‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 121 sur 262 · RETARD DE VICTOR · texte numérisé non relu

RETARD DE VICTOR

elles passé la Nura et s'étaient-elles formées derrière, qae les grand'gardes parurent ainsi que le petit corps qui observait le château de Plaisance, suivis des premières troupes ennemies. C'eût été un coup de fortune que d'avoir repassé ce défilé sans avoir été inquiété; malheureusement la division Victor, formant avec le détachement de flanqueurs du général Calvin la troisième colonne, ne s'ébranla qu'à six heures du matin, an lieu de partir à minuit, ce qui lui aurait donné beaucoup d'avance comme aux deux autres, et le précieux avantage de mettre le défilé de la Nura entre elle et l'ennemi, les ponts étant faciles à défendre avec peu de troupes. L'ennemi, qui ne s'apprêtait pas encore à attaquer, apercevant ce mouvement rétrograde, suivit cette colonne et s'aperçut bientôt qu'il ne demeurait plus que ëes éclaireurs sur le reste de la ligne.

Le général Victor était pressé et fortement engagé, ce que j'entendais fort bien à peu de distance ; mais je pensais que ce combat se livrait sur les deux rives de la Nura. Un aide de camp du général vint me prévenir et me demander secours ; pour le dégager, je fis repasser la rivière à toute la colonne du centre, une moitié pour repousser l'ennemi devant elle, l'autre pour prendre en flanc celui qui pressait la colonne de gauche ; nous réussîmes. Ainsi dégagées, toutes deux repassèrent la Nura et continuèrent, sans être trop inquiétées, leur mouvement sur Cadeo, où la jonction des trois colonnes devait s'opérer. Celles de droite et du centre y arrivèrent, mais la gauche tarda ; cependant on n'entendait aucun feu, d'où je concluais que son mouvement s'exécutait tranquillement. Nos troupes étaient au repos lorsque des .cavaliers arrivèrent à bride abattue de la direction de la colonne de gauche, suivis d'une foule de fuyards tellement épouvantés que j'aimai mieux les laisser passer

que d'essayer de les arrêter ; enfin un officier du général Victor accourut en même temps pour demander du secours. J'envoyai immédiatement ma réserve; ellearriva au point indiqué, mais n'y trouva ni amis ni ennemis, seulement toute Tartillerie de cette colonne abandonnée. Les troupes avaient fui dispersées, les unes dans les montagnes portant l'épouvante jusqu'à Gênes , les autres, comme je l'appris ensuite, sur Castel Arquato. Un de ces régiments perdit ses drapeaux, je ne sais plus comment. Informé de cet incident, je fis dédoubler les attelages et l'on ramassa Tartillerie de cette colonne qui me fut ramenée par la réserve envoyée au secours du général Victor que l'on ne put découvrir. Alors nous continuâmes notre mouvement sans être plus inquiétés que le matin.

Le général Montrichard, qui ouvrait la marche, me faisait dire qu'il avait Tennemi devant lui, mais qu'il ne tenait point. Il était important de s'emparer du passage du Taro, et je lui prescrivis de presser sa marche. Enfin j'eus nouvelle du général Victor, qui m'informait sommairement que, vivement pressées par l'ennemi, ses troupes n'avaient pas tenu, que le désordre avait commencé, et que ce qui lui donnait encore plus de regret, c'était d'avoir perdu son artillerie; que, s'il ne recevait pas d'ordre contraire, il se dirigerait sur Borgo San Donino. C'était précisément le point où je me rendais. € Tranquillisez- vous , lui répondis-je, sur votre artillerie; le détachement que j'envoyai à votre secours, lorsque vous en fîtes la demande à Gadeo où j'étais alors, arriva sur le point où vous deviez être, et n'y trouva ni amis ni. ennemis^ mais votre artillerie que j'ai fait ramasser et ramener sans opposition; je vous la ferai remettre à la première rencontre. » Cette observation simple, naturelle, piqua au vif le général Victor qui, je

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