‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 144 sur 262 · LA VEILLE DE WA6RAM · texte numérisé non relu

LA VEILLE DE WA6RAM

seconde ligne avec les autres corps de l'armée d'Italie. Â peine étais-je déployé, placé de ma personne à la droite, que des cris de : Vive l'Empereur! se firent entendre à la gauche. Les soldats, le voyant passer à portée, mirent leurs shakos au bout des baïonnettes en signe de joie; tournant bride du côté d'où partaient les cris et reconnaissant l'armée d'Italie, il passa devant la ligne, et comme il approchait de la droite, je me portai un peu en avant. Il ne parla à personne, se bornant à saluer de la main; malgré tout ce que m'avait dit le vice-roi, surtout que j'aurais lieu d'être content de la première entrevue, je ne fus pas plus favorisé que les autres. Je ne sais où était alors le prince Eugène, mais lorsqu'il eut appris le passage de l'Empereur, il accourut et me dit : f Eh bieni vous avez été satisfait, j'espère, et il vous a sans doute confirmé ce que je vous ai écrit de sa part. — 11 ne m'a pas dit un mot. — Comment ! — Non, pas une parole; seulement un signe de tète, comme voulant dire : Je te connais, beau masque. » Le pauvre prince en fut tout contristé, craignant, bien à tort sans doute, que je ne supposasse qu'il n'avait été qu'un interprète officieux, mais malhabile, et me donna solennellement sa parole d'honneur, dont je n'avais nul besoin, tant j'étais convaincu de sa loyale et amicale franchise, qu'il ne m'avait écrit que les propres paroles de l'Empereur.

Il était déjà tard; les troupes de la Grande armée, fatiguées de marcher et de combattre depuis le matin, se ployèrent en colonnes pour nous laisser passer; nous eûmes ainsi l'honneur d'entrer en première ligne et de suivre à notre tour l'ennemi qui ne faisait volte-face alternativement que pour arrêter notre ardeur. Il regagna enfin ses positions et nous fîmes halte à petite portée de canon. J'étais alors devant la position de Wagram; le

village de ce nom était à gauche et celui de Baumersdorf à droite. On s'y canonnait très vivement pendant que l'on se formait sur toute la ligne.

L'Empereur vint trouver le vice-roi avec qui je causais; je me retirai de quelques pas; il ne me parla pas encore, mais je l'entendis lui dire assez négligemment : f Donnez ordre au général Macdonald d'attaquer et d'enlever le plateau; Tennemi se retire, il faut faire des prisonniers. > Là-dessus il partit. Le prince, venant à moi, me dit : f Savez-vous ce que l'Empereur vient de me dire? — Oui, répondis-je; j'ai entendu ses ordres. — Eh bien! quelle est votre opinion? — L'Empereur est dans l'erreur, l'ennemi ne s'en va point; il se retire seulement dans la position retranchée qu'il a choisie pour recevoir la bataille. Voyez, toute son armée est là, faisant bonne contenance. Lorsque l'on veut tenter une pareille entreprise, quoique nous n'ayons pas plus d'une heure de jour, ce n'est pas trop de faire donner l'armée à la fois. Ne perdez pas de temps, allez, ou faites faire ces observations à l'Empereur. > Mais il était trop timide avec lui ; il me répondit : < Ma foi non I II a donné l'ordre d'attaquer, attaquons ! — Eh bien, attaquons ! Mais vous allez voir comment nous serons battus > ; ce qui arriva et ne pouvait manquer d'arriver.

Nous nous mimes en marche, protégés par beaucoup d'artillerie; mais bientôt nos tètes de colonnes s'arrêtèrent devant un ruisseau encaissé, le Hussbach, qui couvrait le front des Autrichiens. Leur feu était très vif et il y avait tout autant de danger à rester qu'à franchir ce ruisseau. Je mis pied à terre, j'en fis faire autant à mon état-major, et, l'épée à la main, nous donnâmes l'exemple de le traverser et fûmes suivis de nos troupes. Cet audacieux passage fit reculer l'ennemi que nous suivions et nous nous emparâmes du plateau. Près des

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