MAUVAIS DÉBUT
pour ses foyers, j'ai livré bataille et je l'ai perdue! > Là-dessus je lui dis que j'allais faire venir des chevaux pour partir. 11 m'engagea à voir la vice-reine et m'offrit de m'accompagner, assurant que l'on passerait sur l'étiquette; mais étant en habit de voyage, je le priai de dire à cette princesse que je pensais que le meilleur moyen de lui faire ma cour et de lui être agréable était de me rendre le plus promptement possible au quartier général de son mari. En quittant Méjean, il me recommanda de ne rien dire à Bignami qui m'attendait et ne manqua pas de me questionner; mais je me bornai à lui dire qu'on ne savait à la cour que ce qu'il m'avait appris lui-même et que Ton n'y ajoutait aucune foi. Nous nous séparâmes et je montai en voiture bien afQigé de ce triste début. Cependant un événement en Italie, quelque important qu'il fût, ne pouvait être considéré que comme secondaire, le décisif devant être en Allemagne où se trouvait l'Empereur en personne, mais il pouvait influer sur l'esprit des peuples en Italie, fort désavantageusement prévenus pour nos affaires, comprimés, mais non soumis, et sur celui des Allemands et de leurs armées, quoique si souvent battus et leurs pays envahispar les nôtres; maisc'étaientlesdents de Cadmus; ils avaient aussitôt rétabli leurs armées qu'elles étaient détruites; elles semblaient sortir de terre.
J'avais une haute idée des talents militaires de l'Empereur, d'après tous les prodiges qu'il avait opérés; j'y mis confiance dans cette occasion et elle ne me trompa point.
Entre Brescia et Vérone, en un lieu nommé Desenzano, sur le lac de Garde, je rencontrai un colonel dont je ne me rappelle pas le nom. Encore effrayé de ce dont il avait été témoin ou de ce qu'il avait entendu dire, et croyant avoir l'ennemi sur ses talons, il venait du quar-
lier général, sans pouvoir me dire où il l'avait quitté; il portait des ordres pour faire armer les places jusque dans le Piémont, les approvisionner, en un mot les mettre dans un état respectable de défense. Il fallait donc que le désastre eût été considérable pour des ordres aussi précipités! Ce colonel était tellement pressé de les remplir que je n'en pus tirer d'autres détails. Quelques lieues plus loin, je connus que l'effroi était déjà répandu; il augmentait à mesure que j'avançais, parce que l'on était aussi plus rapprocbé de l'événement. Je rencontrai encore un courrier envoyé du quartier général à l'Empereur; il ne sut pas me dire non plus d'où il était parti, si ce n'est que c'était après la malheureuse bataille.
Enfin j'arrivai à Vérone. Tout y était en confusion, en désordre; les blessés y arrivaient en grand nombre; des fuyards, des chevaux démontés, des charrettes, des fourgons, des équipages, se croisant, s'embarrassant dans les rues et encombrant les places ; enfin le hideux spectacle d'une déroute. Le parc de siège, stationné sur les glacis, avait fui précipitamment et était conduit à Mantoue. Les autorités n'avaient reçu aucun avis; on venait me demander des renseignements, et j'avais peine à persuader que je venais en chercher moi-même. Le bruit général était que l'armée prenait la direction de Mantoue pour s'y rallier; mais il me paraissait impossible que, quelle que fût l'étendue du malheur éprouvé, elle abandonnât la grande communication de la capitale du Milanais, et, malgré toutes les observations sur les dangers de cette communication, je m'obstinai à la suivre, et je fis bien; car à peine sorti des portes, le lendemain de grand matin, un courrier m'apparut; il venait de Yicence où il avait laissé le vice*roi, mais prêta en partir pour venir à Vérone. Ce courrier portait au parc