‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 122 sur 262 · FAUTES DE VICTOR · texte numérisé non relu

FAUTES DE VICTOR

crois, ne me Ta pas encore pardonnée aujourd'hui (i).

Je n'ai jamais pu me faire expliquer cet événement singulier. Il y a eu un grave tort, celui de n'avoir pas quitté le champ de bataille à minuit; on avait alors six heures d'avance sur l'ennemi. Il paraît qu'ensuite, au passage de la Nura, il y a eu quelque désordre non réparé et qu'à un certain moment l'apparition de quelques Cosaques a suffi pour l'augmenter et amener la déroute; car, n'étant qu'à peu de distance, nous n'entendîmes aucun feu de canon ou de mousqueterie. J'ai d'ailleurs appris depuis que Moreau descendant de Gènes par la Bocchetta, le 2 messidor seulement, le jour même où je me retirais de la Trebbia, les Austro-Russes rebroussèrent chemin de la Nura, ne détachant que la division du général Ott et peut-être quelque autre troupe pour nous suivre. Si réellement les hommes de la troisième colonne étaient si fatigués, comme me le mandait le général Victor, ils ne le montrèrent point dans leur faite, et ils avaient plus de sûreté à tenir.

Arrivé à Borgo San Donino, où le général Victor m'avait précédé, je dressai les instructions pour continuer le mouvement rétrograde. Ce général devait rentrer dans les Apennins par où il en était sorti, et plus loin successivement d'autres troupes partons les débouchés, y tenir, menacer le flanc de l'ennemi qui me suivait, et couvrir par ces dispositions la marche du reste de l'armée qui devait gagner Modène et Bologne avec son matériel, déposer l'artillerie prise à l'ennemi au fort Urbin, y prendre un nouvel approvisionnement de munitions, faire dans les deux principales villes des vivres pour cinq ou six jours pour traverser les Apennins et

(i) Victor PerriD, maréchal de France en 1S07, après la bataille de Friedland, et duc de Bellune.

gagner Pistola et Lucques. Il était d'aatant plus important de garder les passages des montagnes qu'il était indispensable d'opérer notre jonction vers Gènes, et que si ces passages n'étaient pas défendus, l'ennemi, en s'y introduisant, pouvait se porter avant nous sur Pontremoli et Sarzana et couper de nouveau nos communications^ avec des forces supérieures. Il eût pu, il est vrai, forcer ces débouchés et m'isoler ainsi de l'armée d'Italie ; j'avais prévu cette circonstance, mais ma résolution était prise de me défendre pied à pied; par mes marches et mouvements, j'aurais sûrement attiré de nombreuses troupes sur moi, en Toscane, dans les États romains, même jusqu'à Naples, en m'appuyant des places fortes. C'est dans ce but que j'avais amené et laissé à Rome un équipage de pont pour passer le Garigliano et le Volturno.

Cependant ce mouvement des forces de l'ennemi dans les débouchés des Apennins était encore peu à craindre, car l'armée d'Italie devait être quelque part agissante, et il n'était pas présumable que les généraux Souvorof et Mêlas, chefs des armées alliées, s'aventurassent ainsi entre deux armées françaises; toutefois la prudence commandait ces dispositions pour ne rien laisser au hasard, et comme le temps était précieux, je n'en perdis point pour les faire exécuter. Je fis demander le général Victor pour avoir des renseignements, et sur le retard qu'il avait mis à quitter le champ de bataille de laTrebbia, et sur les événements de la Nura en deçà et au delà; il répondit qu'occupé à placer ses troupes dans leur camp, il viendrait ensuite. Je voulais en outre lui communiquer les nouvelles instructions et bien nous entendre, puisque nous nous séparions. Une heure ou deux s'êtant écoulées sans que je le visse paraître, je le mandai de nouveau : il me fit alors répondre que, fatigué, il s'était couché.

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