‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 156 sur 262 · EN RUSSIE · texte numérisé non relu

EN RUSSIE

les troupes et les moyens nécessaires pour franchir la Dwina et investir Riga. Je soumis plusieurs pians; mais, l'armée s'éloignant davantage sur la route de Moscou, on me laissa dans l'attente et l'indécision. Dans l'intervalle, un corps de dix mille Russes, venant de la Finlande, tenta d'enlever le parc de siège, qui fut vaillamment défendu par les Prussiens. J'avais, par ordre, mon quartier général dans un château non meublé et sans vitres, non loin de Dunabourg, à l'extrême droite de ma ligne; j'accourus avec quelques troupes; mais l'affaire était déjà terminée à notre avantage. D'après le compte que je rendis de cet incident, on sentit que la saison était trop avancée, cet immense et précieux matériel trop exposé; on me transmit Tordre de le renvoyer à Dantzick.

Le mauvais génie qui avait poussé l'armée à Moscou avait marqué ses malheurs dès l'ouverture de la campagne et les acheva avec la retraite forcée. L'Empereur avait conçu le projet, s'il ne s'ouvrait pas un passage, de se diriger sur mes positions; c'était une illusion; ce projet n'était guère plus praticable que celui de conserver cette malheureuse armée. Quoique, bien informé des malheurs qu'elle éprouvait chaque jour, j'eusse offert mes services et le secours de mes troupes intactes, bien nourries et chaudement vêtues, on me laissa stationnaire.

Je commençai néanmoins à resserrer mes postes, à me concentrer davantage. L'ennemi, qui épiait mes moindres mouvements, imaginant que la retraite commençait de mon côté, se mit en marche sur divers points pour me harceler; je lui donnai de la confiance et préparai un piège dans lequel il donna tête baissée. Je me retournai, le fis vivement attaquer et rompis sa ligne; il s'enfuit avec une perte considérable;

grand nombre de prisonniers nous restèrent. Cette affaire aurait eu de beaucoup plus grands résultats si le général prussien York eût exécuté mes ordres réitérés de se porter rapidement de Mittau dans la direction de Riga, sur les derrières des Russes, au moment où je renversais leur ligne. Je m'étais aperçu déjà par ma correspondance d'un refroidissement marqué de la part de ce général et qui croissait avec les malheurs de la Grande armée; mais j'étais loin de m'attendre à la catastrophe qui suivit bientôt après.

L'Empereur, ayant forcé le passage de la Bérézina et ouvert sa communication avec Wilna, en partit incognito pour Paris et laissa le commandement au roi de Naples Murât; ce fut un malheur de plus, car ce général, de la valeur la plus brillante, n'était réellement propre qu'à conduire une charge de cavalerie et qu'à harceler l'ennemi par son activité. Il espéra pouvoir reposer et réorganiser les débris de l'armée à Wilna, mais les Russes l'en délogèrent vingt-quatre heures après son arrivée; c'est là que les derniers restes de cette immense armée s'engloutirent.

En quittant Wilna, Murât me fit enfin donner l'ordre de me replier sur Tilsitt. Cet ordre était daté du iO décembre; on en rendit porteur un major prussien qui, au lieu de m'arriver en trente heures en ligne directe, suivit la grande route de Kœnigsberg jusqu'à Tilsitt, Memel et enfin Mittau; il mit ainsi neuf jours à me parvenir. Ce fut dans la journée du 18 que je le reçus, et, comme j'avais tout préparé, tout prévu d'avance, toutes mes colonnes s'ébranlèrent dès le lendemain 19. Déjà j'étais informé que les coureurs ennemis traversaient la Samogitie sur mes derrières : je m'attendis dès lors à rencontrer tous les obstacles possibles, bien résolu à les surmonter. Le plus inquiétant n'était point

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