‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 161 sur 262 · NEY ET MURAT · texte numérisé non relu

NEY ET MURAT

cuté moi-même, si j'eusse commandé en chef, l'évacuation des places de la Pologne, de la Prusse royale et de la Vistule, pour nous concentrer sur TOder avec le corps qui arrivait d'Italie, et y attendre les nouvelles levées que l'on faisait en France. Ma division me joignit et je pris sous ma direction celle du général Heudelet, composée de conscrits nouvellement arrivés. Nous atteignîmes Kœnigsberg, où je trouvai seul le maréchal Ney qui avait commis la faute de faire évacuer cette ville où un mouvement d'insurrection se manifestait et pouvait éclater à la vue de l'ennemi qui nous pressait. Je proposai au maréchal d'en sortir immédiatement avec moi; quelques heures après, il fallut tout son courage pour traverser plusieurs groupes menaçants. J'étais revenu à mes troupes qui étaient, en partie, aux prises avec l'ennemi, en partie, occupées à se pourvoir de vivres, et c'est à leur vue que le maréchal dut d'être sauvé.

A la nuit tombante , je continuai mon mouvement rétrograde sur Elbing. Le roi de Naples m'envoya l'ordre, non seulement de m'arrêter, mais de me reporter sur Kœnigsberg; je lui envoyai représenter les obstacles qui s'y opposaient, en le prévenant que l'ennemi s'était avancé déjà par une autre direction sur Preussich- Eylau et que lui-même serait incessamment enveloppé ou verrait ses communications coupées. Il me réitéra ses ordres en ajoutant que j'étais mal informé, qu'il avait cent espions en campagne et que l'ennemi ne pouvait faire un pas sans qu'il en fût averti. Jugeant mieux que lui, je ne tins aucun compte de l'ordre et continuai mon mouvement rétrograde, ce qui mit le Roi en fureur; mais il changea promptement de ton et d'avis; la marche de l'ennemi sur sa droite et ses derrières étant confirmée, il applaudit à ma prévoyance et m'appela en toute hâte à Ëlbing pour conférer avec lui. J'avais tenu

sur la Passarge autant que la prudence le permettait.

J*arrivai dans la matinée et trouvai le Roi prêt à monter à cheval et très impatient de se retirer; je lui représentai que mes troupes ne pouvant arriver que tard le soir, son départ subit serait le signal d'une insurrection et du pillage des magasins dont la conservation était si nécessaire à mes soldats. Mes représentations furent inutiles et sa résolution fut encore fortifiée par le bruit du canon de mon arrière-garde qui se battait en retraite; il m*enjoignit de tenir quelques jours à Elbing et de me jeter ensuite dans Dantzick dont je prendrais le commandement. Je lui démontrai l'impossibilité de tenir à Ëibing avec si peu de troupes, que nous étions presque tournés et que, le lendemain même, pour en sortir, il serait déjà trop tard. Quant à rester à Dantzick, je lui observai qu'il y avait dans cette place un gouverneur patenté (1) qui se refuserait avec toute raison à me céder le commandement. Là-dessus il me dit d'y jeter toutes mes troupes et de me rendre de ma personne à son quartier général, qu'il ne savait pas encore où établir. Je lui demandai alors s'il n'avait pas exécuté, au moins en partie, le projet que je lui avais envoyé sur sa demande: c Non, dit-il, je l'ai transmis à l'Empereur dont je recevrai les ordres sous trois jours au plus tard. — Comment ! dis-je, vous l'avez transmis! Je vous l'ai envoyé de confiance. L'Empereur, qui vraisemblablement ignore tout ce qui s'est passé et se passe encore, sera furieux et avec raison, si ce plan n'a pas été développé. — Je me suis borné à lui demander ses ordres là-dessus, me répondit-il froidement. — Et oh serons-nous dans trois jours? » ajoutai-je.

Il aurait fallu que l'Empereur fût sur les lieux, et

(1) Le général Rapp.

Page 1