‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 147 sur 262 · MARÉCHAL DE FRANGE · texte numérisé non relu

MARÉCHAL DE FRANGE

et qai continua même depuis, quoiqu'il m'eût entendu prononcer son nom le premier. A peine l'Empereur avait tourné bride que beaucoup de bauts personnages qui l'entouraient vinrent me féliciter et me complimenter; celui d'entre eux qui me montra le plus d'affection fut le duc de Bassano, alors ministre secrétaire d'État, puis le prince de Neucbâtel, Berthier, major général de l'armée. Tous les deux étaient dans l'intime confiance de l'Empereur. • Vous saviez sans doute ce qu'il projetait, dis-je au dernier. — Non », répondit-il naïvement. Enfin ce furent des accolades, des serrements de main à n'en plus finir : sans cette faveur, beaucoup eussent passé leur ebemin !

L'Empereur rejoignit le vice-roi auquel il conta, encore tout ému, la scène qui venait de se passer et mon élévation. Celui-ci me dépècba immédiatement un aide de camp pour me complimenter, m'inviter à déjeuner et amener mes troupes sur la grande route de Vienne à Wolkersdorf. Je trouvai le prince dans la maison de chasse appelée le Rendez-vous; il était à table avec les généraux d'artillerie Lariboisière et Sorbier, l'un mort à Kœnigsberg à la fin de la campagne de 1812, l'autre vivant aux environs de Nevers. Dès que l'on m'annonça, il se précipita à ma rencontre : nous nous embrassâmes avec effusion, c Les bons témoignages que vous avez rendus de moi m'ont valu cette récompense, lui dis-je; je n'en perdrai jamais le souvenir. — C'est vous-même, me répondit-il, qui avez conquis le bâton. > Les autres ne restèrent pas muets; je ne connaissais le premier que de réputation, c Sans doute, dis-je au prince, vous étiez dans la confidence de ce que projetait l'Empereur et vous m'en avez fait mystère ce matin. • Il me répondit francbement : Non, et, après réfiexion, il ajouta : • Je me souviens maintenant que, me promenant de bonne heure,

ce matin, avec TËmpereur, dans sa tente, nous parlâmes de la bataille ; il regrettait son peu de résultat, et après un moment de silence il dit : c Ce n'est pas la faute de c Macdonald, car il a été bien vigoureux. > Je vois maintenant, ajouta le prince, que vous lui trottiez dans la tête et qu'il projetait dès lors de donner le plus grand éclat à votre nomination. >

Telle fut la circonstance qui m'éleva à cette dignité dont, par intrigue, j'avais été écarté lors des premières nominations. 11 fallait avoir commandé en chef les armées pour y parvenir, et j'avais commandé celle du Nord par intérim, en chef celles de Rome, de Naples et des Grisons, tandis que plusieurs autres n'avaient commandé que de fortes divisions ou des ailes d'armée; mais je crois avoir déjà dit que j'avais contre moi des liaisons avec une personne de la famille de l'Empereur, le procès de Moreau dans lequel on avait cherché à m'impliquer, quoique j'en fusse très innocent — et on Ta bien reconnu, puisque j'y suis resté étranger — enûn l'intrigue et la jalousie : un de moins, et qui avait tous les titres pour arriver, c'était une petite victoire pour les ambitieux et les prétentieux.

Après le déjeuner, le vice-roi me proposa d'aller avec lui au quartier général de l'Empereur à Wolkersdorf; mais je n'avais pas encore de chevaux frais, les miens ne m'ayant pas rejoint, et d'ailleurs je souffrais assez de mon coup de pied de cheval, t Mais, lui observai-je, nous voilà lancés en avant à la poursuite des Autrichiens; et si le prince Jean, qui commande l'autre armée et devrait être à Presbourg, nous suit à son tour, il fera bien du mal sur nos derrières. Je suppose que l'Ëmpe* reur a pris ses mesures là-dessus; toutefois questionnez* le un peu pour savoir s'il a des renseignements bien positifs sur la position et la direction de cette armée; si

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