‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 125 sur 262 · CONCENTRATION EN LIGURIE · texte numérisé non relu

CONCENTRATION EN LIGURIE

ayerti que les généraux Souvorof et Mêlas retournaient sur leurs pas avec partie de leurs forces pour les joindre au général Bellegarde.

Étant à Lucques, je reçus par émissaire un billet du commandant de la forteresse de Mantoue qui m'annonçait être bloqué, mais non attaqué; bonne garnison, bien disposée, la place très approvisionnée pour soutenir un long siège. Je m'empressai de communiquer ce rapport rassurant sur un point si important. Nous continuâmes à nous retirer pour nous concentrer avec l'armée d'Italie dans les limites de la Ligurie. Tout le matériel fut embarqué à Lerici, dans le golfe de la Spezzia; l'infanterie et la cavalerie filèrent par la Corniche, et je me rendis à Gênes où j'étais appelé par Moreau pour concerter ensemble les opérations ultérieares, quoique je fusse sous ses ordres.

J'étais alors dans un grand épuisement de santé, mes blessures non cicatrisées, cracbant le sang, de fortes douleurs de poitrine, un écbaufTement non loin de l'inflammation générale, causé par les tourments de la situation dans laquelle j'avais été jeté et abandonné, par des veilles et un travail excessif dans des positions les plus extraordinaires, contrarié par tant d'événements divers qui, avec plus de franchise, de loyauté, d'ensemble, ne pouvaient manquer d'amener de plus heureux résultats. En effet, malgré la grande supériorité des forces qui m'étaient opposées, victorieuses jusque-là et avec l'opinion morale que l'on s'était faite des Eusses qui pour la première fois venaient se mesurer avec les Français, malgré leur prestige et leur début heureux, et quoique les Autrichiens, qui ne se lassent jamais d'être battus, eussent repris de l'audace, parce qu'ils étaient au moins trois cents contre un, enfin malgré toutes les insurrections partielles qui étaient

devenues presque générales, l'armée de Naples pouvait tout braver, si elle n'eût pas laissé derrière elle un si grand nombre de malades et de blessés, et toutes les garnisons dans les États de Naples et de Home. Néanmoins, avec notre peu de moyens et les troupes détachées de l'armée d'Italie — dont il eût mieux valu se passer, une moitié ayant été si funeste à la bataille de la Trebbia et l'autre au passage de la Nura — nous affrontâmes toutes les conséquences pour sauver cette armée en la dégageant de la situation où elle se trouvait alors, en attirant sur nous toutes les forces ennemies; et pour cet immense service, ce dévouement absolu aux intérêts généraux, on nous laissa sans secours, à la merci d'un ennemi victorieux avec le triple de forces, au lieu de tenter de se réunir comme il avait été convenu, ou d'opérer en temps opportun une puissante diversion que l'on essaya trop tard.

Notre début avait été heureux, malgré la première faute du général Montrichard; mais l'engagement intempestif sur le Tidone en amena un général; on ne pouvait reculer sans combattre, ce qui cependant eût été aussi sage que prudent, puisque nous n'entendions point parler de la coopération de l'armée d'Italie qui hésita, après s'être annoncée, marcha trop tard après avoir hésité longtemps, et n'eut affaire qu'avec un faible corps, tandis que j'avais sur les bras les armées combinées. Toutefois la victoire a été à nous, le troisième jour; elle nous échappa par la déroute d'effroi de la division Montrichard. L'ennemi, partout où il était abordé, avait reculé; malgré la valeur et les hurlements des Russes, ils pliaient comme les Autrichiens, au point qu'il m'est revenu de tous les côtés que Souvorof, plus brave et plus original qu'homme de capacité, s'était couché par terre en menaçant de se faire tuer sur

Page 1