DISGRACE DE BERNADOTTE
elle était réellement à Presbourg, je ne comprends pas comment elle n'est pas venue prendre part à la journée d'hier; du reste c'est fort heureux pour nous. > Le prince partit et, à son retour, il me raconta qu'il avait soumis mes observations, à quoi l'Empereur avait répondu : t Que viendrait faire le prince Jean sur mes derrières? il doit connaître que la bataille a été perdue par son frère. — Sans doute, dit le prince, mais, ne rencontrant pas d'opposition, rien ne l'empêcherait de vous inquiéter. — Eh bien ! répondit l'Empereur, s'il l'ose, je me retourne et je l'écrase! • Le pauvre prince était encore pétrifié de cette réponse en me la rendant.
Néanmoins, l'Empereur ne laissa pas de réfléchir sur nos observations; il apprit bientôt après le mouvement du prince Jean pour nous suivre; nous reçûmes immédiatement l'ordre de faire volte-face et toute l'armée d'Italie marcha au-devant du prince autrichien qui rétrograda, dès qu'il apprit que nous venions le combattre et joindre le corps du général Reynier, qui avait remplacé le maréchal Bernadotte. Ce maréchal venait d'être renvoyé par l'Empereur pour avoir publié un ordre du jour dans lequel il attribuait la victoire de la veille à ses Saxons, quoiqu'ils eussent disparu du champ de bataille où je pris leur place; c'était le but de mon changement de direction quand l'Empereur vint me l'ordonner luimême, et le fit hâter si précipitamment en m'envoyant successivement des ordres pour me presser d'arriver; la chose pressait en effet, comme je l'ai raconté. L'Empereur, très irrité contre Bernadotte, fit un ordre du jour par lequel il exprimait son mécontentement, et où il disait que l'éloge donné par le commandant du corps saxon m'appartenait, ainsi qu'à mes troupes; cet ordre fut destiné seulement aux maréchaux:
Comme nous approchions de la rivière de la March,
un officier de Tétat-majordu grand quartier de TEmpereur me remit une dépêche du major général, t Qu'y a-t-il de nouveau? lui dis-je. — Ma.foi, je n'en sais rien; on parle d'armistice; j'ignore la nature des dépêches dont je suis porteur. > C'était l'armistice qui m'était officiellement annoncé, avec l'ordre de faire halte, c Mais l'armistice est signé! dis-je à l'officier. — Cela se peut bien », répondit-il avec légèreté et insouciance. Le lendemain je reçus l'ordre de repasser le Danube, de retourner dans la Styrie et d'établir mon quartier général à Gratz.
Les résultats de la bataille avaient été si minimes que je ne concevais pas comment les Autrichiens en étaient réduits à demander un armistice; mais j'appris ensuite que leur armée était dans une telle désorganisation qu'elle équivalait à une déroute. On l'ignorait alors, et cet armistice ne fut consenti par l'Empereur que parce qu'il avait aussi grand besoin de réparer ses immenses pertes et que les munitions lui auraient infailliblement manqué; on donnait une prime pour ramasser les boulets des deui armées ; de notre côté on avait tiré près de cent mille coups de canon !
Passant près de Vienne, je me rendis dans cette capitale que je n'avais pu voir en venant, et de là je fus à Schœnbrunn, quartier général de l'Empereur, et naguère résidence d'été de l'empereur d'Autriche. Napoléon me reçut avec un peu d'embarras, apparemment par un reste d'anciens souvenirs, et peut-être aussi parce que le bruit était général dans l'armée, ainsi que dans l'Autriche , que c'était moi qui avais gagné la bataille. Il ne manquait sûrement pas de gens qui l'entretenaient de cette inconvenance à laquelle j'étais étranger; quanta moi, je ne prenais de cet événement que ce qui m'était réellement personnel et m'appartenait. Je trouvai à