‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 153 sur 262 · EN CATALOGNE · texte numérisé non relu

EN CATALOGNE

fait du présent qui m'avait été offert à Gratz et de ma recommandation pour les malades que la mauvaise saison m'avait obligé de laisser dans les hôpitaux de cette ville. Il s'informa de ma position financière avec beaucoup d'intérêt, me dit qu'il me fallait un hôtel à Paris, qu'il savait que je n'étais pas riche, qu'il m'avait adopté et me traiterait comme les autres maréchaux. Les uns avaient été favorisés d'un million en gratifîcation, les autres de 600,000 francs, le tout indépendamment de leurs dotations plus ou moins élevées. Par discrétion, j'attendis et jamais il n'en fut question depuis; mais, vers cette époque, la main de votre sœur aînée m'ayant été demandée, l'Empereur, informé de ce projet d'alliance et sachant que je ne pouvais donner qu'une très faible dot, promit, de son propre mouvement, un don de 200,000 francs qu'il convertit ensuite en une dotation.

Après le mariage de l'Empereur, il me nomma général en chef de l'armée de Catalogne et gouverneur général de cette principauté (i). J'avais une vive répugnance pour le genre de guerre qui se faisait en Espagne; cette répugnance avait sa source dans la déloyauté — ce que l'on nomme politique lorsqu'elle vient de très haut — qui fît envahir ce pays; mais la noble et courageuse résistance de ses habitants triompha de nos efforts et de nos armes. J'obéis néanmoins et je partis. Je menai une vie fort active et aussi dégoûtante que fatigante; l'ennemi était partout et je ne le trouvais nulle part, quoique je parcourusse la Catalogne dans tous les sens. Le seul résultat de cette campagne fut le siège et la prise de Tortose par le général Suchet, dont je protégeai les opérations (2).

(1) La nomination est datée du 24 avril 1810.

(2) Le général Suchet ne fut fait maréchal qu'au mois de juillet 1811.

La campagne suivante, en 1811, s'ouvrit par le renouvellement des promenades et l'approvisionnement des places fortes. Je reçus Tordre de faire le siège de Tarragone, mais tout me manquait, les forces suffisantes et les moyens; Tarmée d'Aragon les avait tous. Je proposai donc au gouvernement de remettre provisoirement une partie de mes troupes au général Suchet, afin qu'il n'éprouvât ni gène ni embarras et qu'il y eût unité de commandement; ce plan fut approuvé et je revins à Barcelone pour avoir Tœil à tout. J'y étais à peine, que je fus informé que les Espagnols s'étaient emparés par surprise de la forteresse de Figuières, ch&teau presque imprenable. C'était ma place d'armes; les parcs d'artiN Icrie, les munitions de guerre et de bouche, les dépôts, les caisses des régiments, tout y était renfermé. Le manque de surveillance nous fit perdre ce poste important; mais les Espagnols n'eurent pas le temps d'en faire sortir la garnison prisonnière qu'ils avaient si étrangement surprise. On réunit à la hâte tous les détachements épars et l'on investit la forteresse. J'écrivis au général Suchet les lettres les plus pressantes pour qu'il me renvoyât de suite les troupes que j'avais mises à sa disposition; mais un seul émissaire lui parvint àLerida ou Saragosse, et longtemps après, quoique la distance de Barcelone ne fût pas considérable. Cet événement fit grande sensation partout et porta l'exaltation dans la Péninsule, surtout en Catalogne, au plus haut degré d'énergie, d'efforts et de courage. Les Espagnols tentèrent de jeter un renfort dans le château et d'en retirer les prisonniers ; mais ils furent repoussés.

L'Empereur prescrivitquel'on vînt me chercher àBarcelone; il fallut détacher cinq ou six mille hommes du blocus pour traverser le pays. A la première nouvelle, j'avais formé le projet de venir à Figuières avec cinquante che-

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