DISTRIBUTION DES ARMÉES
times du parti qui aurait triomphé, pour le malheur de la France.
n fut question d'organiser les armées; Moreau devait avoir celle du haut Rhin et moi celle du bas; mais il s'arrangea si bien qu'il les fit réunir en une seule, et me fit noDuner à mon insu son lieutenant général. Je fus indigné de cette duplicité et je m'en expliquai vivement avec le Premier Consul, qui convint avoir cédé aax instances de Moreau et me témoigna ses regrets; il ajoata qu'il croyait que cet arrangement avait été concerté et convenu entre Moreau et moi, que Moreau le lui avait même donné à entendre, f Comment cela serait-il possible, lui dis-je, après tout ce qui s'est passé entre Qous en Italie, et les explications de ces événements qui ont eu lieu devant vous à votre table ? — C'est vrai, répondit-il; eh bien I ajouta-t-il, votre santé n'est pas encore bien remise; soignez-vous, et plus tard je remplirai ma promesse. >
On organisait alors la première armée de réserve dont il se réserva le commandement, avec Berthier sous lui; il entreprit et exécuta le fameux passage du Saint- Bernard, et la victoire de Marengo couronna cette audacieuse et téméraire opération.
Plus tard, on organisa une seconde armée de réserve à Dijon; j'en eus le commandement. Elle traversa la Suisse et prit le nom d'armée des Grisons (1), ce qui indiquait assez Topération dont elle serait chargée. Elle devait agir dans les Alpes Rhétiennes, entre les armées d'Italie et du Rhin, et leur donner la main. Un armistice d'un mois eut lieu; j'eus l'ordre ou l'autorisation de me concerter avec Moreau qui m'y engageait fortement; il voulait même me prévenir en se rendant à mon quar-
(i) 6 firacUdor aa Vin (24 août 1800).
lier général de Saint-Gall; mais il était difficile qu'il quittât son armée, et je me rendis à Augsbourg où était le sien, et de là à Ratisbonne, Landshut et Munich d'où je revins à Saint-Gall. Notre plan fut convenu et Moreau le porta à Paris pour l'expliquer et le faire agréer.
C'était pendant mon voyage que, amenant avec moi le général Mathieu Dumas, mon chef d'état-major, Pamphile Lacroix et le général Grouchy, ce dernier, avec lequel j'avais été froidement depuis la Hollande, flatté et reconnaissant de mon accueil, me raconta toutes les intrigues mises en jeu au quartier général de Moreau à Gènes pour laisser l'armée de Naples agir seule et s'en tirer comme elle pourrait; il nous dit que c'était surtout le général Gouvion Saint-Cyr qui y avait eu le plus .de part, par rancune de ce que je l'avais remplacé i Rome, comme si j'avais été pour quelque chose dans ses démêlés avec les commissaires du gouvernement qui le firent rappeler. Moreau n'aperçut pas le piège apparemment, et d'hésitation en hésitation, m'abandonna. Vous savez maintenant les résultats et les conséquences qu'ont eus les événements.
La présence de Moreau à Paris fit changer d'abord les commandements : il dut passer à celui d'Italie et moi le remplacer à celui du Rhin. J'eus l'ordre de m'y préparer; mais, tandis que je faisais mes dispositions, un courrier m'informa que les anciennes étaient maintenues, que Moreau retournait à son poste et que je resterais au mien. Je reçus en même temps l'ordre de commencer les hostilités et d'entrer en opérations d'après le plan convenu avec Moreau et l'armée d'Italie à laquelle il avait été communiqué (1).
Placé ainsi entre l'armée du Rhin à ma gauche et celle
(1) C'était le général Brune qui commandait l'armée d'Italie.