‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 141 sur 262 · SUCCÈS INACHEVÉ · texte numérisé non relu

SUCCÈS INACHEVÉ

me dit que l'ennemi paraissait vouloir se défendre et qu'il ne voulait pas compromettre l'armée, qu'elle en avait assez fait, et que d'ailleurs la soirée était trop avancée. J*eus beau lui représenter que les coups de canon qui s'étaient déjà beaucoup ralentis n'avaient eu d'autre objet que de couvrir la retraite précipitée de l'aile droite; il n'en tint aucun compte, c En ce cas, lui dis-je, je ne me mêle plus de rien; vous commandez, donnez des ordres et je les exécuterai. > Toutefois, il me laissa le commandement général et partit pour aller traverser la rivière et passer la nuit de l'autre côté, tandis que nous restions dans une vaste prairie ou pâture, sans aucun abri et, qui pis est, sans nourriture pour hommes ni chevaux, les bagages ne pouvant suivre qu'après le rétablissement du pont brûlé par l'ennemi.

Le vice-roi nous rejoignit de bonne heure, et le général Grenier fut mis immédiatement en marche pour suivre; l'avant -garde m'appartenait comme premier corps, mais je formai momentanément le centre. J'accompagnai le prince jusqu'à la ville de Conegliano; là les principaux fonctionnaires se rendirent sur la place près du vice-roi; Tun d'eux lui dit : « Ah ! Monseigneur, si vous aviez seulement poussé hier deux escadrons, vous eussiez coupé toute Taile droite des Autrichiens de 10,000 hommes au moins; elle fuyait pèle-méle dans le plus grand désordre, hommes, chevaux, artillerie, bagages, etc. Les chefs ne pouvaient plus faire entendre leur voix ni rallier un peloton, et cette confusion et cette fuite ont duré toute la nuit. » Le prince me regarda tristement, et un sourire fut ma seule réponse. En effet, c'est bien intempestivement qu'il avait arrêté mon opération de la veille.

Rien d'important ne se passa les jours suivants; l'en-

Demi continuait sa retraite en hâte et nous arrivâmes à Udine. Détaché avec mon corps, je pus agir seul. Le reste de l'armée se dirigea par Tarvis sur Klagenfurt, et moi je fus chargé de débloquer Palmanova, de passer risonzo, de prendre Goritz et Trieste, de tâcher de faciliter le passage du général Marmont, duc de Raguse, qui avait l'ordre d'évacuer la Dalmatie pour nous joindre, de me diriger par Laybach, de passer la Save, la Drave, la Mûhr, de m'emparer de Gratz, et enOn d'opérer notre jonction avec le gros de l'armée d'Italie, et, tous ensemble, avec la Grande Armée sur le Sômmering. Cette opération était étendue et présentait d'immenses difficultés; mais je ne jugeai pas impossible de les surmonter; j'avais d'ailleurs carte blanche.

A mon approche, le siège de Palmanova fut levé; la garnison et les habitants nous reçurent en libérateurs. Je dirigeai un bon détachement sur Trieste, et le général qui le commandait se plaignit que^^ le sacrifiais; il ne rencontra cependant aucune résistance. Nous passâmes risonzo de vive force et enlevâmes Goritz, où de grands magasins étaient établis; il s'y trouvait aussi de l'artillerie de siège ramenée de devant Palmanova.

