ARMÉE DES GRISONS
d'Italie à ma droite, communiquant et agissant par le centre avec toutes les deux, j'eus plus de difflcultés naturelles à surmonter qu'à vaincre l'ennemi, quoiqu'il fût retranché dans tous les passages des Alpes qu'il m'a fallu franchir jusqu'à Trente sur TAdige, par conséquent à travers toute leur épaisseur, notamment les monts Splugen, Tonal, etc., encombrés de neige et de glace. Plus d'une fois le découragement a saisi mes troupes, mais j'étais de ma personne aux points les plus dangereux, faisant sonder les neiges, l'épaisseur des glaces, mesurer la profondeur des abîmes qui nous environnaient sous nos pieds; des avalanches avaient entraîné, englouti des escadrons. Enfin, avec de la persévérance, de l'audace, ou pour mieux dire de la témérité, nous parvînmes plus heureusement que sagement, mais non sans de grandes pertes, à gagner le sommet et le plateau du Splugen où est situé l'hospice, et ensuite la rive droite de l'Adige. Il y avait tout autant de danger à reculer qu'à avancer; je ne pouvais donc hésiter. Cette marche audacieuse força l'ennemi à se retirer précipitamment devant nous, à évacuer cette partie des Alpes, du Yorarlberg et du Tyrol, et favorisa les deux autres années dans leurs opérations, dont les succès firent d'abord conclure des armistices que je consentis également de mon côté, et la paix de Lunéville couronna cette campagne (1).
Je passai le reste de l'hiver et le commencement du printemps à Trente, d'où j'eus l'ordre de ramener mon année en Suisse, à travers l'Italie. Je levai mes cantonnements et me mis en marche; chemin faisant, un courrier m'apporta ma nomination au poste d'envoyé extra-
Ci) Traité de LuDéville, entre la France et rAutriche, signé le 9féTrierl801.
ordinaire et ministre plénipotentiaire à la cour de Danemark (1), avec Tordre de me rendre immédiatement à Paris. Mes goûts, pas plus que mes idées, ne me portaient à embrasser cette carrière; mais elle m'était plutôt présentée comme une opération militaire couverte par le manteau diplomatique.
Le royaume de Danemark était menacé, et surtout sa capitale, par une flotte anglaise; on me faisait connaître que son gouvernement demandait un général français pour diriger la défense du pays et que Ton avait jeté les yeux sur moi. Je ne puis dissimuler que je fus flatté du choix et désireux d'attacher mon nom aux événements dont ce pays allait être le théâtre, mais avec Tintention, la résolution bien prise et très décidée de laisser la diplomatie — et j'ai tenu parole — aussitôt que les affaires militaires seraient terminées. Je m'acheminai donc vers Paris. Je pensais ne pas aller plus loin que Nevers, car, en relayant dans cette ville, j'appris le désastre de Copenhague abandonnée de la Suède, de la Russie et de la Prusse qui, par traités, devaient faire cause commune avec le Danemark. Cependant, arrivé à Paris, et croyant ma mission terminée, le Premier Consul me dit qu'il y avait encore espoir de renouer la quadruple alliance défensive, et me fit partir, en passant par BeHin, et avec la promesse que, si la paix était la suite de l'événement de Copenhague, il céderait à mon vœu en me rappelant immédiatement.
Rendu dans la capitale de la Prusse, je ne tardai pas à y apprendre que la Russie s'était séparée de Talliance par un traité avec l'Angleterre, avec la faculté aux trois autres puissances d'y adhérer. J'en informai immédiate-
(1) La nomination est de germinal an IX (mars 1801).