ÉVACUATION RETARDÉE
L'époque de l'évacuation du territoire autrichien avait été déterminée par une convention, mais subordonnée à la délimitation des frontières, à la remise de nos prisonniers, enfin au payement de la contribution de guerre. Je commençais mon mouvement rétrograde, lorsque je reçus contre-ordre par deux courriers de Paris qui m'arrivèrent à une heure de distance, l'un par l'Autriche, l'autre par Tltalie. Le contre-ordre était motivé sur ce que le gouvernement de Vienne ne remplissait pas les trois conditions; mais on était mal informé à Paris. J'avais, de mon côté, déjà reçu les prisonniers les plus rapprochés, et des commissaires autrichiens étaient arrivés depuis longtemps pour la délimitation à Gratz, où ils attendaient les Français qui n'arrivaient pas: quant aux contributions, c'est à Vienne qu'elles devaient être payées. J'informai à Paris de ces circonstances, en même temps que le maréchal Davout, commandant par intérim la Grande armée, rendait compte de son côté que le premier payement convenu et les autres conditions étaient remplis, sinon avec bonne volonté, du moins ponctuellement.
Cette suspension d'évacuation pouvait avoir de grandes conséquences, et il ne fallait qu'une mauvaise tète pour engager de nouvelles hostilités. Les Autrichiens devaient nous suivre à un jour de distance : ils durent donc s'arrêter et s'acculer dans de mauvais logements : j'eus à cette occasion une correspondance peu amicale avec eux. Enfin les ordres de départ arrivèrent. Les états de Styrie vinrent me rendre visite et m'ofTrir un présent considérable pour les ménagements dont j'avais usé envers le pays et la discipline exemplaire que j'avais maintenue; je le refusai et, comme ils insistaient, je leur dis : « Eh bien f si vous vous croyez mes obligés, il y a un autre moyen, plus digne de moi,
de vous acquitter : soignez les malades et les blessés que je suis forcé de laisser provisoirement, ainsi que le détachement et les officiers de santé commis à leur garde. • Ils le promirent. La saison était trop rude pour les évacuations; l'humanité ne les permettait pas, sans exposer la vie de ces braves.
Ces membres des états me demandèrent si je ne savais rien d'une nouvelle qui venait de Vienne par la voie du commerce, à savoir, l'arrivée subite du prince de Schwarzenberg, ambassadeur d'Autriche à Paris, avec mission de demander une princesse en mariage pour l'Empereur. Je répondis que je Tignorais, mais que cette démarche, contraire aux formes diplomatiques et à tous les usages, m'en ferait plus que douter. Je petisais en effet que s'il y eût eu quelque réalité, l'Empereur se serait montré plus galant, moins méfiant, et n'aurait pas suspendu notre départ sur les motifs que j'ai indiqués; que, de plus, il eût envoyé un ambassadeur français pour faire une demande qui, dans ces sortes de négociations, n'est plus qu'une affaire de forme et d'apparat, tout étant convenu d'avance. « Au surplus, dis-je encore à mes questionneurs, l'événement serait assez important pour qu'il fût généralement connu à Vienne; or, je suis surpris que la haute noblesse de Gratz n'en soit pas directement informée et que cent lettres au lieu d'une ne soient pas arrivées. » Ils répondirent que les premières nouvelles étaient toujours données par la voie du commerce, et que sans doute la poste prochaine apporterait la conflrmation du fait; ils m'engagèrent à rester jusque-là; mais mes dernières troupes partant le lendemain matin, je ne jugeai pas à propos de les quitter et je fis promettre à ces messieurs de m'expédier une estafette à Marbourg, où j'allais coucher; elle me parvint en effet, mais la nouvelle n'était