‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 128 sur 262 · POLÉMIQUE SUR LA TREBBIA · texte numérisé non relu

POLÉMIQUE SUR LA TREBBIA

rester avec lui^ et je partis seul en longeant le littoral de la Corniche sur Savone, Oneille, Nice et Toulon, non sans inquiétude des corsaires qui infestaient ces parages; mais j'avais pour escorte un petit bâtiment armé qui nettoyait toutes les anses et petits ports. Je n'étais qu'à deux ou trois journées de Gènes, lorsque j'appris que Joubert avait été tué, Tarmée mise en déroute et la confirmation de la prise de Mantoue.

De Toulon, je me rendis à petites journées à Paris, où je fus assez froidement reçu par le Directoire, mais bien dédommagé par Topinion publique. Aucun gouvernement ne met en balance les services passés quand survient un échec et ne considère point les circonstances, les événements, les moyens, etc. Il faut toujours des victoires; c'est un bon principe, sans doute; cependant, la justice et l'équité réclament à leur tour la part qui doit en revenir pour chacun. De temps à autre, des articles de journaux versaient le blâme sur mes dernières opérations; j'eus à cet égard une correspondance avec Moreau, attendu que lui et son état-major ne paraissaient pas étrangers à ces articles; j'étais fatigué de ses raisons et de ses hésitations. Il était revenu à Paris. Tantôt il pensait qu'il fallait mépriser ces diatribes tantôt il devait se charger de les réfuter ; tantôt, enfin il y avait faute de ses papiers qui étaient en route. Perdant patience, je le prévins que je le sommerais publi quement, ce quej'exécutai avec loyauté, franchise et surtout avec énergie. La réplique se fit un peu attendre elle était entortillée et pitoyable; ce procès fut donc jugé en ma faveur et tout finit là.

Je n'étais pas encore guéri de mes blessures et l'on craignait pour ma poitrine; on me mit au régime du laitage et du sagou.

La France gémissait sous le poids de l'arbitraire de son gouvemement. Le Directoire était sans crédit ni considération ; il s'était rendu odieux par TaiTreuse loi des otages et les emprunts forcés. On intriguait pour le renverser et Ton me proposa de me mettre à la tète du mouvement: je m'y refusai. Je crois, sans en être sûr, que l'on s'adressa également à Moreau, qui déclina de même. Tout à coup, on répandit le bruit de l'arrivée inopinée du général Bonaparte d'Egypte àFréjus; tous les regards se tournèrent de ce côté, et dès ce moment il fut considéré comme l'ancre d'espérance et de salut. Il mit assez d'empressement à me recbercber; j'étais, d'ailleurs, assez lié avec sa femme et quelques-uns de ses frères et sœurs. Il voulut connaître d'une manière précise les événements d'Italie. A un petit dîner où était Moreau, nous les racontâmes, et l'opinion du général amphitryon fut dès lors fixée en ma faveur.

Le 18 brumaire arriva; j'y pris franchement part (i). J'eus le commandement de Versailles, et ma première opération, en arrivant, fut de faire fermer un club de jacobins qui fut clos pour jamais. La grande affaire devait se décider à Saint-Cloud; elle faillit échouer. Nous aurions alors été tous compromis et probablement vie-

(1) Ici 86 trouve dans le manuscrit un paragraphe incident qui est ainsi conçu : « J'avais omis de dire que je remplissais alors ou peut-être plus tard les fonctions d'inspecteur d'infanterie, répétant encore que j'écris sans cartes ni registres de correspondance, seulement de mémoire, qui peut me tromper, et c'est très à la hftte, sans réfléchir ni relire, que je trace rapidement cette notice, qu'avec le temps je referai avec plus de loisir. » La notice n'a pas été refaite ; il est même probable qu'elle n'a pas été relue, car elle est restée telle quelle, sans aucune correction, sans aucun changement. Quant aux fonctions d'inspecteur général d'infanterie, Macdonald ne les remplissait pas à l'époque du 18 brumaire ; U y fat nonuné par le Premier Consul le 1*' pluviôse an VIU (21 janvier 1800).

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