‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 127 sur 262 · COLLECTION PERDUE · texte numérisé non relu

COLLECTION PERDUE

là pour Marseille. Je ne m'en occupai plus; mais, après mon arrivée à Gènes, je fis prendre, malheureusement trop tard, des informations à la maison de commerce où ces objets devaient être consignés; ils n'étaient point parvenus, et je sus plus tard que les voituriers n'avaient pu, à cause des insurrections, aller au delà de Pise; qu'ayant attendu longtemps et dépensé leur argent, ils avaient déposé les objets d'art et s'en étaient retournés. Nous venions alors d'évacuer la Toscane; je l'avais traversée, je m'étais arrêté à Pise pour passer une revue; les caisses étaient à mon adresse; ainsi on avait bien l'intention de s'en emparer, puisque l'on ne me prévint point. J'étais alors à temps de les faire embarquer à Livourne ou à Lerici; elles furent pillées et vendues. L'année suivante, on rentra en Toscane; j'envoyai aux recherches, aux réclamations; mais les voleurs et pillards avaient pris la fuite, de sorte que je perdis l'une des plus magnifiques collections particulières d'objets d'art, de goût et de mode alors; parmi les derniers, un dessert de fruits en marbre, et un surtout de table en toute forme; enfin une collection précieuse de marbres antiques et modernes, ainsi que des laves du Vésuve travaillées, etc. J'avais dépensé assez d'argent pour une part; il y avait les présents que j'avais pu accepter; et la majeure partie, comme la plus riche et la plus rare pour un particulier, provenait de la conquête et de la répartition faite par l'autorité du gouvernement français. Mes regrets de cette perte furent d'autant plus vifs que je pouvais l'avouer; je n'avais pas à en rougir, pas plus que dans toutes les circonstances de ma longue carrière guerrière. Pendant mon commandement à Naples, j'avais fait faire pour mon compte des fouilles à Santa-Maria di Gati pour chercher des tombeaux qui renferment les vases étrusques; on en découvrit six

qu'on laissa fermés jusqu'à mon arrivée; on ne devait les ouvrir qu'en ma présence ; mais les événements ne me permirent plus de m'en occuper et ils furent ainsi perdus pour moi.

Enfin, le gouvernement français nomma un nouveau général en chef, Joubert, pour remplacer Moreau à l'armée d'Italie; celle de Naples fut supprimée, réunie à l'autre, et je reçus l'autorisation tant désirée de rentrer en France. Nous convînmes avec Moreau de partir ensemble. J'appris alors par voie secrète que Mantoue, pour laquelle son gouverneur m'avait donné une si grande sécurité, avait capitulé ; les détails de cet événement étaient si précis, la voie par où je les avais reçus si certaine, qu'il n'y avait pas pour moi le moindre doute; mais les généraux Moreau, Joubert et son chef d'état-major Suchet, prétendirent que ces rapports étaient faux et répandus à dessein, qu'ils en avaient de plus récents et de plus certains. J'aimais sans doute à l'espérer, mais de mon côté je ne pouvais douter du dévouement de la personne qui m'écrivait. Cette incertitude était affreuse, à cause des événements qui allaient bientôt se développer; car si Mantoue était réellement rendue, le corps assiégeant devenait un renfort disponible et important pour les alliés ; leur inaction même était une nouvelle conviction pour moi qu'ils attendaient, pour agir, la réduction de cette place. Ils marchèrent enfin. Sur le premier avis, Joubert rassembla ses forces et se mit en mouvement ; je l'engageai à être circonspect avant de s'engager trop avant et à s'assurer, en marchant, de la vérité de l'événement, car les forces ne seraient plus égales. J'avais nolisé des felouques à Gènes avec Moreau; je l'attendais depuis quelques jours lorsqu'il m'annonça que le général Joubert l'avait prié de

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