‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 126 sur 262 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

place, 8Î l'on reculait d'un pas; mais ce trait aurait sans doute été sans succès sans la déroute de la division dont je viens de parler. Des troupes fraîches entrèrent dans cette trouée qui contraignit de faire replier nos ailes et laissa respirer l'ennemi, lequel, à son tour, reprit l'offensive avec une nouvelle fureur; mais ce fut en vain; malgré sa supériorité et ses attaques répétées, il ne put nous entamer ni nous faire reculer de notre position sur la Trebbîa.

La prudence seule a commandé notre mouvement rétrograde. J'étais sans munitions de guerre; deux seuls généraux de l'armée de Naples restaient qui ne fussent pas blessés; presque plus d'ofQciers supérieurs ni inférieurs, et le tiers de l'armée hors de combat. Nous étions, de plus, entourés; l'ennemi avait répandu le bruit et s'était vanté de notre totale destruction. Vous avez vu comment, opposant l'audace et la valeur à la force, nous nous en sommes tirés, ramenant avec nous environ cinq mille prisonniers, une douzaine de canons et des drapeaux, forçant partout les passages, surmontant tous les obstacles, en dépit de l'aventure de la Nura, comment nous regagnâmes nos débouchés et y rentrâmes pour opérer de nouveau notre jonction, avec la précaution toutefois d'avoir garni les débouchés par lesquels l'ennemi eût pu s'introduire pour couper nos communications par Pontremoli et Sarzana; mais, comme je crois l'avoir dit, la majeure partie de ses forces rebroussa chemin, sur l'avis que Moreau débouchait alors de la Bocchetta et avait fait reculer le général Bellegarde. Cette opération était trop tardive; exécutée quatre ou six jours plus tôt, elle ne pouvait manquer d'amener de plus heureux résultats.

La concentration des deux armées aux environs de Gènes fut décidée; ce n'est pas sans un vif chagrin qu'il

devint nécessaire d'abandonner à elles-mêmes les garnisons des États de Napies et de Rome, d'évacuer Tlle d'Elbe et la Toscane et Lucques. Au lieu de nous envoyer des renforts devenus si urgents, on formait une nouvelle armée aux ordres du général Cbampionnet, sous le nom, je crois, d'armée des Alpes, sur le Var ou à Cbambéry. J'insistai plus fortement sur la fusion des deux armées et sur la demande d'un congé pour rétablir ma santé.

Pendant mon premier commandement à Rome, j'avais commencé une collection d'objets d'art, de curiosité et d'antiques, que je laissai conûée à la fidélité d'un ami, lors de l'invasion des troupes napolitaines sans déclaration de guerre préalable. En rentrant à Rome, dixsept jours après, je la retrouvai intacte; elle fut considérablement augmentée par des présents de tableaux que je crus pouvoir accepter des principaux Romains pour d'éminents services personnels que je leur rendis à notre retour.

La conquête de Napies, qui suivit, porta le gouvernement français à faire une répartition d'objets d'art entre les généraux de l'armée qui avaient concouru à cette conquête, toutefois après le cboix fait par une commission d'artistes pour enrichir notre musée de Paris. J'avais succédé au général Cbampionnet, et cette commission fut cbargée de choisir ce qui m'était destiné; elle estima à huit cent mille francs environ les tableaux, les vases étrusques et quatre cadres de peintures antiques à fresque enlevés des murs de Pompéi. Je fis emballer le tout et joindre au convoi du gouvernement qui partit pour Rome; là on y joignit ce que j'avais acquis dans cette ville, et le convoi continua sa route pour la Toscane; la destination était pour Gênes, et de

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