‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 164 sur 262 · OCCUPATION DE DRESDE · texte numérisé non relu

OCCUPATION DE DRESDE

mes instances, ne voulant pas compromettre ce petit corps de braves, qui était notre seule ressource. Ce fut une bataille gagnée par l'infanterie et l'artillerie ; on lui donna le nom de Lutzen.

Le lendemain, de grand matin, l'Empereur vint nous visiter. Le champ de bataille, notre front surtout, était jonché de morts et de blessés; on n'avait pas encore pu les enlever tous, faute de moyens. L'Empereur était très satisfait; il nous complimenta sur notre diligence de la veille et sur la vigueur de notre attaque qui avait arrêté la marche victorieuse de l'ennemi et fait tourner la chance en notre faveur; aussi, dans la journée, après le passage de l'Elster que l'ennemi ne défendit pas, ne songeant qu'à se retirer sur Dresde, l'Empereur fit-il à mon corps d'armée une large distribution de récompenses, grades, décorations, pensions, titres, majorats, etc. La mienne fut le commandement de l'avantgarde.

L'ennemi ne tint pas à Dresde; il fit sauter le pont et ne défendit l'Elbe qu'autant de temps qu'il lui en fallait pour protéger sa retraite par le défilé de la rive droite. Tandis que l'on cherchait à rétablir ou plutôt à raccommoder le pont, mon infanterie passait par-dessus les brèches avec des échelles; aussitôt qu'il fut en état, l'artillerie passa à son tour. L'Empereur, faisant les fonctions de vaguemestre, arrêtait tous les équipages; j'obtins cependant qu'une partie de ceux de mes troupes seraient exemptés et, le soir, je pris position sur les hauteurs qui dominent Dresde. Le lendemain, je suivis les traces de l'ennemi; nous n'eûmes, jusqu'à Bautzen, que des affaires insignifiantes. Je croyais être suivi de l'armée; mais on l'avait laissée se reposer. Je me trouvai isolé ainsi devant celle des alliés, et pour lui en imposer, je m'étendis comme une toile d'araignée,

en attendant l'arrivée des autres corps. Des avertissements successifs firent presser leur marche. Un pas rétrograde de ma part nous exposait à une perte certaine; je préférai donc courir la chance de rester en place en simulant des démonstrations d'avancer, et en faisant allumer, la nuit* des feux étendus sur plusieurs lignes, de manière à faire croire à la présence de toute l'armée.

Je passai ainsi plusieurs jours; l'armée se réunit enfin. Nous attaquâmes à Bautzen, passâmes la Sprée, et je pris une bonne part à la bataille de Wurschen qui nous conduisit en Silésie, après avoir eu deux combats très vifs à Bischofswerda et avant d'arriver à Lôwenberg. Le feu prit à la première de ces villes pendant l'aiïaire; je crois que l'incendie fut propagé par des maraudeurs après que nous l'eûmes occupée. Un armistice se conclut pendant l'action de Jauer et après l'occupation de Breslau. Nous prîmes des cantonnements; j'eus le cercle de Lôwenberg pour mon corps d'armée.

Nous avions assez fait pour réparer l'honneur de nos armes, après les affreux malheurs de la précédente campagne ; l'armée et la France désiraient vivement la paix. Un congrès s^assembla à Prague; mais il était évident qu'aucune puissance n'était de bonne foi. L'Autriche était rame de ce congrès; elle était en apparence restée neutre depuis la reprise des hostilités; mais, comme on le sut après, elle s'était liée par un traité avec la Russie et la Prusse dès le mois de février. Il y en avait un évident indice dans la position que les alliés prirent en se retirant avant l'armistice : ils se groupèrent au pied des montagnes de la Bohême, au lieu de repasser l'Oder; forcés dans la position qu'ils avaient prise, il fallait mettre bas les armes, si l'Autriche faisait respecter sa prétendue neutralité; cela sautait aux yeux.

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