‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 137 sur 262 · PRÉCAUTIONS DÉFENSIVES · texte numérisé non relu

PRÉCAUTIONS DÉFENSIVES

suffiront momentanément, et vous rappellerez les premiers dans quelques jours. » Il approuva mon avis; en effet, peu de monde nous était nécessaire pour garder les défilés, et, au besoin, nous n'étions qu'à peu de distance de TAlpone, torrent encaissé par des digues qui suppléent à des retranchements. On laissa donc aller partie des troupes, et particulièrement la division Grenier à Vérone. La cavalerie du général Pully, qui n'avait pu être appelée ou arrivée à Sacile, pendant la bataille de ce nom, reçut l'ordre de réoccuper Padoue, qui était déjà évacué, par suite du mouvement général de retraite prescrit lorsque j'arrivai et que je fis suspendre.

Nous nous occupâmes de quelques moyens de défense provisoire de ce pays de chicane; nous montâmes à cheval pour les reconnd**^e. Le vice-roi eut la bonté de me faire présent de deux chevaux, car j'étais sans mes équipages, qui ne me rejoignirent, je crois, que dans le mois d'août; je m'étais, en attendant, pourvu du nécessaire.

Le pont de Yicence était facile à défendre avec peu d'ouvrages; je les indiquai au vice-roi, en l'invitant à les ordonner au chef de bataillon qui était posté sur ce point. Il l'appela, les lui expliqua assez légèrement, et je remarquai que cet ofQcier supérieur n'en avait pas compris le premier mot, tout en répondant, toutefois, qu'il allait exécuter les dispositions prescrites. Ma remarque avait été facile, rien qu'à voir r^pibarras et la contenance du commandant de ce poste important; je la communiquai au prince qui crut que je plaisantais. • Rappelez-le, lui dis-je, et demandez-lui de répéter l'ordre que vous lui avez donné. » Le pauvre chef de bataillon balbutia et avoua honteusement qu'il ne l'avait pas compris, t Pourquoi ne me l'avoir pas fait répéter? dit le prince. — J'ai eu tort, répliqua l'autre;

j'en demande pardon à Votre Altesse. » On le lui expliqua de nouveau, et nous nous retirâmes. < Eh bien t dis-je au prince, voilà à quoi tiennent souvent les méprises; vous vous retiriez en sécurité, bien convaincu qu'un ordre aussi essentiel allait être exécuté. Vous n'avez pas fait attention que cet officier, sans doute très brave, manquait d'intelligence; car, pour peu que le ciel Ten eût doué, il eût, pour la sûreté de son poste, de ses hommes et de l'armée, fait exécuter de son propre mouvement ces petits moyens de défense qui sautent aux yeux. Les quiproquos et les malentendus sont souvent funestes, surtout à l'armée; aussi, me suis-je toujours très bien trouvé de faire répéter mes ordres verbaux. > Je lui conseillai cette méthode, qu'il a suivie avec succès par la suite.

Nous restâmes trois jours dans cette position; c*était déjà un bénéfice pour le moral des troupes. En attendant les événements qui devaient se passer au cœur de l'Allemagne, l'ennemi faisait, mais timidement, des démonstrations, et comme nous ne voulions rien compromettre, nous nous retirâmes derrière l'Alpone, où Tavant-garde fut placée, et l'armée sur la position de Galdiero, ayant trois ponts sur l'Adige en cas de retraite, y compris celui de Vérone. Nous y restâmes fort tranquilles. Pendant ce temps, on se réorganisa complètement; on répara les pertes, en retirant des dépôts les hommes valides et des hôpitaux les rétablis des maladies et blessures. On se tiraillait journellement, et l'on jugea convenable de se tâter, afin de familiariser les soldats avec de nouveaux combats.

Je proposai de simuler une attaque avec partie de nos troupes; les ordres furent donnés. Elle réussit d'abord, en devenant plus sérieuse; malheureusement, notre gauche essuya un léger échec, ce qui détermina

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