‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 139 sur 262 · COMBAT DE LA PIAVE · texte numérisé non relu

COMBAT DE LA PIAVE

ce serait par pelotons, les hommes se tenant mutuellement par le bras. La rivière était beaucoup augmentée; les pierres roulaient sous les pieds; quelques-uns furent entraînés par le courant; ce spectacle était bien triste, mais j'étais destiné, quatre ans plus tard, à en voir un plus horrible (1). Au moment où les fuyards commençaient à arriver en désordre, ils se jetaient précipitamment à' l'eau sans reconnaître les gués ; moi-même je m'y précipitai, l'épée à la main, pour les faire rétrograder. Après m'étre changé, une espèce de petit ponton qui se trouvait là me facilita la traversée du plus fort courant, et les épaules de deux hommes me mirent à pied sec de l'autre côté. Je fis appeler les généraux, auxquels j'annonçai que l'armée allait également passer; en effet, déjà la tête de colonne de mon corps était dans le premier tiers de la rivière. Ce mouvement suspendit sans doute la poursuite de l'ennemi ou plutôt la ralentit. Les troupes poursuivies prenaient, en revenant, position, adossées à la rive gauche, de manière que, attaquées vivement, elles auraient été précipitées dans l'eau ou forcées de mettre bas les armes : mon premier soin, après avoir rassuré en quelques mots généraux et soldats, fut de changer cette position pour en prendre une perpendiculaire à la rivière, en y appuyant la gauche. Le général Grenier (2) venait de passer bien au-dessous de moi; il attaquait et suivait vivement l'ennemi par le même mouvement que je commençais, en sorte que nous nous trouvâmes en ligne perpendiculaire à la rivière, comme je viens de le dire. Mes propres troupes avaient été arrêtées, par ordre du vice-roi, lorsqu'elles étaient déjà au milieu de l'eau, pour les faire rétrogra-

(1) En 1813, au passage de l'Elster, après la bataille de Leipsick.

(2) Le général Grenier commandait mi corps de deux divisions.

der; et cela, parce qu'il avait vu la déroute dont j'ai parlé et la poursuite de l'ennemi. Il ne réfléchit point que c'était précisément le moyen de l'arrêter que de nous renforcer; il m'avoua ingénument ensuite qu'il nous avait crus un instant perdus et qu'il n'avait pas voulu sacrifier davantage de troupes. Je lui fis, à cette occasion, des observations qu'il trouva justes, mais dont malheureusement il ne profita point, tant l'impression de la perte de la première bataille, à Sacile, était profonde et rintimidait.

Il ne m'a pas dit ce que l'Empereur lui avait répondu lorsqu'il l'en avait informé; mais j'ai su qu'après avoir parcouru la dépêche, l'Empereur avait fait appeler le courrier qui en était porteur et avait été témoin de cet événement, et lui avait demandé s'il m'avait rencontré et en quel endroit : t Près de Vérone, répondit le courrier. — C'est bien », répliqua l'Empereur. Je n'avais pas aperçu ce courrier, mais je fus flatté de la réplique, parce qu'elle montrait que l'Empereur comptait sur moi pour rétablir ses affaires en Italie.

Nous en sommes restés au mouvement de conversion que je faisais exécuter. Après que mon corps de troupes m'eut joint, le désordre était réparé; tout ce qui avait passé la Piave marchait dans le plus bel ordre et serrait l'ennemi qui reculait à son tour. Cependant notre extrême droite, commandée par le général Grenier, s'arrêta, quoique le feu n'y fût pas très vif; je fis halte aussi, mais par un autre motif; j'aperçus, vers le milieu de notre front, une masse d'infanterie ennemie, couverte d'une espèce de fortification qui n'était autre chose qu'un enclos assez vaste pour y parquer des bestiaux pendant la nuit, une sorte de dossée de fossé. Quelque cavalerie couvrait cette infanterie qui tiraillait sur les nôtres. Nous n'avions pas encore de canons passés, je crois. Tandis

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