‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 142 sur 262 · ESSAI D'INSUBORDINATION · texte numérisé non relu

ESSAI D'INSUBORDINATION

j'agis seul, furent la délivrance de Palmanova, le passage de vive force de Tlsonzo, l'occupation de Goritz, de Trieste, de Laybach, des forts de Prewald, de celui deLaybach et de son camp retranché; iO ou i2,000 prisonniers, cent pièces de canon, des munitions, des armes, des drapeaux en proportion et d'immenses approvisionnements. L'Empereur m'en fit témoigner sa satisfaction parle vice-roi.

Pendant que nous étions devant Laybach, je gagnai, comme une partie de mes troupes, une sorte de dysenterie qui me fatiguait extrêmement et qu'augmentaient encore le travail, l'activité et les tracasseries que me suscitaient sourdement la jalousie et l'ambition de deux des principaux généraux. L'un d'eux était assez faible d'esprit et de conception pour se laisser influencer par l'autre (i), qui prétendait que l'Empereur ne m'avait employé que pour me perdre, qu'ils seraient entraînés dans ma disgrâce, qu'il n'y aurait pour eux ni pour les troupes aucune faveur ou récompense, etc. Tout cela me revenait. Je m'étais bien aperçu que souvent il y avait de la lenteur dans l'exécution de quelques-uns de mes ordres, lorsqu'il aurait fallu agir activemeht, et ainsi j'aurais quelquefois échoué dans mes entreprises si je n'avais pas pris le parti de les diriger moi-même, ce qui augmentait encore le ressentiment de mes antagonistes, qui se trouvaient n'avoir qu'une faible part dans le succès dont elles étaient couronnées. Cependant l'arc se tendait journellement et une occasion s'étant offerte, — c'était deux jours avant la capitulation de Laybach — je tançai vertement l'un d'eux et menaçai de faire arrêter et conduire à l'Empereur quiconque

(1) Celui-ci était le général Lamarque; le premier était le général Broussier.

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n'obéirait pas sur-le-champ, et ce en présence de beaucoup d^offlciers et de soldats qui applaudirent à cet acte de fermeté; dès lors ces messieurs se bornèrent à caqueter, mais je ne m'en inquiétai pas.

Peu avant mon arrivée à Gratz, je rencontrai un officier russe qui m'apprit les tristes résultats de la bataille d'ËssIing. Nos succès compensaient si peu ce malheureux événement que notre joie naturelle se changea en de douloureux regrets. Je trouvai le général Grouchy, qui m'avait devancé de quelques heures à Gratz d'où il retira ses troupes pour faire place aux miennes. Le prince Jean, qui se retirait en Hongrie, ne jugea pas devoir défendre cette ville, malgré un bon rempart d'enceinte bastionné et défendu par la Mûhr qui n'était pas facile à passer, faute d'équipage de pont. Grouchy venait de conclure une convention d'après laquelle le fort très élevé qui dominait Gratz ne serait pas attaqué par la ville, afin de la préserver de tout dommage. De cette façon le pont de la Mûhr fut livré. Je me bornai donc à investir le fort à l'extérieur et à préparer les moyens de m'en rendre mattre, soit de vive force, soit par blocus.

On ne me laissa pas même le repos dont nous avions tous besoin après tant de travaux et de marches forcées. Je reçus l'ordre de marcher en Hongrie et de faire observer le fort, même de le faire attaquer, suivant l'occasion. Je me dirigeai par Kermûnd, le lac de Neusiedel et Papa ; nous étions alors sur les traces de l'armée autrichienne du prince Jean, qui se retirait dans le camp de Raab. Le yice-roi le suivait; il eut une assez mauvaise affaire de cavalerie qui s'engagea trop légèrement avec des forces inférieures; une des divisions de la nôtre, s'étant égarée, manqua au rendez-vous.

Quoique le vice-roi m'eût envoyé Tordre de prendre

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