang dont j'étais couvert, que du piétinement des chevaux, le combat s*étant passé sur moi. f Voilà votre ouvrage, dis-je au général Montrichard; si vos troupes eussent pris part à l'action, cet événement ne me serait pas arrivé et aucun ennemi n'aurait pu échapper, d'après mes combinaisons. > Il me donna pour excuse que, arrivé vers le fort Urbin, le régiment en tète de colonne n'avait point de cartouches, que le parc d'artillerie, en queue des deux divisions, était encore à Bologne et qu'on l'avait attendu. < Comment f dis-je, des régiments en campagne sans cartouches! et sans s'en être assuré t Tous étaient-ils aussi sans cartouches ? — Non, celui de la tète seulement. — Mais comment ne le jetâtes-vous pas de côté pour faire continuer la marche des autres ? Peu s'en est fallu, ajoutaije, que nous eussions été repoussés par votre faute, à vous qui pouviez et deviez faire une puissante diversion. > 11 baissa les yeux et ne répondit pas. J'aurais très sagement fait alors de lui retirer son commandement; nous nous serions épargné bien des événements fâcheux dont il fut cause; mais il était de l'armée d'Italie, et momentanément sous mes ordres. Moreau fut bien fÂché depuis que je n'eusse pas pris ce sage parti.

On me dit que l'ennemi était suivi, que l'on ramenait à chaque instant des prisonniers. Je donnai des ordres pour prendre position, et l'on me transporta à Modène, où fut établi le quartier général. Je souffrais cruellement, moins de mes blessures que du brisement par le piétinement des chevaux. Les généraux de division

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