ARMISTICE ET PAIX
Je l'ignore », répondit-il. Je terminai cette conversation qui n'avait pour objet, comme j'en pénétrai le motif, que de gagner du temps, c Monsieur le général, lui dis-je avec fermeté, j'ai des ordres impératifs de marcher sur Gratz ; je serai en mouvement demain à cinq heures du matin et je vous attaquerai, si je rencontre vos troupes; dès ce moment la suspension d'armes est rompue. > Il calcula que, pour communiquer cette détermination au général Gyulai et me faire connaître celle de ce général, le temps manquerait, et me demanda deux heures de plus, à quoi je consentis, bien persuadé que les ennemis auraient alors décampé, ce qui se vérifia en effet. Je fis suivre, mais avec l'ordre de ne commettre aucune hostilité; on joignit bientôt leur arrière-garde que Ton poussa, sans coup férir, et on la conduisit de la sorte jusque dans la Croatie où cette armée rentra, et nous en Styrie et à Gratz.
Le prince Jean reconnut enfin l'armistice et fit évacuer le fort; son armement était composé d'artillerie de campagne que l'Empereur m'ordonna de faire conduire à son quartier général de Schœnbrunn. Ma ligne de démarcation avec les Autrichiens fut la frontière de la Hongrie et de la Croatie jusqu'à Trieste. Je fis perfectionner la défense du château; après l'avoir armé et approvisionné, j'établis mon camp sur la rive gauche de la Muhr, et mon quartier général au château d'Ekenberg.
Pendant l'armistice on négociait, et durant plusieurs mois ce ne fut que des alternatives ou de pacification ou de reprise des hostilités ; la paix se conclut enfin ; on lui donna le nom de Presbourg.
A la fête de l'Empereur, je reçus le grand cordon de la Légion d'honneur, le titre de duc de Tarente et une dotation de 60,000 francs. Précédemment les généraux
Lamarque et Broussier furent élevés au grade de grand ofBcier de la Légion, ce qui n'empêcha pas le premier d'intrigailler ; il paraît que c'était son élément. Il mon* trait plus de talent en ce genre qu'en mérite militaire, quoiqu'il se crût le premier général des armées françaises, ainsi qu'il le dit modestement au général Pully qui me le répéta. Quelque temps après, je me débarrassai de lui. A l'époque où je reçus les trois faveurs que je viens de dire, l'Empereur en répandit un grand nombre dans mon corps d'armée, mais tous ceux qui en furent l'objet ne paraissaient pas également satisfaits, et en effet il y en eut de très mesquines. Je ne parle pas de ceux qui ne l'étaient pas du tout, parce qu'ils n'avaient rien.
Tandis que nous étions en armistice, et même après la paix, on continuait de se battre dans le Tyrol contre les insurgés de ce pays que l'on n'avait pu réduire. On y fit passer mon corps d'armée en entier, sauf ma personne et mon état-major; j'eus bien du regret de me séparer d'aussi braves troupes, qui me témoignèrent aussi beaucoup de chagrin de passer sous d'autres chefs ; je m'étais occupé minutieusement de leur bien-être pendant l'armistice. Le corps du général Grenier remplaça le mien en Styrie ; ce général n'était que médiocrement satisfait de m'avoir pour chef; il se plaignait aussi de n'avoir eu que le grand cordon pour sa blessure.
Après les ratifications de la paix, l'Empereur retourna à Paris, et le vice-roi à Milan; j'eus le commandement de l'armée d'Italie. Peu après, j'appris le divorce de l'Empereur ; on parlait déjà d'un nouveau mariage avec une princesse de Saxe ou de Russie. On négociait en effet avec cette dernière puissance; mais l'opposition de l'Impératrice mère fit rompre subitement la négociation.