BLOCUS DE FIGUIÈRES
Taux d'escorte; on me fit tant d'instances pour me dissuader d'une entreprise si hasardeuse, si téméraire et si dangereuse, que je cédai et attendis le détachement. En arrivant, je trouvai l'ordre de pousser le siège avec vigueur; mais l'équipage et les munitions étaient dans la place; j'en demandai un nouveau que l'on ne put me fournir. 11 fallut donc se borner à investir et à resserrer la forteresse avec des ouvrages et les armer d'artillerie de campagne, non pour la battre, mais pour repousser les sorties ou les secours. Je me souvins du fameux siège d'Alise (4) et je fis faire des travaux analogues, suivant la localité. Chaque corps était chargé de se couvrir et j'avais ainsi excité leur émulation par ma présence continue et des encouragements. Je me donnais beaucoup de peine et de fatigue. Nous étions déjà depuis deux mois et demi autour de la place, qui paraissait bien décidée à ne point se rendre tant qu'elle aurait des vivres et l'espoir d'être secourue. Nous étions au 43 juillet; cette date m'est précise, car c'est ce jour-là que je fus atteint de ma première attaque de goutte; elle fut de longue durée, mais quoique horriblement sévère, mon moral souffrait bien davantage d'être ainsi paralysé.
J'étais parvenu à resserrer tellement la forteresse que rien, pas même un chat, n'aurait pu passer. Le général Guillot, prisonnier dans la place, quoique très surveillé, trouva cependant moyen de me faire passer des informations par des Espagnols qu'il avait séduits avec promesse de fortes récompenses; je connus ainsi la force de la garnison, la quantité des vivres, et je pus calculer, à quelques jours près, l'époque de la reddition. Nos troupes exerçaient une grande surveillance; on s'atten-
(i) Alise ou Alésia, assiégée par César et défendue par Vercingètoriz.
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dait chaque jour à être attaqué extérieurement. Les Espagnols faisaient des démonstrations, annonçaient un débarquement d'Anglais; plusieurs fois, en effet, nous aperçûmes grand nombre de transports en mer. Le commandant espagnol découvrit les intelligences du général Guillot; il fit fusiller le messager, juger et condamner le général à mort avec plusieurs de ses officiers, mais il n'osa pas les faire exécuter; je fus informé de ce qui se passait et menaçai le général espagnol et sa garnison de représailles.
Malgré le rationnement des vivres, la fin approchait; pour les ménager, le commandant fit sortir et déposer sur les glacis nos prisonniers malades et transportables. D'après mes informations, la place ne pouvait pas tenir au delà du 45 au 20 août. Je ne doutais pas que la garnison ne cherchât à se faire jour à travers mes lignes ; tout fut disposé en conséquence ; il était d'autant plus nécessaire de redoubler de surveillance que nous étions déjà bien affaiblis par les maladies. Je pensai que les Espagnols choisiraient pour leur sortie le 15 août, fête de l'Empereur ; nous fîmes ce jour-là des réjouissances ; on avait préparé un beau feu d'artifice dont le bouquet fut une fusillade générale , avec accompagnement d'obus et de mitraille tirée sur la place. Rien ne bougea pendant la nuit; mais dès le lendemain, le feu de la forteresse se ralentit ; on remarqua sur les remparts quelques mouvements qui se continuèrent le jour suivant. Aucun parlementaire ne se présentant, il demeura constant qu'une vigoureuse sortie se préparait; nous nous disposâmes à la bien recevoir. Elle eut lieu, en effet, par une nuit obscure et dans le plus profond silence; cependant l'inégalité du terrain fit flotter les tètes de colonnes et occasionna des frottements d'armes qui donnèrent l'éveil aux postes les plus avancés ; ils se replièrent précipitam-