‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 160 sur 262 · PIÈGE ÉVITÉ · texte numérisé non relu

PIÈGE ÉVITÉ

que son camarade, il m'invita à entrer en arrangement avec son général, prince Repnine, qui proposait une suspension d'armes pendant que la paix, disait-il, était sur le point de se conclure, et, en attendant, une entrevue. Le piège était trop grossier pour y donner tête baissée; je lui dis que la suspension d'armes pourrait avoir lieu tout naturellement sans convention, qu'il voyait bien que je ne marchais que pour me retirer et qu'ils pourraient s'arrêter eux-mêmes, s'ils le jugeaient à propos; que, quant à l'entrevue, n'ayant aucune raison pour la refuser, je donnais rendez-vous à son prince pour le lendemain matin à un lieu que j'indiquai, en précisant l'heure, laquelle passée, il serait inutile qu'il se déplaçât. Il partit et je continuai mon mouvement pour gagner la forêt dont j'ai parlé.

Nous marchâmes vingt-deux heures sous la pluie, dans l'eau, et par la nuit la plus obscure; beaucoup de soldats restèrent en chemin harassés, mais rejoignirent le lendemain. J'atteignis enfin cette épaisse forêt à six heures du matin; j'en avais fais garder l'entrée par les troupes qui, d'avance et pendant que j'attendais à Tilsitt l'arrière -garde, avaient escorté jusque-là. nos bagages que j'envoyais à Labiau.

L'aide de camp qui avait accompagné le parlementaire et devait rapporter la réponse à ma proposition, n'était pas rentré; Theure fixée pour l'entrevue sonna : point de prince Repnine. On crut cependant le voir arrivant; ce n'était qu'un officier chargé d'excuser son général sur son retard; celui-ci absent au moment de l'arrivée de mon aide de camp, me faisait demander quelques heures de plus, c Je comprends, répondis-je, que le prince ait eu des affaires, mais j'ai aussi les miennes; faites-lui mes compliments et exprimez-lui mes regrets de manquer l'occasion de faire sa connaissance person-

nelle; il m'en estimera davantage. Sa ruse, ajoutai-je, est aussi par trop innocente d'imaginer que je me laisserais prendre à des insinuations si dénuées de fondement, pour ne pas dire si absurdes. Retournez et renvoyez mon aide de camp. » Comme il voulut protester de la bonne foi de son général, je le fis remonter à cheval. A peine avait-il fait quelques pas que le canon se fit entendre; je le rappelai : « Qu'est-ce? lui dis-je ; est-ce ainsi que votre général montre sa franchise? Vous mériteriez que je vous retinsse en otage; mais je donnerai à votre prince une leçon de loyauté. Retournez près de lui et dites-lui que désormais nos entrevues ne pourront avoir lieu qu'à coups de canon. » Cependant le feu cessa aux avant-postes; le commandant des nôtres me fit dire qu'il était sous les armes lorsque Tennemi, pour l'enfoncer, lança une charge qu'il avait reçue à bout portant et repoussée, après quoi l'assaillant fit retraite. Fort surpris de cette attaque inopinée, mon aide de camp, qui accompagnait le prince, le pria de le renvoyer, en lui faisant observer qu'il craignait extrêmement les boulets français : < Allez, lui dit le prince; j'ai ordonné de cesser le feu, et à mes troupes de se retirer; je voulais surprendre votre général, mais il a été plus fin que moi. • Nous gagnâmes Labiau, où je trouvai Tordre du roi de Naples de me rendre immédiatement à Kœnigsberg pour conférer avec lui.

Je laissai le commandement au général Grandjean qui avait sous lui le général Bachelu; en mon absence ils eurent une afi'aire fort chaude à Labiau. Chemin faisant, je trouvai contre-ordre; le Roi, forcé, disait-il, de se rendre à Ëlbing, et ne pouvant pas me voir, me priait de lui envoyer un plan d'opérations et mes idées sur ce qu'il convenait de faire dans notre position présente. Je n'hésitai point à proposer ce que j'aurais exé-

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