NÉGOCIATIONS MATRIMONIALES
pas confirmée; et cependant il y avait quelque chose de vrai, comme je le raconterai plus tard. On avait confondu le titre d'ambassadeur avec celui d'un premier secrétaire de la légation autrichienne, qui, en effet, était arrivé en courrier à Vienne.
Continuant mon mouvement d'évacuation, je trouvai â Laybach le maréchal duc de Raguse, gouverneur général des provinces illyriennes, et à Trieste le général comte Louis de Narbonne, gouverneur de cette ville. Tous deux, arrivés récemment de Paris, me dirent que la négociation du mariage avec une princesse russe était publique et paraissait certaine; ils traitèrent d'apocryphe ma singulière nouvelle de Gratz.
,£n rentrant dans le royaume d'Italie, l'armée de ce nom que je conduisais fut disloquée. J'envoyai les troupes dans les garnisons qui leur furent assignées. J'avais l'ordre de me rendre de ma personne à Milan, où j'en trouvai un nouveau pour Paris. Le vice-roi n'était pas encore de retour; je vis la vice-reine, qui avait sur l'alliance projetée la même opinion que celle du duc de Raguse et du comte de Narbonne; la correspondance de son mari en donnait la confirmation récente. Il annonçait son retour prochain ; mes ordres de départ étant précis, je ne pus l'attendre. A Turin et à Lyon, même confirmation. Enfin je rencontrai le prince entre Cosne et Neuvy, et là il me raconta que le mariage de TËmpereur était signé, non avec la Russie, mais avec l'Autriche, l'Impératrice mère ayant montré de l'opposition et beaucoup de répugnance à l'établissement de sa fille, qui depuis a épousé le prince royal des Pays-Bas, et que, sur cette nouvelle, l'Empereur l'avait fait appeler, lui prince Eugène, et l'avait envoyé chez Tambassadeur d'Autriche, afin de savoir s*il avait des pouvoirs pour traiter; que, sur la réponse affirmative de l'ambassa-
deur, le contrat de mariage avait été dressé, le prince de NeuchÂtel envoyé à Vienne pour faire officiellement la demande, et que lui se rendait à Milan pour en ramener la vice-reine et assister ensemble à la célébration du mariage, fixée au 2 avril. Tous ces arrangements s'étaient faits en un tour de main. Je rapprochai alors de cet événement la première nouvelle des membres des états de Styrie, la veille de mon départ, mais le vice-roi ne put me donner aucun renseignement là-dessus.
Arrivé à Paris, je trouvai la cour et la ville remplies de la nouvelle du jour, et moi toujours aux enquêtes sur celle de Gratz. Enfin, à force de questionner, j'appris le mot de cette énigme par le duc de Bassano; voici mot pour mot ce qu'il me conta : le prince de Schwarzenberg, ambassadeur d'Autriche, prévoyant que la négociation avec la Russie échouerait peut-être, et pensant que l'alliance serait d'un grand intérêt pour son souverain et son pays, demanda des instructions pour le cas où l'on s'adresserait à lui ; la réponse fut affirmative et empressée. Ce fut M. de Florett, premier secrétaire de la légation autrichienne, qui fut porteur de la dépêche de l'ambassadeur et rapporta la réponse avec les pleins pouvoirs; sa mission fut pénétrée, et c'est ainsi que la première notion en fut donnée à Gratz. Muni de l'autorisation nécessaire, le prince de Schwarzenberg , en habile diplomate, fit savoir sous main qu'il avait des pleins pouvoirs; l'Empereur, allant toujours vite en besogne , et mécontent des réponses de l'empereur de Russie qu'il croyait évasives, saisit cette occasion, rompit avec la Russie et traita avec l'Autriche.
L'Empereur me reçut à merveille; il avait eu des rapports très satisfaisants sur la sagesse et la bonne conduite des troupes que je venais de ramener en Italie. Je crois qu'il savait quelque chose du refus que j'avais