Les hauteurs de Prewald étaient fortifiées et reliées par des forts en terre et des blockhaus; je rejetai tout ce qui en défendait les approches; nos premières attaques s'étant faites mollement, je les conduisis moimême, et j'appris ainsi aux généraux qu'avec plus de vigueur ils eussent moins fait de sacrifices d'hommes. Ils se liguèrent pour entraver mes opérations que je me déterminai à suivre et à diriger en personne. Cette ligne de forts était flanquée à gauche par des précipices et à droite par une chaîne de rochers très élevés; je la fis escalader par des voltigeurs, qui semblaient des pygmées, vus d'en bas; on y hissa même quelques pièces

PREWALD ET LAYBACH 143

de campagne. Ces démonstrations n'avaient d'autre objet que d'en imposer; néanmoins nous parvînmes à investir ces forts. Le détachement de Trieste vint s'y montrer; son chef était chargé d'envoyer des émissaires au duc de Raguse : aucun ne put passer, et nous n'en eûmes aucune nouvelle. Pendant ces opérations, je fis reconnaître les passages qui conduisent aux mines de vif-argent d'Idria et de ce lieu à la grande route de Trieste à Vienne; il y avait des obstacles pour le matériel, mais on pouvait les vaincre. Laissant donc des troupes en observation devant les forts, je tournai cette chaîne de rochers et me trouvai sur cette grande route, avec la majeure partie de mes forces, poussant des reconnaissances dans toutes les directions. Je marchais surLaybach, lorsqu'un bataillon d'avant-garde en rencontra un autrichien au détour d'une sinuosité de la route; ils ne faisaient leur métier ni l'un ni l'autre, ne s'éclairant point. Se voir, s'élancer l'un sur l'autre à la baïonnette fut l'affaire d'un moment; le nôtre avait l'avantage de la descente et son adversaire fut écrasé; à peine en resta-t-il quelques hommes pour porter la nouvelle de la destruction des autres à Laybach. L'ennemi se doutait si peu de la possibilité de notre marche qu'il envoyait ce bataillon renforcer la défense des forts de Prewald pour nous contenir.

Un vaste camp retranché devait protéger Laybach, mais l'insuffisance des troupes détermina l'ennemi à désarmer et abandonner la partie gauche par rapport à nous, ainsi que la ville, pour se borner à la défense du fort et de l'autre partie. J'en fis reconnaître les abords, jugés impraticables pour une attaque de vive force; pour en faire le siège, nous n'avions pas d'artillerie; le pont sur la Save était en partie détruit; les matériaux manquaient pour le rétablir et aussi le temps. Je fis sommer

le commandant du camp retranché et des forts suivant Tusage; il refusa de se rendre.

Les forts de Prewald ayant capitulé rendirent disponibles bon nombre de mes troupes, ce dont Tennemi dut être informé. Ses communications avec la Hongrie et la Croatie étaient encore libres; je pouvais d'autant mieux les intercepter avec les renforts que me procurait la capitulation. 11 est vrai que le fort de Laybach, ainsi que le camp retranché, était couvert sur notre front par un marais considérable et d'un autre côté par la Save. Je n'avais donc que Textrême droite pour l'attaque, car la gauche ne pouvait être abordée par la ville; mais, tandis que je méditais aux moyens d*enlever cette position, un ordre impératif me parvint de laisser seulement un détachement en observation et de me diriger avec le reste de mon corps sur Klagenfurt. Puisque je ne pouvais plus traverser la Save, ce n'est que la nuit et silencieusement que je pouvais prendre la direction indiquée; pour m'y préparer, je fis des démonstrations menaçantes autour du fort et du camp retranché. J'avais fait sonder le marais; on y traça un chemin pour la cavalerie qui se mit en travers de la route de la Croatie. L'ordre était donné que les troupes qui devaient marcher sur Klagenfurt fussent prêtes à neuf heures du soir; nous étions à peine en mouvement qu'un parlementaire se présenta; on me l'amena. Il apportait une proposition de capitulation. < Vous faites prudemment, lui dis-je, j*allais livrer Tassant. » Tous les détails de cet événement extraordinaire étant consignés dans mes registres de correspondance Je ne les répéterai point ici. Ayant alors toute facilité de rétablir provisoirement le pont, je pris ma route directe par Marburg sur Gratz, où. je fis ma jonction avec le vice-roi qui m'y avait devancé.

Les résultats que j'obtins dans cette opération, oii

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