‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 131 sur 262 · MISSION EN DANEMARK · texte numérisé non relu

MISSION EN DANEMARK

ment le Premier Consul par courrier extraordinaire et, prévoyant les adhésions, je demandai à revenir sur mes pas; mais on me répondit qu'étant déjà si avancé, on m'engageait à poursuivre ma route pour connaître les intentions du gouvernement danois, et que si, de son côté, il faisait la paix, on considérerait ma démarche comme un simple voyage et que Ton me rappellerait. J'allai donc remplacer votre grand-père maternel (1) qui m'attendait pour passer en la même qualité à Stockholm. Je n'avais pas alors l'idée qu'un jour je m'unirais à votre infortunée mère, qui était toute jeune et que je n'avais qu'entrevue. Nous étions en 1801, et ce n'est que plus de vingt ans après que l'alliance s'est formée et rompue si affreusement, en moins de quatre ans.

Avant mon audience à la cour, il me fut facile de me confirmer dans l'opinion que je m'étais formée que le Danemark ne lutterait pas seul contre une puissance maritime aussi formidable que l'Angleterre. L'attaque de la capitale, la destruction d'une grande partie de ses vaisseaux, les succès enfin de l'audacieux et téméraire amiral Nelson , qui combattit en dépit des ordres de son chef, et malgré une défense courageuse qui méritait un autre sort, amenèrent un armistice qui durait encore à mon arrivée, surveillée par la flotte anglaise que je traversai dans le Grand-Belt. Ma mission n'eut donc point le résultat que l'on s'en était promis, et la première dépêche où j'en rendais compte se terminait par la demande de mon rappel que je renouvelai pendant cinq mois; mais, comme on négociait en ce temps-là la paix avec l'Angleterre, on jugeait nécessaire de maintenir les ministres à leurs postes respectifs à l'étranger.

(1) M. de BourgoiDg, dont la fille fut la troisième femme du maréchal Macdonald.

Les préliminaires en ayant été signés (i)et la paix générale rendue momentanément à TËurope, on pensa que les motifs que j*avais fait valoir ne subsisteraient plus, et l'on me ût sonder pour l'ambassade de Russie occupée par le général Hédouville qui, comme moi, demandait vivement son rappel. Enfin j'obtins le mien et je quittai Copenhague dans le cœur de l'hiver; j'éprouvai en chemin toutes les calamités de cette saison qui fut très rude dans le Nord, et après un mois de route pénible, fati* gante et même dangereuse, je rentrai à Paris, d'où le Premier Consul était parti pour les comices de Lyon.

Mon séjour en Danemark n'avait pas été sans intérêt et agrément; j'étais distingué à la cour, bien avec le corps diplomatique et accueilli par la société. J'étudiai l'histoire de ce pays, ses lois et ses mœurs. C'est là que l'on trouve un peuple qui, rempli de confiance et d'admiration pour l'un de ses souverains, fit abandon de sa liberté et se soumit aveuglément à leur pouvoir absolu; il n'a point eu à s'en repentir jusqu'ici, mais il est douteux que jamais aucun de ses puissants voisins use de la même générosité pour garantir ses sujets des abus et de la violence, de la tyrannie ou du despotisme.

Pour en revenir à ce qui me touche, j'avais quelque soupçon que M. de Talleyrand avait des raisons, que je ne pouvais pénétrer, de me tenir éloigné. Je lui en avais écrit vertement en particulier; toutefois, comme on pouvait m'avoir pré venu contre luioul'avoir indisposé contre moi, je lui rendis visite. Sa réception fut froidement polie ; je lui en fis vivement sentir l'inconvenance devant sa femme et quelques personnes; je sortis brusquement, et depuis lors j'ai cessé toute relation avec ce personnage

(1) Le traité d'Amiens, ealre la France >t TAngleterre, signé le 25 mars 1802.

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