‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 123 sur 262 · EMBARRAS DE VICTOR · texte numérisé non relu

EMBARRAS DE VICTOR

Il était ainsi assez évident que ce général voulait éviter de pénibles explications sur ce qui s'était passé de son côté. On lui remit alors mes instructions et notre marche continua ; mais à peine étais-je hors de Borgo San Donino qu'un aide de camp du général arriva au galop me dire que la division était attaquée; nous étions peu éloignés; il me demandait d'arrêter mon mouvement et même de venir au secours. Le général Vatrin, qui était à mes côtés, dit : t Ah bah f c'est encore quelques Cosaques, comme l'autre jour! » Ce propos répété au général Victor comme tenu par moi, ne contribua pas peu à augmenter son humeur. Peu d'instants après, je fus informé que ce n'était qu'une escarmouche; un piquet se gardant mal avait été surpris par une reconnaissance ennemie. Je me bornai donc à répondre : c Le général Victor a ses instructions; qu'il s'y conforme >; et je continuai ma route.

J'oubliais de dire que de nombreuses charrettes grossissant, augmentant nos embarras, malgré des ordres réitérés de s'en défaire, suivaient toujours; j'ordonnai de les faire parquer. Ceux qui les conduisaient, se doutant des mesures qui allaient probablement être prises, se bâtèrent de les vider et dételer ; en effet, on y mit le feu. Presque tous les blessés avaient été déposés à Plaisance et recommandés comme d'usage à la générosité et à l'humanité de l'ennemi; quelques-uns avaient suivi cependant. J'avais prescrit que chaque charrette et fourgon en prît un ou deux, ce qui avait d'abord été fait, mais les prétendus propriétaires de ces transports avaient laissé les pauvres blessés dans les gîtes où l'on s'arrêtait. J'en étais révolté; plusieurs furent mis en arrestation, mais Tenquête qui fut faite ne prouva point de délit; ils prétendirent que les blessés n'avaient pas pu supporter les cahots, et malheureusement nous ne pouvions plus

faire de vérification. Ces charrettes furent incendiées, ce qui nous dégagea d'autant, et ce furent les véritables propriétaires qui les perdirent; mais c'était un sacrifice indispensable, à cause du trouble que ces embarras occasionnaient ; cependant on en avait gardé un certain nombre, en prévision des blessés ou des malades, jusqu'aux villes prochaines.

L'armée continua ses mouvements, soit rentrant dans les Apennins, soit filant avec le matériel sur la grande route. Il fallut forcer Reggio et combattre à Modène et à Sassuolo. Sans la nécessité de se procurer des vivres pour repasser les montagnes, j'aurais évité tout engagement sur ces derniers points, mais les Apennins n'offrant aucune ressource, je pris position à Modène, après avoir ouvert le passage à Reggio. L'ennemi, qui d'abord n'avait montré que peu de troupes, m'attaqua sur toute la ligne avec des forces bien supérieures et inquiéta la route de Pistoïa où était le général Calvin ; néanmoins il ne tint pas et fila dans les montagnes. Mon aide de camp Lacroix s'y porta et enleva Sassuolo à la baïonnette, affaire qui lui fit beaucoup d'honneur; il fit mettre bas les armes à six cents hommes, prit deux drapeaux et deux canons, et assura ainsi la communication, tandis qu'on était aux prises a Modène. Ce dernier combat fut de même à notre avantage, et nous nous maintînmes. Pendant ce temps on faisait des vivres et on levait une contribution, qui rendit très peu, pour punir la révolte de cette ville qui avait assassiné, dépouillé, pillé beaucoup de militaires; quelques-uns purent ainsi être indemnisés. Le combat finit à la nuit. L'ennemi avait passé la rivière du Crossolo sur trois ou quatre points, mais il fut toujours repoussé; on lui fit encore des prisonniers.

Avant le point du jour toute l'armée se mit en marche,

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