PLAN DE CONDUITE
encore j'aurais douté de sa détermiDation; cependant l'adoption de mon plan était la seule raisonnable. Ces garnisons que Ton abandonnait à elles-mêmes, sans apparence et je puis ajouter sans espoir de secours prochain, devaient, sauf Dantzick, bientôt succomber, faute d'approvisionnements et par leur propre faiblesse; il était déjà trop tard pour les places de la Pologne et Pillau, mais non pour Dantzick. Le gouvernement prussien paraissait ostensiblement désavouer la défection de ses troupes; je lui aurais remis la garde de cette place, non parce que j'avais confiance dans sa loyauté, mais pour occuper une partie de ses forces , ce qui aurait diminué le nombre de nos ennemis, en l'intéressant pour son propre compte à soustraire aux convoitises de la Russie cette place importante. Je démontrais que nous aurions pu, d'après ce plan, réunir sur l'Oder tout ce qui était valide, c'est-à-dire une force de 60,000 à 70,000 combattants. Les Russes avaient aussi beaucoup souffert : il fallait aux Prussiens du temps pour s'organiser, et, par la position que nous prenions, nous contenions la majeure partie de cette monarchie; nous attendions ainsi en sécurité la levée de 300,000 hommes que Ton faisait en France. Il n'y avait rien à objecter à ce raisonnement; aussi le Roi ne s'en mit point en peine. Il était plutôt préoccupé de sa retraite et de son retour à Naples qu'il effectua immédiatement, sans en prévenir l'Empereur. Il remit le commandement au prince Eugène ; ce fut un malheur que l'Empereur ne le lui eût pas donné en quittant l'armée, et pour elle et pour luimême.
Connaissant la légèreté du Roi, dont il venait de me donner une nouvelle preuve en transmettant à Paris le plan que je lui avais envoyé de confiance, et en annonçant qu'il aurait sous trois jours des ordres qu'il n'était
plus en mesure d'exécuter, du moins en partie, j'exigeai, avant de nous séparer, qu'il me donnât des instructions écrites; il fit d'abord des difficultés, marquant de Timpatience pour partir; il céda enfin, et ce fut le comte Daru, présent à l'entretien, qui les écrivit. Il monta ensuite à cheval et se mit en route, au milieu des huées de la populace que lui attirait son costume bizarre plutôt que sa personne. Ordre avait été donné aux troupes qui étaient dans Ëlbing de le suivre; mais j'arrêtai un régiment d'infanterie pour la garde des magasins jusqu'à l'arrivée des miennes, ce qui n'empêcha pas qu'une grande partie ne fût pillée. Je donnai à mes soldats quelques heures de repos le soir et nous continuâmes à nous retirer ; nous eûmes de grandes difîicultés à traverser la Vistule sur la glace et à monter les rampes de la rive gauche. Le courage de mes troupes redoubla en approchant de Dantzick, considéré comme le point de salut et le terme des fatigues, des privations et des souffrances.
Depuis la Courlande on se battait journellement et l'on marchait la nuit; nous nous affaiblissions ainsi, mais il n'y avait plus que quelques jours de marche pour atteindre le but si désiré. On me proposa, après le passage de la Vistule, de tendre une embûche à l'ennemi; elle réussit complètement et nous primes enfin position autour de Dantzick. Je résignai aussitôt le commandement de mes troupes entre les mains du général Rapp, gouverneur; je m'en séparai à regret. Généraux, officiers supérieurs et particuliers, soldats, quoique tous étrangers, sauf les généraux de l'état-major, et seulement nos alliés, tous rivalisèrent de zèle, de dévouement, de courage et d'efforts, pendant la si longue, si pénible et si dangereuse retraite que nous fîmes, par cet hiver désastreux, depuis les bords de la Dwina, sans