REDDITION DE FI6UIÈRES
ment dans nos lignes et sans mettre le feu à de petits monceaux de menu bois, comme ils en avaient l'ordre, aQn d'éclairer le lieu de la scène. Il était présumable, comme il arriva, en effet, que les Espagnols attaqueraient à l'arme blanche; un seul coup de fusil, désignant le point sur lequel ils se dirigeaient, y aurait attiré tous les nôtres. On attendit leur approche, et lorsqu'ils commencèrent l'attaque on lança quelques pots à feu; mais la poudre, avariée, ne donna qu'une fumée épaisse et presque sans couleur; j'avais commandé, à Toulouse, des feux de Bengale qui n'arrivèrent qu'après la reddition de la place.
Cette tentative de sortie était très courageuse et fit honneur au général et à sa garnison; elle fut repoussée après quelques efforts de leur part. Ils ne s'attendaient point à rencontrer autant d'obstacles; les seuls abatis les arrêtèrent; du haut des remparts, on pouvait s'y tromper; ils paraissaient comme de petits buissons. Les Espagnols perdirent beaucoup de monde en tués, blessés et prisonniers; de notre côté, pas une égratignure. Le lendemain l'ennemi arbora le drapeau blanc et envoya un parlementaire pour traiter de la reddition; j'accordai les honneurs de la guerre; la garnison déposa ses armes et resta prisonnière; pour honorer son courage, les officiers conservèrent leur épée. Je transférai mon quartier général dans la place, où bientôt après, à la suite de mon accès de goutte, je fus atteint par la fièvre. Hors d'état d'exercer le commandement, je demandai un successeur, qui me fut accordé; je rentrai en France et me rendis à Paris. Je ne pouvais encore marcher qu'à Taide de deux béquilles.
Tout était alors préparé pour la fameuse et si désastreuse campagne de Russie. Malgré mon état, qui.
cependant, s'améliorait, on me fit partir dans le courant d'avril 1812. J'avais laissé mon fauteuil dans la forteresse de Figuières, je laissai une béquille à Paris et l'autre à Berlin.
J'eus, à la gauche de l'armée, le commandement du lO corps, composé du contingent prussien et d'une division formée de trois régiments polonais, d'un régiment bavarois et d'un westphalien; Tétat-major était français. Le roi de Prusse m'écrivit pour me recommander ses troupes.
Nous marchâmes sur le Niémen, où nous prîmes position, et, le 24 juin, toute l'armée le passa dans la nuit, sans la moindre opposition. Les Russes se repliaient devant nous; je ne tirai les premiers coups de canon qu'en Samogitie. Je fus dirigé sur la Dwina, garnissant les côtes de la Baltique, et chargé des sièges de Dunabourg et de Riga. La première de ces forteresses n'était encore qu'en projet; elle avait seulement une bonne tète de pont. Une reconnaissance que je fis faire au delà de la Dwina, entre les deux places, jeta l'alarme sur la droite de cette rivière et détermina les généraux russes à incendier le faubourg de Riga, qui eût pu favoriser dos approches de la citadelle, et à évacuer la tète de pont de Dunabourg, que je fis occuper. C'est alors que nous reconnûmes que les fortifications de cette prétendue ville n'existaient qu'en projet, sans un tracé; quelques terres étaient à peine remuées; pas même une baraque, par conséquent point d'habitants; seulement une ancienne église de Jésuites en ruine. J'eus l'ordre de faire rétrograder l'équipage de siège qui venait de Magdebourg, où il avait été formé à grands frais. Un autre était parti de Dantzick pour Riga; il ne fallait pas moins de quarante mille chevaux en relais pour le faire arriver; il vint parquer à Grafenthal, en attendant